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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 09:00

 

La frairie , ou le clan breton

origine de nos chapelles bretonnes

Article http://karrikell.over-blog.com/

 

 

british soldier5thc
Soldat breton du Vème siècle

 

Dans tout le domaine de l'extension maximale de la langue bretonne, il existait une originalité territoriale : la frairie ou breuriez en breton qui exista officiellement jusqu'à la révolution de 1789, officieusement au niveau religieux jusqu'aux années 1960 et à l'état de bribe encore aujourd'hui avec l'attachement des Bretons à leur « quartier » rural autour de leur chapelle indépendamment de leur appartenance à une même commune.

 

gagneries retz

Carte extraite de l'étude d'Hubert Maheux , la ligne rouge désigne l'extension maximale des frairies,

elle respecte scrupuleusement l'extension des openfields (îles, gagneries, domaines, mejoù ..)

bretons, à l'exception de 2 communes.

La ligne bleue désigne la limite maximale de la langue bretonne définie par l'étude des toponymes,

celle ci est très proche également de cette limite.

 

Cette carte est parlante. On peut même en déduire - au nord de la Loire- une correction de

l'extension de l'extension maximale de la langue bretonne qui doit plutôt suivre le domaine des frairies.

Ajout à la carte originelle d'Hubert Maheux, le Pays de retz jusqu'à Vertou (1), références « Bocage

et plaine dans l'Ouest de la France d'Anne-Marie Charaud » « … Au Sud de la Loire, on trouve des

gagneries dans tout le pays de Retz et vers l'Est jusqu'à Vertou, avec une abondance remarquable

en bordure de la côte et sur le calcaire de Machecoul. Leur limite vers le Sud coïncide

approximativement avec celle de la Loire-Inférieure. Elles prennent ici le nom de quarteron »


La frairie semble d'origine pré-féodale et clairement clanique et celtique : en effet ces frairies ne recouvrent pas des domaines seigneuriaux, ils en sont transversaux et chaque frairie était patronnée par un saint de nom souvent britonnique même en Haute-Bretagne, vénéré à l'origine dans une chapelle, considérée comme le chef lieu administratif de la frairie.

La frairie est dotée d'un pouvoir juridique (assiette au niveau des impôts) et possède des biens communs (landes, chênaies, prairies, fours, chapelle), la frairie élit démocratiquement un chef, appelé tardivement (17eme siècle) le marguillier, qui représentait ses consorts devant l’administration pour l’achat et la vente des communs et décidait de la date des semailles, des récoltes et de la vaine pâture.


On peut supposer que le terme ancien pour le chef d'une frairie était le terme breton machtiern.

(car le terme marguillier ne désigne pas que le chef d'une frairie, c'est un terme désignant plus largement un trésorier)


On peut lier sans nul doute le découpage en frairie avec la propriété collective des terres dites selon les terroirs mejoù, gagnerie, îles, propre à la Bretagne bretonnante au sens large (extension maximale de la langue bretonne), la zone des frairies en Loire-Atlantique repose presque exactement sur la zone des openfield et sur la zone d'extension maximale de la langue bretonne.(en nord Loire)


Reconnu « officiellement » an 1185

La communauté  villageoise ou frairie est reconnue pour la première fois par "l'assise au Comte Geoffroy en 1185.  Geoffroy PLANTAGENET, fils d'Henri II d'Angleterre et gendre de CONAN IV, duc de Bretagne. C'est le premier document juridique qui constate l'existence de la Frairie ; institution tout à fait originale.

 

Il n'est pas évident de faire une synthèse exhaustive des différents documents que j'ai pu lire sur les frairies bretonnes, les documents suivants permettent de s'en faire une idée, chaque document suivant apportant des éléments nouveaux avec de petites appréciations (noté : note karrikell)


Pour conclure mon introduction, on peut dire que nos innombrables chapelles sont un héritage des clans bretons que furent les frairies ; il reste quand même un grand flou pour le sud-Loire.

Il y a des témoignages de l'existence des frairies en sud-Loire (Saint père en Retz, St crespin sur moine (marches entre Bretagne et Anjou)), mais ces témoignages sont beaucoup plus lacunaires et anciens que les frairies du nord-Loire encore vivantes au XXème siecle.

La quasi équivalence entre langue bretonne, gagneries et frairies en nord Loire inciterait à penser qu'en sud-Loire la pertinence bretonne, les us-et-coutumes bretons ont été répandu bien au delà de la seule langue, ou cela aussi peut être l'empreinte d'une emprise politique du pouvoir importante en sud-Loire « pour garder les marches, la frontière  » car le domaine des quarterons est bien plus vaste que l'extension maximale de la langue bretonne du sud loire.

 

 

Articles liés :

 

références bibliographiques, références internet concernant les frairies et gaigneries.


 

 


 

 

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Published by karrikell - dans Histoire
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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 08:45

http://karrikell.over-blog.com

texte de 1949 de qualité universitaire principalement axé sur les gagneries.On excusera le champ d'étude « Loire-inférieure et Vendée » qui exclut de l'étude le reste de la Bretagne et qui exclue donc la continuité territoriale en Morhihan et Ille-et-Vilaine.on excusera aussi la confusion « Bretagne » pour « Basse Bretagne ». Ce texte émet des hypothèses entre peuplement breton et gagneries.Il fait allusion aux frairies et à la toponymie bretonne.

 

J'ai reproduit cet article sur Karrikell pour permettre une meilleure lecture. Il est en effet disponible sous google books sous une forme PDF : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1949_num_58_310_12573

En cas de problème, veuillez me contacter (commentaires en bas de l'article). 

Je l'enlèverai si besoin de ce blog.

 


113

BOCAGE ET PLAINE DANS L'OUEST DE LA FRANCE

Anne-Marie Charaud – annales de géographie Année 1949 volume 58 numéro 310 pp 113-125

 

(Pl. VII-VIII.)

Le bocage est, en un sens, la structure agraire du type le plus simple. S'il offre, par la fantaisie sans cesse imprévue de ses contours, un paysage infiniment plus varié que la monotone «plaine», il reste toujours, structurellement, plus ou moins semblable à lui-même et les nuances qu'on y peut discerner sont en général assez faciles à expliquer.

 

La plaine pose déjà plus de questions. Si le bocage est le domaine du « chacun chez soi », la plaine suggère la collectivité, le coude à coude et les complications qui en résultent. Mais le problème s'enrichit encore quand plaine et bocage se trouvent en contact. Puisque le bocage typique constitue la majeure partie du pays que nous étudions aujourd'hui, nous partirons de lui et nous étudierons, sans jamais oublier qu'il s'agit d'un phénomène spatial et non chronologique, ses dégradations et sa disparition dans une région comprenant approximativement les départements de la Loire-Inférieure et de la Vendée (fig. 1).

 

Le bocage pur, couvre la partie Nord-Est du département de la Loire- Inférieure, au delà duquel il se continue dans le Segréen. Par le Choletais, il rejoint, au Sud du vignoble nantais, la masse typique du bocage vendéen. Dans toute cette région, le bocage se caractérise par la prédominance des écarts et des petits hameaux généralement lâches, la vastitude des parcelles, toutes encloses, l'irrégularité invraisemblable de leurs contours, à l'exception des landes récemment défrichées, l'importance du faire-valoir indirect.

 

Quelques différences s'observent cependant entre le bocage nantais, où les parcelles sont moins étendues et plus régulières, où le hameau tient plus de place, et le bocage vendéen.

