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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 11:28

 

bureauExposition temporaire (16 septembre 2006 – février 2007)

 

La langue bretonne au pays de Guérande " Ar brezhoneg e Bro Gwenrann"

Exposition au musée des marais salants de Batz-sur-Mer

Par Gildas Buron

 

Source de l'article  : Site internet « Cap Atlantique » : communauté de communes de La Baule

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire Karrikell :

 

J’ai ajouté la signature de Gildas Buron dans le titre et en bas de cette présentation, la modestie de Gildas Buron du-t-elle en souffrir !

En effet, cette exposition a été pensée, composée entièrement par Gildas Buron, conservateur du musée des marais salants de Batz et grand spécialiste et passionné de la langue bretonne en presqu’île de Guérande.

Elle s’est déroulée en 2007 au musée des marais salants de Batz et a également été exposée au Conseil Général de Loire-Atlantique à Nantes.(Merci qui ? Merci Patrick Mareschal...)

 

J’ai quelques petites réserves sur l’appréciation du dialecte de Batz par Gildas Buron.

Le qualifier de « créole » est un mot fort et surtout totalement erroné à mon sens, c’est un dialecte breton tout à fait classique surtout pour un dialecte de frontière.Tous les dialectes de la frontière breton/gallo ont puisé allégrement dans le fond lexical gallo.

Sa dégénérescence finale avec une simplification de sa grammaire n’en fait pas un créole, nous assistons aujourd’hui à la même chose avec les « terminal speakers » des autres dialectes bretons.

Son isolement final a accentué son originalité. Mais jusqu’au 18eme siècle, je pense qu’il y avait transition naturelle entre le dialecte de batz et les parlers vannetais orientaux. Un continuum qui a été coupé au 19eme siècle et qui a accentué les différences.

 

On attend avec impatience l’ouvrage de référence –annoncé dans cet article - de Gildas Buron sur ce sujet !

 

 


 

L’exposition La langue bretonne au pays de Guérande se propose de jalonner par des témoignages méconnus ou inédits l’histoire et l’héritage de la langue bretonne entre Loire et Vilaine.


Dans ce territoire du sud Bretagne, le breton, langue celtique insulaire qui s’est répandue ici au tournant des 5e et 6e siècles, est au Moyen Âge, dans une situation linguistique pour le moins singulière.

 

Il est alors en concurrence avec les langues d’origine romane, le gallo parlé dans les campagnes et un français teinté de régionalismes et de bretonnismes usité dans les pôles urbains et militaires de Guérande, du Croisic, de la Roche-Bernard et dans la partie de la paroisse d’Assérac soumise à l’influence des templiers et hospitaliers de Faugaret.

 

Il reste qu’au 16e siècle, les élites locales, clercs des administrations royale et seigneuriale, marchands-mariniers… qui utilisent le breton pour langue quotidienne et familiale, sont en fait très souvent polyglottes.

Besoins et nécessité de leurs activités obligent.

 

Dans la seconde moitié du 16e siècle, l’aire géographique de la pratique de la langue bretonne tend à se resserrer autour des bastions littoraux qui resteront encore les siens à la charnière des 18e et 19e siècles en partie pour des raisons commerciales : Piriac, La Turballe-Trescalan, Mesquer et Batz.

 

Dans cet espace géographique, les habitants des villages du Bourg-de-Batz, à l’identité depuis longtemps affirmée et reconnue, se sont distingués en prolongeant l’usage du breton comme langue communautaire et secrète jusqu’aux années 1910-20.

 

L’intérêt d’en avoir maintenu la pratique tout au long des 18e et 19e siècles est d’ordre stratégique et économique. Son apprentissage et sa transmission orales au sein des villages paludiers rendaient plus faciles les échanges commerciaux.

 

Le droit de troque du sel et des oignons était autorisé aux sauniers et aux paludiers dans les départements bretons, et tout spécialement dans les cantons monolingues bretonnants des Côtes-d’Armor, du Finistère et du Morbihan.

 

Ces zones de chalandises ont été fréquentées depuis des générations par les habitants de Batz pour les besoins de subsistance. Dans la lignée d’une tradition de transfert de technologie salicole tout aussi séculaire vers le pays de Vannes, les paludiers de Batz se réservaient aussi la possibilité d’aller exploiter les salines du Morbihan et de s’intégrer aux communautés d’accueil.

 

Le breton autrefois parlé à Batz se rattache au breton du Vannetais.

Il présente aussi des affinités remarquables avec celui du Goëlo employé entre Paimpol, Lanvollon et Plouha aux limites est du Trégor (Côtes-d’Armor), variété d’un même dialecte oriental qui s’est différencié à l’époque médiévale sous l’influence d’un fort adstrat roman.

 

Il est possible de juger de cette parenté par divers documents imprimés et surtout par des sources manuscrites compilées entre 1870 et 1962 et heureusement préservées.La plupart nous sont parvenues après une longue quête documentaire, feuilleton à rebondissements qui s’est écrit sur plus de vingt années, et qui reste à parachever.