 

Si celui-ci présente un aspect plus aéré que le bocage nantais, c'est à ses grands champs qu'il le doit et au fait que le bocage du terroir de métairies est dessiné a plus larges mailles que le bocage du terroir de hameau. En effet, les métairies, encore au xixe siècle, faisaient presque toutes partie de domaines qui, aux héritages, se partageaient par grands morceaux, englobant chacun plusieurs terroirs de métairies. Rien de pareil autour des hameaux, chez le petit propriétaire dont les fils vont jusqu'à partager les parcelles, amenuisant le dessin agraire qui tend ainsi à se régulariser à l'intérieur des limites primitives. Ceci explique aussi que, près des hameaux, la propriété soit enchevêtrée, tandis que les métairies forment en général une exploitation d'un seul tenant.

 

D'ailleurs, si l'écart domine dans le paysage vendéen, le hameau, naturellement, n'en est jamais exclu. Il est même certaines régions où il se rencontre plus souvent que la moyenne : dans les pays du Nord où le vignoble n'a pas encore disparu, où les terres sont moins lourdes, moins hostiles, sinon plus riches qu'en plein bocage, et en certains points du bassin de Chantonnay.

 

Il importe toutefois de préciser ce qu'on entend par le hameau du bocage, que ce soit dans le pays nantais, le pays angevin ou le bocage vendéen : le hameau est constitué par quelques maisons disposées dans un ordre assez lâche, souvent par deux ou trois grosses fermes seulement, nées d'une métairie primitive.

 

Le hameau reste alors une forme de dispersion, et cela est si vrai que l'enchevêtrement des propriétés n'y est jamais considérable. Le bourg lui-même n'est, la plupart du temps, qu'un gros hameau, artificiellement grossi par ses fonctions administratives. Tel est le bocage, dont il nous faut voir maintenant les transformations, sans toutefois envisager celles qui lui viennent de la vigne et sont, de ce fait, d'un caractère bien particulier.

 

A mesure que l'on avance d'Est en Ouest, dans le pays nantais au Nord de la Loire, le paysage se modifie, se découvre, pour peu que l'on y fasse attention. Les haies continuent en général de border les routes, épaisses surtout dans les fonds ; on traverse pourtant, au hasard d'une montée, de grands espaces cultivés, plantés de pommiers sous lesquels la variété des cultures et le nombre des parcelles indiquent une propriété très morcelée. Ces formations deviennent de plus en plus nombreuses à mesure que l'on progresse vers l'Ouest et finissent par devenir un élément primordial de la structure agraire.

 

Nous avons là ce que j'appellerai des gagneries pour la commodité de l'exposé. Gagnerie, domaine, île, quarteron, couture, tenue solidaire, terre préable, consortie, terre à droit de tressault, méchou, gounedou en breton, la nomenclature en est déjà longue et l'on a déjà plusieurs fois défini leur originalité de quartiers, de parcelles décloses au milieu du bocage, gardant parfois trace d'anciennes contraintes collectives.

 

Ce que je voudrais préciser aujourd'hui, c'est leur localisation géographique, leur situation topographique, et la place exacte qu'elles tiennent dans la structure agraire et dans l'économie rurale.

 

A l'Est d'une ligne joignant approximativement Rougé à Joué-sur-Erdre, Couffé et la Loire, on ignore les gagneries.

 

A l'Ouest, elles entrent petit à petit dans le paysage, d'abord petites, tortueuses, noyées dans le bocage, mieux individualisées ensuite, pour finir, à l'Ouest d'une ligne Guéméné-Savenay-Couëron, par grouper toutes les terres labourables, si l'on excepte les grandes propriétés et le jeune bocage des landes défrichées.

 

Au Sud de la Loire, on trouve des gagneries dans tout le pays de Retz et vers l'Est jusqu'à Vertou, avec une abondance remarquable en bordure de la côte et sur le calcaire de Machecoul. Leur limite vers le Sud coïncide approximativement avec celle de la Loire-Inférieure. Elles prennent fréquemment ici le nom de quarteron.

 

Les études faites en Basse-Bretagne sur le même sujet ont révélé que le domaine d'élection de ces formations était le littoral, où elles prédominent sur 2 km. de largeur environ.1

 

Les gagneries, en Loire-Inférieure, sont associées à de gros hameaux serrés que l'on appelle des villages et sont toujours situées sur un mamelon ou sur une pente. En ceci elles s'opposent aux prés qui tapissent les fonds et aux landes qui naguère couvraient les hauteurs en forme de plateau, où un bocage d'allure géométrique les a remplacées (pi. VII et VIII). Terre de lande, terre de champ, voilà bien l'opposition fondamentale. La terre de champ, celle des gagneries, est la meilleure, terre saine, ayant du fond, terre forte, bien égouttée, en raison justement de sa situation, terre précoce où le blé

 

1. A. Meynier, A. Guilcher, J.-B. Duroselle, J. Flatrès.

 

              gaignerie1

1, Affleurements géologiques où dominent les faciès gréseux. — -

2, Marais. —

3, Limite orientale et septentrionale des régions où les terres labourables se présentent sous la forme de gagneries ou de plaine (à l'exception, dans le cas des gagneries, des domaines de métairies). —

4, Limite occidentale et méridionale du vrai bocage.

 

Entre les limites 3 et 4 s'étend une zone de transition. —

 

5, Limites des départements.

6, Limite orientale du domaine maximum de langue bretonne (ixe siècle).

 

Abréviations: A., Avessac; AG., Angers; AN., Ancenis; B.,Bris- sac; G., sur la limite 6, à l'Ouest, Campbon ; sur la limite 4, à l'Est, Couffé ; CH.., Châteaubriant ; СМ., Commequiers ; GN., Couëron ; CS, Challans; CY, Chantonnay ; D., Derval ; DR., Drefféac; F., Fégréac ; FO., Fontenay-le-Comte ; G., Guéméné-Penfao ; GU., Guérande ; J., Joué-sur-Erdre ; JA., Jard ; L., Luçon ; LA R. Y., La Roche-sur- Yon ; LE., Logé ; LES E., Les Essarts ; LES S. O., Les Sables-d'Olonne ; M., Machecoul ; N., Nantes ; P., Pontchâteau: R.. Riaillé ; RO., Rongé ; S., Savenay ; S. В., Saint-Benoît-sur-Mer ; S. C, Saint-cyr ; SE., Sévérac ; S. G., Saint-Gildas-des-Bois ; S. GL, Saint-Gilles-Croix-de-Vie ; V., Vertou.

 

 

 

vient bien, où le pommier reste sain. La terre de lande, appelée encore terre landeuse, terre noire, terre plate, terre froide, est beaucoup plus acide ; superficiellement, elle est quelquefois plus légère que la terre de gagnerie, en raison de sa teneur en humus. Mais le fond est bien plus argileux, sous-sol plus imperméable.

 

En effet, sous nos climats, le lessivage du sol est la règle et entraîne d'abord les particules les plus fines. L'argile tend à s'accumuler sur les basses pentes ; sur les espaces plats, l'argile ou l'excès d'argile demeure à faible profondeur, et, en cas de pluie prolongée, les sols se ressuient difficilement. C'est pourquoi les terres de lande sont « mouillées» l'hiver et que l'on y observe des prés couverts de joncs.

 

Dans les régions particulièrement argileuses, alors que les terres de gagnerie demeurent, en plein été, relativement meubles, on peut voir, dans les anciens quartiers de landes, un sol blanchâtre, durci et fendillé. Aussi les landes sont-elles toujours cultivées en sillons ou en planches, tandis que les gagneries le sont parfois à plat.

 

La distinction est si nette dans l'esprit et les habitudes que l'on exploite différemment les unes et les autres terres : à Derval par exemple, la polyculture des terres de champ comprend les blés sélectionnés à grand rendement (23 à 33 qx), l'avoine, le trèfle... ; sur les landes, on fait venir les vieux blés de pays qui donnent de 12 à 20 qx à l'ha., les choux, les betteraves, le blé noir. L'extrême morcellement des gagneries a beau prêter à la critique, on assiste rarement à des tentatives de regroupement, surtout dans le cas des gagneries plantées de pommiers. Échanger sa terre apparaît déjà difficile, mais échanger ses pommiers dépasse les sacrifices possibles ; les rares regroupements ont fait renaître le bocage ; mais les terres de gagnerie sont trop réputées pour qu'on songe à en frustrer personne et un plan de remembrement devra toujours tenir compte de ces terres dont chacun veut avoir sa part.

 

Si donc nous reconstituons les anciennes landes, en supprimant par la pensée les métairies qui s'y sont installées depuis cent ans, le terroir des pays à gagneries apparaît constitué de la façon suivante (fig. 2) : sur les hauteurs désertes, c'est la lande commune appartenant aux frairies des villages, où l'on défriche temporairement, où l'on fait pacager les bestiaux ; sur les pentes, les hameaux serrés, quelquefois alignés en barre, avec leurs jardins, leurs gagneries et quelques prés ; au fond des vallées, la majorité des prés ; les prés sont toujours enclos, sauf quand ils sont inondables ; enfin, souvent aux abords des landes et des forêts, s'isolent les métairies des grands propriétaires, indépendantes, au centre de leurs terres en bocage dont les vastes parcelles s'opposent radicalement aux petits prés et aux gagneries des hameaux. Le village, la métairie, une antithèse en l'occurrence qui s'ajoute à l'antithèse des terres chaudes et des terres froides.

 

 

 

 

 

Une carte d'ensemble des structures agraires dressée pour la région du sillon de Bretagne et des plateaux avoisinants permet d'illustrer cet ensemble de faits : les pentes du sillon de Bretagne sont soulignées par une traînée de gagneries qui finissent, dans la Grande Brière, par prendre possession de toutes les terres émergées ; dès qu'on aborde les plateaux dominent les anciennes landes ; vers le Nord, avec les vallonnements, les gagneries reconquièrent du terrain, mais il leur est plus ardemment disputé par les métairies que précédemment.

 

L'orientation des parcelles a tendance à s'établir autour d'un axe N-S. Bien adaptée au relief, à vrai dire assez tyrannique, du sillon de Bretagne, elle paraît beaucoup plus indépendante des sens de plus grande pente au Nord de cette région, où les vallonnements NO-SE ne justifient pas la direction grossièrement N-S d'un bon nombre de groupes parcellaires. Ce n'est donc, en définitive, qu'à la grande propriété et au défrichement des landes que le bocage doit de tenir une placé si importante dans le pays nantais de l'Ouest.

 

gagneries2

On a laissé en blanc la place tenue par les hameaux, leurs jardins et les prés. Les régions occupées par les landes et le bocage de métairie correspondent aux plateaux ; les gagneries sont localisées sur les pentes.


 


 

La Vendée, on le sait, comporte trois régions radicalement différentes : le bocage, la plaine et le marais (fig. 1). Le bocage ne forme pas un seul bloc. Le fossé de Chantonnay fait apparaître des terrains secondaires qui apportent au paysage de sensibles modifications ; ce sont des calcaires jurassiques assez purs, affleurant, en raison de la faille qui a cassé le synclinal, à l'extrême О du fossé, ainsi que des calcaires marneux et des marnes du Lias.

 

Au siècle dernier, le paysage de plaine se limitait strictement aux affleurements secondaires, à l'exception d'une région au Sud de Chantonnay, où il s'étendait sur des schistes, et surtout sur des chloritoschistes. La plaine se présentait alors sous les aspects de la grande plaine vendéenne du Sud, et nullement sous un aspect comparable aux gagneries : grands espaces sans haies, où s'enchevêtrent des parcelles groupées par orientations et par lieux dits versenne, tenement, et non comme les gagneries, groupes de parcelles plus ou moins étendues clos d'une haie collective et s'individualisant dans le bocage.

 

L'aspect, d'ailleurs, en a considérablement changé depuis cent ans, et c'est précisément sur le Jurassique J1 et Ji-ii, le plus favorable aux cultures, que la plaine s'est le mieux maintenue. Même là, nombreux sont les exemples où plusieurs parcelles regroupées se sont encloses ; le développement de l'élevage y a été pour quelque chose. La « plaine de Chantonnay » n'est plus qu'un espace d'une cinquantaine d'hectares, bien limité aux meilleurs terrains, sur une espèce de grand mamelonnement. Le paysage s'y découvre ou, plutôt, les haies n'y tracent encore qu'un damier incertain, s'interrompant ici et là ; ce sont des terres chaudes, bien égouttées, souvent caillouteuses, d'un beau brun roux, excellentes sous un climat où la sécheresse n'est généralement pas à redouter.

 

A peu de distance vers le Sud-Est du bassin de Chantonnay apparaissent les auréoles de la bordure sédimentaire du massif ancien : le contact, ici, de la plaine et du bocage est particulièrement instructif. L'apparition de la plaine avec ses gros villages groupés correspond exactement à la disparition des terrains anciens, sauf au Nord de Saint-Juire où lui échappe un grand affleurement de Rhétien, constitué, il est vrai, d'argiles, et aux environs de Saint- Cyr et de Saint-Benoît-sur-Мег où bocage et plaine s'entremêlent, où les quartiers de plaine se morcellent et se mettent à ressembler à des gagneries. Enfin, la bordure littorale entre les deux marais offre, aussitôt après les dunes, une bande de champs déclos en lanières, pouvant atteindre 3 ou 4 km. de largeur. Ce fait, extrêmement curieux, n'est nullement lié à la nature du sol. Depuis Jard, les terrains secondaires ont disparu ; et l'arrière-pays offre, sur les mêmes terrains que le littoral, un bocage parfaitement réalisé. A mesure qu'on progresse vers le Nord, les champs ont tendance à se grouper en quartiers appelés quarterons, comme les gagneries au Sud de la Loire. A Challans et Commequiers, ils correspondent aux calcaires, sables et grès cénomanien. Et nous rejoignons ainsi les pays à gagneries de la Loire-Inférieure. Comment s'effectue le passage de la plaine au bocage ? Ce sont tout naturellement les prés qui s'enclosent les premiers et, avec eux, les terroirs des métairies. En bordure de la grande plaine, aussi bien qu'en bordure de la bande littorale, la grande propriété représentée par les métairies constitue le dernier retranchement du bocage. Enfin, ici aussi, depuis cent ans le bocage a tendance à grignoter les bordures de la plaine. Le Lias décalcifié, les arkoses du Lias inférieur, terres d'élevage plutôt que terres de culture, lui sont favorables. Les communes de vraie plaine, au contraire, ne contiennent point ou peu de prairies naturelles, tout le terroir est en terres labourables, cultivées en céréales et en prairies artificielles.

En résumé, nous avons constaté un ensemble de traits communs aux différents types de bocage et de plaine aujourd'hui étudiés. Le bocage a trouvé sa principale force dans la grande propriété ; c'est elle qui lui permettait, il y a un siècle, de pousser partout ses pointes les plus avancées. Aujourd'hui encore, l'Est de la Loire-Inférieure offre "un pourcentage de faire-valoir direct beaucoup plus faible que les pays à gagneries de l'Ouest. (30 à 40 p. 100 en nombre, contre 60 à 80 p. 100) ; la superficie moyenne des exploitations y est bien supérieure (16 ha. environ, contre 8 ha.) ; la densité de population enfin y est moins forte. Ces contrastes existent aussi entre la plaine et le littoral vendéens d'une part, le bocage vendéen d'autre part, sauf en ce qui concerne la population. Si donc le bocage est associé aux écarts et aux petits hameaux de structure lâche, la plaine est le domaine d'élection des petits propriétaires, de l'agglomération à quelque degré qu'elle se rencontre, de l'enchevêtrement des exploitations ; elle coïncide avec les terres les plus chaudes, les plus précoces, les meilleures, ou les terres les plus proches du littoral.