 

Tout au long de l’Époque moderne, en raison d’un isolement géo-linguistique, de la débretonnisation avancée du pays de Guérande, de l’abandon du breton par les élites, d’une non-prise en considération par les autorités ecclésiastiques de l’évêché qui ne l’ont pas cultivé au séminaire de Nantes ni fait imprimer d’ouvrage de dévotion spécifique, le dialecte local a fait des emprunts au gallo et au français.

 

À ces raisons, il convient d’y ajouter celles d’un trilinguisme ancien de la population paludière et une scolarisation poussée depuis le 17e siècle sous l’influence de la Contre-Réforme catholique.

 

Les particularités phonétiques, lexicales et syntaxiques du breton de Batz étaient telles, qu’aux dires de ses locuteurs, en particulier des femmes plus sédentaires que les marchands de sel, l’intercompréhension était devenue quasi impossible au début du 20e siècle avec les voisins de Belle-Île ou de la presqu’île de Rhuys qui ont pourtant fourni un important contingent d’émigrés bretonnants tout au long des 17e et 18e siècles au pays de Guérande.

 

Les derniers locuteurs du Bourg-de-Batz qui ont parlé peu ou prou ce “créole breton” dans leur enfance se sont éteints dans les décennies 1940-60 et à l’extrême fin du 20e siècle pour les personnes qui en avaient une connaissance fragmentaire pour en avoir appris des bribes auprès des anciens.

 

Certains en ont retenu de petites phrases comme :

 

Piv hounes me c’houadur ker ?          Qui est-ce mon enfant chéri ?

Me ga dehenn d’er palut,                    je m’en vais au marais.

Mignoñ ker ou mignoñ kar,                enfant chéri, aimé.

Ked a boen !                                        Que de peine !

Malloh tui !                                          Malédiction de Dieu !

 

Et il n’est pas exclu que l’on puisse encore en recueillir en interrogeant la mémoire collective.

À l’aube du 21e siècle, le souvenir de ce brehoñneik ne s’est pas totalement effacé.

 

Qui plus est, à y regarder de près, la langue populaire de toute la région, de Camoël à Batz, en passant par Piriac, La Madeleine et Saint-Molf, recèle une bonne centaine de bretonnismes.

 

Citons pour exemples :

cromme, dans l’expression trop cromme, appliquée à une pelle dont l’angle du manche est fermé (breton kromm, courbe) ;

gronner, envelopper, empaqueter (breton gronnein) ;

lantec, poisson de roche (breton lonteg, lontreg, blennie (Blennius pholis L.) ;

mergler, linge taché (breton, mergl, rouille) ;

poule, flaque d’eau, mare (breton poull, trou, flaque) ;

tuffé, moisi, échauffé qui se dit en parlant du blé (breton tufañ, gâter par la chaleur) ;

sparle, loquet de bois (breton sparl, barre de bois)

 

Bon nombre de ces mots et expressions sont d’ailleurs en passe de devenir obsolètes dans la mesure où ils relèvent d’un registre d’activités appartenant à un monde rural ou à un mode de vie révolus.

 

À cet héritage en cours d’inventaire, il faut ajouter une liste infiniment plus longue, nécessitant un sérieux examen critique, de lieux-dits, habités ou cultivés, au premier rang desquels figurent ceux des salines guérandaises.

 

La langue bretonne au pays de Guérande, synthèse d’acquis récents et inédits, accorde une place importante aux témoins privilégiés du dialecte de Batz.

Il faut retenir entre autres les noms de

Léon Bureau,

Émile Ernault,

Théodore Hersart de La Villemarqué,

Pitre Lisle du Dréneuc,

Pierre Bézier,

Paulin Benoist,

Gaston Esnault,

Pierre Le Roux,

dom Gaston Godu

Pierre Manac’h

Léon Fleuriot

Donatien Laurent

 

Entre 1870 et 1962, au hasard de séjours plus ou moins prolongés, ces collecteurs passionnés par une tradition orale en déshérence ou méprisée ont recueilli phrases, pans de lexique, textes suivis, bribes de chansons et de conversations courantes.

 

Ces collectes s’inscrivent aujourd’hui dans un corpus unique de témoignages sur le patrimoine linguistique régional et d’autant plus précieux et irremplaçable que le dialecte guérandais est éteint.

 

Biographies et visages de ces collecteurs avisés seront présentés en regard des portraits des passeurs du breton des marais salants, femmes et hommes qui n’avaient d’autre ambition que de satisfaire à la curiosité de leurs interlocuteurs et de partager leurs connaissances.

 

Les matériaux originaux de cette exposition donneront matière à une publication de référence.

Pour la première fois, y seront éditées les notes de linguistes sur le dialecte de Batz compilées sous la forme d’un dictionnaire totalisant près de 2000 entrées illustrées d’exemples.

 

Gildas Buron

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Published by karrikell.over-blog.com - dans Dialecte Breton Guérandais (Batz et )
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