 

Deux problèmes se posent. Pourquoi, dans un cas, observe-t-on la déclôture des terres ? Pourquoi cette radicale différence de régime et d'organisation entre deux groupes de régions si proches les unes des autres ?

 

Le premier problème se résout assez facilement. Si les terres sont décloses, c'est parce que l'organisation du terroir le permet.

 

C'est tout à fait évident dans la plaine où la quasi-totalité du terroir est en cultures ; c'est aussi évident dans le cas des gagneries, puisque celles-ci sont les seuls quartiers déclos du terroir, par opposition aux prés, dont elles sont d'ailleurs isolées par une haie collective. La dissociation des terres et des prés s'impose en Grande Brière, dans le marais de Donges, au confluent de l'Isac et de la Vilaine.

 

 

 

 

Elle est beaucoup moins nécessaire dans le reste des pays à gagneries. Mais, ici comme là, l'organisation du terroir est la conséquence d'une vie collective inexistante dans le vrai bocage et suffisamment marquée dans le hameau des pays à gagneries pour permettre de voir en lui une forme d'agglomération : les habitants y sont groupés en frairies.

 

La frairie n'est pas une institution propre aux pays de gagneries, mais elle est ici associée à des pratiques qui lui donnent plus de consistance qu'ailleurs. Elle constitue une espèce de communauté morale, beaucoup plus solide jadis, sous l'Ancien Régime, où elle avait une signification fiscale et une personnalité juridique. Elle possède le four commun. Elle possédait les landes communes. Les gagneries, d'autre part, portent en certaines régions des noms riches de sens : consortie, tenue solidaire, terre à droit de tressault 1.

Le tressault n'existe plus de nos jours que pour des prés-marais naguère communs ; cette coutume a toujours pour origine un partage dont elle témoigne de la bonne foi : chaque propriétaire de parcelle jouit successivement de toutes les parcelles du terrain dont la propriété, en revanche, reste immuable.

 

Si la coutume existait pour des terres, elle avait certainement le même sens ; la forme des gagneries, d'ailleurs, se prête à cette interprétation. L'organisation du terroir a donc pu atteindre en certains cas une forme hautement communautaire. La structure des hameaux semble l'attester ; tous sont serrés ; beaucoup, surtout en bordure de la Vilaine, sont en « barre » ; les maisons, de deux ou trois loges au maximum, sont soudées les unes aux autres. En Bretagne, les mêmes faits ont pu être observés.

 

 

  1. Relevés par Mr A. Meynier, Champs et chemins en Bretagne (Conférences universitaires de Bretagne, 1942-1943) , p. 166.

 

Le bocage n'offre rien de comparable. Les prés et les terres alternent sans cesse. Le système de culture y était, même autrefois, assez différent, parce que les herbages naturels s'y trouvaient en bien moins grande abondance que dans l'Ouest du département. Les ressources en fumier étaient plus faibles et, de temps en temps, l'on devait laisser reposer les terres sous forme de prairie. Une terre pouvait donc à tout moment devenir prairie et la clôture s'en imposait. Pourtant cette simple opposition ne suffit pas à expliquer la différence de structure entre les deux régions ; les environs de Derval, par exemple, n'ont pas, avec le pays de Châteaubriant, de différences d'aptitudes telles qu'elles expliquent, ici, l'absence des gagneries et, là, leur présence ; au contraire, en plein pays de gagneries, on trouve du bocage autour des métairies. Pourquoi d'ailleurs les pays de gagneries de l'Ouest du département sont-ils les seuls à offrir de gros hameaux, une propriété morcelée et une organisation à tendance communautaire ?

 

L'opposition est-elle due à un décalage chronologique ? Bocage et gagnerie sont-ils deux modes de conquête du sol caractérisant deux époques différentes ?

 

Dans ce cas, quelle est la formation qui doit être considérée comme antérieure ?

 

A priori, devant un hameau et un écart modernes, on a tendance à considérer le hameau comme antérieur à l'écart. Ceci est vrai dans le cas où, comme souvent dans le bocage, le hameau peut être interprété comme la prolifération d'un écart originel.

 

Si le hameau provient d'un établissement collectif, le raisonnement n'est plus valable. A quel type se rattache le hameau des pays de gagneries ? Les traces d'étroite solidarité que nous y avons relevées peuvent être imputables aussi bien à un établissement de colonisation collective qu'à une origine familiale commune, la frairie désignant théoriquement les descendants d'une famille-souche unique. Le cartulaire de Rays1 contient plusieurs textes mentionnant des gagneries ou des quarterons en Anjou et dans le pays de Retz.

 

On ne peut prétendre qu'il s'agisse exactement des mêmes réalités que les formations désignées par ces termes aujourd'hui.

 

Toutefois, on y relève plusieurs traits communs .- d'abord, la gagnerie a son individualité et définit la qualité de certaines terres dites gaignables (« une charrue de terre gaignable sise à la Rouxière », par exemple). La description la plus complète, datant de 1395, concerne, en Anjou2, « la gaignerie du Dehodeart avec ses apartenances, mesons, courtils, terres, prez, et pastures»3. La gagnerie est cultivée par plusieurs laboureurs auxquels on a concédé des prés pour nourrir les bœufs nécessaires à labourer les terres. L'ensemble est estimé à « dix bœufs communs» pour l'assiette, et il est dit plus loin : « gaingnerie à quatre bœufs en terres frommentaux fornie de prez et pastures selon la dite coustume du païs d'Anjou vaut, en assiete, X livres tournois de rente». Il semble bien en l'occurrence que, dans la gagnerie, les prés soient étroitement subordonnés aux terres

 

1. Cartulaire des Sires de Rays, publié par R. Blanchard.

2. A Brissac au Sud-Est d'Angers, non loin de la vallée de la Loire et sur sa rive gauche.

3. R. Blanchard, ouvr. cité, I, p. 118-180.

 

A. ENVIRONS DE MARSAC-SUR-DON.

Quartier d'anciennes landes régulièrement partagées en champs carrés et défrichées. Rareté des arbres dans les haies où dominent les ajoncs.

 

B. GAGNERIE AUX ALENTOURS DE NANTES.

La diversité des natures de culture correspond au morcellement de la propriété. Parcelles

allongées ouvertes, desservies par un chemin dépourvu de haies. L'arbre apparaît en plantations

de pommiers, cas fréquent surtout dans le Nord, aux confins de l'Ille-et-Vilaine.

 

      А. GAGNERIE DITE « DANS LES ARREYEUX ». COMMUNE DE SÉVERAC.

Exemple de localisation de gagnerie sur les pentes. La gagnerie occupe le flanc d'une vallée dont le cours est marqué, au second plan, par un bocage correspondant à une zone de prés. Sur l'autre versant, gagnerie du Rouge. Les deux gagneries sont bordées de haies épaisses.

 

gagneries3 

 

Celles-ci, d'après les indications de leurs tenants et aboutissants, paraissent groupées en quartier. Les avouants des gagneries et quarterons sont presque toujours plusieurs et très souvent en nombre indéterminé. Quelques-uns d'entre eux agissent pour « eux et leurs frereschaux» ou « eux et leurs consors, coheirs, parsonniers ». Quand on ne trouve qu'un avouant, c'est généralement un non-exploitant, un chevalier, un prieur, un chanoine. A l'époque, par conséquent, la gagnerie est un quartier dont il semble que la partie principale soit constituée par des terres et qu'exploitent plusieurs personnes ayant là des intérêts communs, étant, entre autres, solidaires pour l'exécution de la corvée et le paiement de la rente qui frappent la gagnerie tout entière.

 

Celle-ci n'est pas sans parenté avec la couture bourguignonne, l'akker flamand, Vesch westphalien 1, considérés, par les auteurs qui les ont étudiés, comme les quartiers de terre fertile et légère auprès desquels le groupe agricole s'est fixé ; longtemps demeurés l'apanage des petits exploitants, ils peuvent en certains cas2 être le fruit d'une conquête collective antérieure au puzzle du bocage, plus éloigné de l'agglomération.

 

Si ces gagneries du xive siècle peuvent être considérées comme des quartiers de petits exploitants, le problème de leur origine n'est que reculé. La gagnerie est-elle le terroir d'un manse morcelé entre les descendants du tenancier primitif ? La toponymie permet quelquefois de le supposer, quand un nom d'homme entre dans la constitution du nom du hameau ; mais ceci est loin d'être toujours le cas, et nous verrons que le problème des noms de lieux n'est pas simple et atteste l'existence de plusieurs couches de populations qui n'avaient peut-être pas les mêmes habitudes.

 

Les dimensions des gagneries, qui atteignent fréquemment 15 à 20 ha., quelquefois 40 à 50 ha., ne semblent pas, d'autre part, à la mesure d'une exploitation. En outre, on peut se demander pourquoi le phénomène de morcellement se serait poursuivi seulement dans le pays de l'Ouest de la Loire-Inférieure : la Vendée du Nord possédait des quarterons au xive siècle, mais elle en ignore la forme moderne ; les pays de bocage ne connaissent pas non plus les gagneries, même autour des bourgs, dont certains ont été aussi anciennement occupés que bien des hameaux des pays de gagneries3. Mr G. Souillet4 montre qu'en Bretagne le servage fut supprimé très rapidement et que les cultivateurs nouveaux-venus, ayant obtenu de bonnes conditions du noble breton peu fortuné, le fermage héréditaire serait vite apparu, ébauche de la petite propriété. Ceci évidemment pourrait expliquer le morcellement, conséquence des partages, dans la partie du pays nantais le plus proche de la Bretagne, la partie orientale, où la grande propriété se serait mieux maintenue, échappant à ce phénomène. Mais ceci n'explique pas, en revanche, l'absence des gagneries au centre de la Bretagne, non plus que leur extension vers le Sud, en direction des Sables-d'Olonne. Il est donc difficile de conclure sur l'origine des gagneries et des hameaux ; si l'origine en est individuelle, nous sommes en droit de supposer leur antériorité par rapport au bocage ; mais nous ne devons pas en tirer argument dans ce qui va suivre.

 

1. A. Deléage, La vie rurale en Bourgogne au IXe siècle, p. 301-303.

2. L'esch, d'après R. Martiny.

3. Ainsi qu'en témoignent les noms en é issus de toponymes gallo-romains : Rougé, Ligné, Teillé, etc....

4. Chronique géographique des pays celtes, 1943, p. 30.

 

 

 

Les noms de lieux, dans toute la région qui nous intéresse, exception faite du pays de Guérande, sont, dans leur grande majorité, des noms en erie, ière et ais, apparus depuis les xie et xiie siècles 1. Dans la presqu'île de Guérande, les noms en ker remplacent la plupart du temps les noms en ière et ais ; leur multiplication date, d'ailleurs, de la même époque. Les noms de chef-lieu de commune témoignent en général d'une origine plus ancienne. Mais dans toute la région propre aux gagneries apparaissent de nombreux noms à résonance bretonne, s'appliquant, non seulement aux bourgs, mais aussi aux hameaux. Ce sont d'abord tous les noms en ac, issus de toponymes gallo-romains en acus, qui caractérisent les régions soumises à l'influence bretonne : Drefféac, Avessac, Sévérac, Missillac, Assérac, Massérac, Balac, etc. Les noms de villages comme Goiffi, Branducas, Brangolo, Gatibo, Brégon, Ranvert, Pourran, Trélo, Randeux, Le Fozo, Branleix, Madoux, le Ménigo, Ravily, Trenneban, Trouhel, Brandy, Bercehan, etc., où se retrouvent, entre autres, les racines bre, bran, colline, élévation, et ran qui aurait précédé ker dans la désignation du domaine rural. D'autres noms sont d'origine plus complexe, tels sont les noms à suffixe un, in, si fréquents en Brière : Mayun, Camerun (ou Cameron, à côté de Camer), Fédrun, Mazin, Brécun, Bressun, Sauzun, Bourun.... Le village de Brivé peut-il être considéré comme gaulois, ou doit-il son nom au Brivé qui prend sa source non loin de là ?

La langue bretonne atteint son maximum d'extension au ixe siècle, après les conquêtes de Nominoé (845). C'est à ce moment seulement qu'elle franchit la Vilaine (sans tenir compte de la péninsule de Guérande, qui pose un problème particulier). Dès le xe siècle, avec la grande invasion normande, une régression rapide commence, qui s'achève aux xie et xiie siècles. A cette époque, le breton est renfermé à peu près dans les mêmes limites que de nos jours. Or les noms en ais et erie n'apparaissent pas avant le xie siècle. Les vocables précités doivent leur être considérés comme antérieurs, de même qu'ils ont dû précéder les noms en ker rencontrés à l'Ouest de la Grande Brière. A côté même de ces noms de villages, les noms du bocage de métairie trahissent une origine plus récente : l'Épinay, Pont-Forêt, Fresnay, Beau- bois, le Prieuré, Sainte-Marie, Saint-Étienne, la Foi, le Désert, le Chat- Troussé ; le Dréneuc (équivalent de la Ronceraie), Coëdan (de Koat, « bois»),

 

1. G. Souillet, Chronique géographique des pays celtes, 1944, p. 59.

2. G. Souillet, Ibid., 1943, p. 27.

3. G. Souillet, Ibid., 1943, p. 28, et A. Guilcher, Le mot ker {Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, 1946, p. 35 et suiv.).

4. Les régions n'ayant pas subi l'influence bretonne ayant des finales en é : Teille, Rougé, Ruffigné, gros bourgs aux environs de Châteaubriant.

5. A. Guilcher, article cité, p. 36.

6. J. Loth, L'émigration bretonne en Armorique, p. 102-103.

 

pour être bretons, n'en témoignent pas moins d'un défrichement. Ce n'est pas par hasard non plus que les métairies se trouvent aux confins des landes. A Missillac, par exemple, la partie Nord et la partie Sud de la commune, bien vallonnées, proches des prés-marais, sont couvertes de gagneries ; au centre, une région plus plate est occupée par les landes et par les métairies. Pourquoi, si celles-ci étaient antérieures aux hameaux, auraient-elles précisément choisi, comme point d'établissement, les plateaux où les terres sont les plus ingrates, négligeant toutes les terres saines des pentes ? Dès lors, si les établissements de l'Ouest du département sont d'une structure toute différente de l'Est, c'est que la vague de défrichement venant de l'Est n'y a pas trouvé le champ libre ; ou, si l'on suppose que le bocage soit, plus tardivement, le résultat d'un regroupement des terres dans les mains de grands propriétaires, c'est que ce mouvement n'a pu se développer plus à l'Ouest, en raison de la présence de petits propriétaires, voire de petites communautés solidement établies. Si le bocage de métairie y est confiné aux terrains les moins avantageux, c'est probablement qu'aux xie et xiie siècles des établissements agricoles existaient déjà, et l'on est naturellement amené à penser que c'est à ces établissements que cette région doit l'originalité de sa structure agraire. Les noms en ais peuvent provenir de dédoublements de hameaux plus anciens ou d'établissements de colonisation organisés sur des modèles déjà existants. Des gagneries ont ainsi pu se créer à diverses époques par défrichement de réserves de landes, mais toujours sous une forme plus ou moins collective et démocratique.

 

D'autres arguments viennent renforcer cette hypothèse : les gagneries ou formations analogues se trouvent localisées, nous l'avons vu, sur la côte, mais pénètrent en abondance vers l'intérieur à l'embouchure de la Loire. Or, en Bretagne, c'est sur la côte que l'on trouve la trace des plus anciennes civilisations1. C'est aussi sur la côte que s'installèrent d'abord les Bretons. La basse Loire dut jouer le rôle d'une bonne voie de pénétration.

 

Des ports actifs y sont mentionnés très anciennement : Corbilo, non identifié ; Conde- vincum, le futur Nantes. D'après Bréhier, dès l'époque gallo-romaine, les riverains des marais du Brivé se livraient à un commerce de cabotage par cette rivière.

 

A Campbon, on frappait des pièces de monnaie où l'on voit des hommes dans des barques ; nombreux sont les vestiges d'époques celtique et gallo-romaine recueillis dans les alluvions de Brière ; nombreux sont aussi les menhirs et les dolmens encore debout ; on en trouve même sur de petites buttes en plein marais. Il apparaît normal, encore une fois, que les pays le plus tôt mis en valeur se soient trouvés à proximité des voies d'eau et, à plus forte raison, autour d'un estuaire où un trafic a dû s'établir assez tôt. Ce sont peut-être les mêmes raisons qui expliquent la présence d'un ruban de plaine le long du littoral vendéen. Quant à la plaine vendéenne, son sol favorisait déjà l'établissement de petits exploitants. Mais elle se trouvait, elle aussi, à proximité du golfe poitevin où Luçon fut longtemps un port florissant. Ajoutons que les pays en bordure de mer pouvaient faire usage de l'engrais marin, particulièrement précieux dans les régions de terrains anciens. L'établissement de petits agriculteurs s'en est trouvé facilité, et c'est sans doute à ce fait, et à la densité plus forte de population qui en est résultée, que l'on doit l'étroite organisation du terroir ; l'aptitude très nette des pentes à porter des cultures, par opposition aux prés de vallée et aux landes, entraînait en effet la nécessité pour chacun d'y avoir part. Que cette organisation du terroir soit primitive ou qu'elle ait son origine dans des partages successifs entre membres de la même famille, c'est ce qu'il est difficile de trancher. Une telle organisation enfin a pu être remaniée dans le cadre de la seigneurie, tout en gardant ses caractères propres.

 

  1. A. Grenier, Les civilisations primitives de l'Armorique {Conférences universitaires de Bretagne, 1942-1943), p. 16.

2. Bréhier, Chartes relatives au Prieuré de Pontchâteau (Bulletin de la Société archéologique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure, 1863, p. 30).

 

Si les pays de gagneries se trouvaient, de par leurs conditions naturelles, propres à un défrichement précoce, les pays de bocage, au contraire, présentent des caractères qui attestent et expliquent une mise en valeur plus tardive. La carte des forêts actuelles et des anciennes landes au Nord de la Loire nous indique que les pays de plein bocage sont beaucoup plus riches en forêts que les pays de gagneries1 et devaient naguère l'être encore davantage.

 

 

La forêt d'Ancenis, par exemple, n'a plus pour témoin qu'une grande bande de forêt située à 20 km. au Nord. Et pourtant Piganiol de la Force écrivait encore que dans la forêt aux environs d'Ancenis l'on construisait des bateaux sous François Ier et Henri II2. Tout le groupe de forêts qui se trouve aux confins des départements de Maine-et-Loire, Mayenne, Ille-et-Vilaine et Loire-Inférieure formait probablement une forêt unique. R. Musset précise même que la région fut longtemps un pays désolé par la petite guerre entre gabelous et faux sauniers 3. Le pays des gagneries, au contraire, était, il y a un siècle, plus riche en landes et il n'y a pas lieu de s'en étonner, la lande étant commune et indispensable aux petites gens ; ne pouvait la défricher qui voulait et les communautés de petits exploitants s'y sont longtemps accrochées avec ténacité. La lande, d'ailleurs, n'est pas, dans bien des cas, une formation naturelle, mais provient d'une forêt dégradée par des siècles de pacage et de défrichements temporaires, attestant précisément une occupation ancienne.

 

La forêt, dans ce pays nantais de l'Est, trouvait d'ailleurs des terrains favorables : les grès y prennent une place qu'ils n'ont pas à l'Ouest ; ils donnent des terrains légers, mais la plupart du temps sableux, maigres, propices aux forêts.

 

Les pays à gagneries nous paraissent donc avoir été mis en valeur plus tôt. L'essentiel du .travail de défrichement dut, dans la région du bocage, s'effectuer à partir des xie-xiiie siècles. Plus à l'Ouest, les populations agricoles

devaient à*ce moment être déjà suffisamment denses pour que le pays se distingue du précédent par sa physionomie sociale et sa structure agraire.

 

1. Ceux-ci n'en possèdent qu'une très importante, la forêt du Gâvre. Vers l'Est, on n'en trouve point d'aussi vastes, mais elles se multiplient.

2. Piganiol de la Force, Nouveaux voyages en France, I, p. 114.

  1. JR. Musset, Le Bas-Maine, p. 26.

 

Est-il possible de préciser davantage ? Pourrait-on attribuer à l'élément breton la constitution du système agraire dont nous nous occupons ou tout au moins de conditions permettant sa genèse ? La limite d'extension maximum du breton coïncide à peu près avec la limite orientale des pays à gagneries de type pur (fig. 1). Le fait que le système porte un nom français ne prouve rien contre cette hypothèse, parce qu'il a pu se répandre par imitation chez des populations non bretonnes, ou se trouver débaptisé au moment d'un progrès de la langue française.

 

Au demeurant, les lieux-dits sont toujours d'origine beaucoup plus récente que les noms de lieux. La présence reconnue de l'influence bretonne au Sud de la Loire expliquerait l'extension du système vers le Sud. Pourtant ce fait n'est pas uniquement d'origine ethnique, sinon pourquoi serait-il si étroitement limité à la côte bretonne ?

 

On pourrait évidemment supposer que la côte était, à l'arrivée des Bretons, la partie la plus déserte de l'Armorique, en raison des ravages que lui avaient fait subir les bandes barbares. Là seulement, les Bretons auraient pu organiser un système agraire ex nihilo. Mais les pillages saxons n'avaient pas dû à ce point dévaster le pays au Nord-Ouest de Nantes, puisque la population gallo- romaine y était assez dense pour faire jaillir à nouveau la langue française après le départ des conquérants bretons fuyant les Normands ; ou bien il faudrait supposer que la conquête bretonne ait été, ici, suivie d'une véritable colonisation, imposant aux vaincus le système des vainqueurs.

 

Toutefois l'extension du domaine des gagneries vers l'Est et vers le Sud, la présence du terme, et peut-être du système, en Anjou au xive siècle infirment cette hypothèse. Si on l'adoptait, pourtant, il ne faudrait pas oublier que le phénomène n'est pas seulement ethnique et que la structure agraire de la Bretagne bretonnante intérieure n'est pas la même que celle du littoral : le décalage chronologique subsiste ; comme dans le pays nantais, le bocage dut, ici, être conquis plus tard.

 

Les pays les plus accessibles ou les plus faciles à cultiver durent en définitive être mis en valeur les premiers. Par quelle population ? Il serait prématuré de vouloir le préciser. Le facteur social semble à la base de la disparité entre les paysages de plaine et les paysages de bocage dans le pays nantais et la Vendée. Il se traduit encore nettement de nos jours par une opposition tant sociale que psychologique et économique, mais on ne peut oublier qu'il fut lui-même conditionné par le milieu géographique inégalement favorable offert aux premiers défricheurs.

 

Anne-Marie Charaud.

1. Pornic, Paimbœuf, d'après A. Dauzat, Noms de lieux, p. 179, seraient d'origine bretonne.

2. R. Couffon, Toponymie bretonne, La forêt centrale (Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, 1946, p. 24).

 

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 08:30

Sources :



  • Bocage et plaine dans l'Ouest de la France d'Anne-Marie Charaud

    Note Karikkell : texte de 1949 de qualité universitaire principalement axé sur les gagneries.On excusera le champ d'étude « Loire-inférieure et Vendée » qui exclut de l'étude le reste de la Bretagne et qui exclue donc la continuité territoriale en Morhihan et Ille-et-Vilaine.on excusera aussi la confusion « Bretagne » pour « Basse Bretagne ». Ce texte émet des hypothèses entre peuplement breton et gagneries.Il fait allusion aux frairies et à la toponymie bretonne.

     


    Zone en Loire-Atlantique des îles ou gaigneries et des frairies

  • Hubert Maheux, http://insitu.revues.org/2350

    Hubert Maheux, « Champs ouverts, habitudes communautaires et villages en alignements dans le nord de la Loire-Atlantique : des micro-sociétés fossilisées dans l’Ouest bocager », In Situ

    extrait :

    "Au nord de la Loire-Atlantique, le pays de Châteaubriant a été considéré jusque dans la seconde moitié du XXe siècle comme un pays de bocage. Pourtant dans sa partie occidentale, qui correspond au canton de Derval, les paysages ouverts, composés de landes et de champs en lanières non clos, ont été majoritaires jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle, époque à laquelle l’embocagement fut massif...C’est dans cette région défavorisée qu’ont longtemps subsisté les paysages ouverts à pratiques communautaires, associés à un type d’habitat organisé en alignements...Dans la grande moitié nord-ouest du département de la Loire-Atlantique, jusqu’au milieu du XIXe siècle, les cultures étaient pratiquées dans des champs ouverts pouvant atteindre jusqu’à 15 hectares, divisés en parcelles en lanières cernées par une haie commune qui les séparait de la lande aux « terres vaines et vagues ». Ces petits openfields sont connus sous le nom de « gaigneries »... Il semble que la persistance de ces pratiques communautaires soit liée à l’existence des frairies...

     

     

     

  • Liste des frairies par communes

    http://vincnet.g.free.fr/histoire/index_Frairie_relev%E9_liste.htm

    Note Karrikell : un début de listes de frairies par communes .

  • Frairies et droits d’enfeu

    (http://www.journal-la-mee.fr)

    Note Karrikell : Liste des frairies de Derval, notions de « paradis », de biens communautaires, bâtonnier ou marguillier

  • Les frairies ( ou communautés bretonnes d'habitants sur le pays de REDON)

    http://stmarcellin.free.fr/lesfrairies.htm

    Note Karrikell : terme « Communs de Bretagne » et première reconnaissance officielle dans les textes des frairies en 1185

  • site « PRINQUIAU village de Haute-Bretagne »

Les Frairies : http://leray.bruno.free.fr/histoire/frairie.htm

Note Karrikell : notions de Communauté de sang, existence jusqu'aux années

1960 et mort des frairies

 

Frairies de Derval, notions de « paradis », de biens communautaires, bâtonnier ou marguillier

La Paroisse de Derval connut huit Frairies.

Au IXe siècle, 
– celle du Brand avec St Glen comme patron 
– Essard avec St Meen 
– Les Guets (ou frairie du fond des bois) avec St Gwenolé

Au XIe siècle : 
– Quibut avec St Clair 
– Rohel avec St Bily 
– Vieille-Ville avec St Félix 
– Millereul avec St Vincent

Au XVIe siècle : 
– La Frairie du Bourg avec St Pierre et St Paul



L'Église en a gardé le « bénéfice » jusqu’à Vatican II.

Dans son ouvrage « Les Frairies Rurales », le marquis de tourbillonnaire dit que : « Presque toujours, chaque frairie avait sa chapelle et, dans celle-ci, des messes étaient célébrées plusieurs fois dans l’année et certains dimanches. La Frairie se définit comme une division territoriale constituant une véritable communauté de familles dépendant d’un même chef de frairie, cultivant le même sol, défendant les mêmes intérêts temporels et spirituels, dormant après la mort dans le même cimetière situé, presque toujours, auprès de la chapelle frairienne dans un lieu appelé Paradis ». 

[Ce Paradis se retrouve parfois sur le cadastre, de même que d’autres noms, Madeleine, maladrie, ladrerie ayant un lien avec l’existence d’une léproserie, souvent proche d’une chapelle seigneuriale. Les lépreux assistaient aux offices de l’extérieur et recevaient la communion dans une sébile qu’on leur passait par un orifice aménagé dans le mur de la chapelle. C’était le moyen de se protéger de la maladie. La Lèpre aurait été apportée par les Croisés]

Au point de vue social, dans chaque Frairie il existait un bien communautaire (appelé commun ou domaine à Derval) . Il s’agissait de terres indivis restant à la disposition des plus pauvres de la Frairie, chacun pouvant cultiver son petit lopin de terre : nourriture pour quelques têtes de bétail et sécurité alimentaire du lendemain.

Chaque « clan breton » élisait jadis son chef pour le représenter dans les circonstances importantes, il avait ses répartiteurs des fouages et ses représentants au Général de Paroisse. Chaque Frairie possédait « son » Bâtonnier. C’était parfois un conseiller paroissial (ou Marguillier) qui se chargeait de tout ce qui regardait son administration et la défense des intérêts de sa Frairie : réparations de puits, fours, entretien des chemins, etc.

Si un des membres de la Frairie venait à être victime de quelque fléau, ses confrères nommaient, aussitôt, deux d’entre eux pour faire une quête en sa faveur… Si les habitants de la Frairie partageaient les deuils et les chagrins de l’un d’entre eux, ils partageaient aussi les joies. S’agissait-il d’un mariage ? Les Frairiens étaient invités à accompagner la famille à l’église pour prier Dieu de bénir les époux. Ils prenaient part aux agapes fraternelles qui suivaient la bénédiction. A chaque Frairie on pouvait appliquer à juste titre, cette citation : « ECCE HABITARE FRATRES IN UNUM » : qu’il est doux, qu’il est agréable d’être fraternellement réunis.





  • Communs de Bretagne reconnus en 1185, Redon

http://stmarcellin.free.fr/lesfrairies.htm

L'existence des Frairies dans le  pays de Redon remonte à des temps immémoriaux. Il s'agit d'une communauté de travail entre habitants, d'un territoire délimité dans une paroisse ou commune, d'une assiette administrative  pour  la perception des impôts. La communauté  villageoise est reconnue pour la première fois par "l'assise au Comte Geoffroy en 1185.  Geoffroy Plantagenêt, fils d'Henri II d'Angleterre et gendre de Conan IV, duc de Bretagne. C'est le premier document juridique qui constate l'existence de la Frairie ; institution tout à fait originale.

 Au cours de l'histoire du pays de Redon on trouve de nombreux exemples de l'existence des Frairies. L'un des plus probants est celui des Frairies de BAINS SUR OUST (35) où les moines de l'Abbaye de REDON octroient des droits d'usage et de communage mais reconnaissent également un véritable droit de propriété.

         Le 10 juillet 1651, un "Arrêt de Triage" du parlement de Bretagne reconnaissait aux habitants de BRAIN SUR VILAINE contre RICHELIEU, ministre et également Abbé de REDON des droits de propriété sur les marais de la Chapelle Sainte Mélaine. L'article 10 de la loi du 28 août 1792 instituait dans les 5 départements bretons un régime particulier pour la dévolution des terres seigneuriales vaines et vagues, ces terres devenaient propriété de ceux qui avaient droit d'y communer. L'article 9 de cette même loi attribuait en France ce droit aux communes. Ainsi donc en Bretagne, ces mêmes terres, constituèrent des indivisions privées, appartenant à des communautés de villageoises d'habitants. Un droit spécial s'était crée et, par la suite le sort des biens des communautés d'habitants suivit une dérive différente de celui du domaine privé des autres communes françaises.

     Les "Communs de Bretagne" demeurant inaliénables, imprescriptibles et insaisissables, ils se différencient des "communes des communes" et ne peuvent que se partager. Ainsi qu'il en fut jugé à maintes reprises, ni le maire, ni le conseil municipal, ne sont habilités à se représenter devant une administration une communauté d'habitants dans la revendication de ses droits. Le service du cadastre, vers la moitié du 19ème siècle a admis, relevé et établi minutieusement dans toutes les communes de Bretagne, des comptes matriciels aux communautés d'habitants ou de villages quelques fois dénommés "Folio des ex-vassaux".



  • Communauté de sang, existence jusqu'aux années 1960 et mort des frairies, Prinquiau

leray.bruno.free.fr/histoire/frairie.htm



 Il faut aller loin dans le temps et dans l'Histoire pour retrouver l'acte de naissance des frairies (aux environs de 1185).

La frairie était à la fois :

1/ Une division territoriale de l'ancienne paroisse (laquelle ne portait pas encore le nom de commune).
2/ Une communauté de travail entre les habitants de cette partie de la paroisse.
3/ Une assiette administrative pour la répartition et la perception des impôts (tailles, redevance féodale, corvées etc.).

En compulsant les registres d'imposition des XVIIe & XVIIIe siècles, on constate que le pouvoir royal français n'hésite pas à baser l'égaillage (la répartition) des impôts des paroisses bretonnes sur les frairies qui les composaient. L'impôt était perçu globalement, à charge pour chacun, dans le cadre de la frairie, d'apporter sa quote-part, ce qui, fait notable, pouvait amener à des compensations des plus aisées à l'encontre des plus impécunieux.

 Une frairie était également une communauté de travail. L'agriculture était devenue avant tout une science de la localité, toute de recettes empiriques et issue d'observations particulières.

 Le cadre idéal de la frairie fut longtemps le cadre idéal pour l'agriculture de subsistance où la science des métiers était détenue par les anciens.

 La frairie pouvait se comparer aux sociétés de compagnonnage. Chacune d'elles avait ses recettes de travail, ses corvées et il était rare qu'une "corvée" déborde sur une autre frairie.

 Sur le plan religieux, chaque frairie avait sa chapelle, sa fête patronale, sa bannière et son représentant au "Conseil de Fabrique paroissial" qui tenait lieu de Conseil Municipal, sous la houlette du recteur de la paroisse.

 Il est évident que dans de telles conditions, les alliances se faisaient à l'intérieur de la Frairie. De communauté de travail, elle devenait communauté de sang et les familles qui la composaient ne portaient très souvent qu'un nombre restreint de patronymes.

La Révolution de 1793 viendra bousculer cet état de fait. Les communes prendront le relais des paroisses. Les Conseils Municipaux, des Conseils de Fabriques (dans un premier temps, on y retrouvera les mêmes personnes). Les registres - décès - mariages - naissances ne seront plus tenus par les curés. Les impôts nouveaux seront perdus différemment.

Si les frairies disparaissaient alors du paysage juridique et administratif de la Bretagne, elles laissaient encore pour de nombreuses années des traces dans le paysage social.

 Jusqu'aux derniers battages de céréales, dans les années 1950, on pouvait encore déceler une organisation du travail semblable à celle décrite plus haut. De même pour d'autres gros travaux (fenaisons, vendanges) on se souvient aussi mais pour beaucoup, le nom de frairie aura essentiellement une consonance religieuse.

 Chaque frairie continuant jusqu'à une date récente (années 1960) a être représentée dans le cadre de la paroisse par ses marguilliers (vient d'un mot latin: garde-rôle). Les marguilliers étaient choisis et demandés par le recteur, d'après les suggestions des prédécesseurs. Leur mandat : un an, débutant avec l'année civile. Il était inconvenant et... porteur de malheur, de refuser la charge.

 Consultants auprès des prêtres de la paroisse (le curé principalement) pour les affaires temporelles, ils étaient chargés des quêtes, dans et hors de l'église, quête de blé - de blé noir - de porter croix et bannières au cours des messes dominicales et des nombreuses processions dont les moindres n'étaient pas celles des Rogations, lesquelles permettaient aux membres des frairies de sillonner derrière leur bannière, les routes de leur territoire, s'arrêtant aux croix décorées, afin d'implorer du Ciel des conditions favorables pour les récoltes. Invités d'honneur au moment des visites de l'Évêque pour la Confirmation, suivies d'un grand repas au presbytère. Ils accueillaient le curé nouvellement nommé. Les derniers à avoir rempli leurs fonctions les ont exercées sous M. le curé COUTEAU, puis un nouveau paysage religieux est né, entraînant dans la désuétude, et bientôt l'oubli, des pratiques centenaires. Il y a quelques années, une association d'intérêt général née sur le territoire d'une frairie a semblé vouloir redonner vie à l'esprit que l'on pouvait supposer régner dans la frairie. L'accueil ayant été plutôt mitigé sinon franchement hostile, on peut supposer qu'est clos, au moins sous cette forme, un aspect de la convivialité qui marquait encore il y a quelques décennies la vie sociale en milieu rural.

Geneviève FREOUR Recherches collectives de M. DAMIEZ.

 

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 13:33

 

Tyfei Sant ou Saint-Avé

Sant Teve en breton

 

 

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 Notre–Dame du Loc à Saint Avé (Morbihan)


 

 

Saint Avé serait un saint venu de Grande-Bretagne se nommant Tyfei (forme bretonne Teve , prononcé tévé). La forme française est donc fausse, la liaison a induit en erreur un moine, on devrait avoir Saint Tavé en français.

 

 

 

 

Histoire de Saint Tyfei

(extrait et traduction Karrikell du site gallois www.llandeilo.org)

 

llandeilo
 Pays de Galles, Llandeilo, LLandaff, Penally, Lamphey


llandyfeisant_church.jpg
 Llandyfeisant Church

 

 

Saint Tyfei aurait établi sa cellule monacale à Llandyfeisant, petite paroisse relevant aujourd'hui de Llandeilo (près du parc national des Brecon Beacons)

Tyfei à qui l’église est dédiée était le fils de Budic II, roi de Bretagne selon les vies de saint du 12eme siecle (' Budic de Cornouailles') et de Anaumed, sœur de Saint Teilo (orthographié en Bretagne Thelo ou Telou)


Son frère Ismaël , est célébré dans plusieurs églises dans le Comté de Carmarthen et de Pembroke.


Un autre frère de Tyfei est St. Oudaceus, le successeur de Teilo comme eveque de Llandaff.(Llandaff aujourd’hui dans les faubourgs de Cardiff)


Tyfei est également célébré à Lamphey (Llandyfei en gallois) entre Tenby et Pembroke.


Le fait que les deux églises dédiées à Teyfo soient dans le même site que des lieux consacrés à Teilo accrédite la croyance de la parenté entre Teilo et Tyfei.


Selon « la vie de St Teilo » (12eme siecle)  de Geoffrey de Llandaff , les deux frères étaient disciples de Saint Dubricius  ( 465 – 545  ou Dybrig en gallois) , premier évêque de Llandaf et un des fondateurs du monachisme au pays de Galles, qui sacra Saint Samson comme évêque de Dol. Saint Teilo lui aurait succédé sur le siège épiscopal de Llandaf.

 

Selon le livre de Llandaff (12eme siecle également), Tyfei fut tué enfant par un  notable de Penally (Pennalun en galllois) nommé Tutuc lors d’une dispute au sujet dune propriété.

 

Selon « la vie de st Oudoceus » (12eme siecle également) il est mentionné comme « tyfei le martyr qui mourut à Pennally.

 

 

Ebauche de généalogie de saints bretons en partant de Typhei :

 

 

genealogie

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Published by karrikell - dans Histoire
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