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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 15:07

 

                                               Histoire de la langue bretonne

Article original Karrikell

(sources wikipédia principalement)

karrikell.over-blog.com


 

 

On peut découper l’histoire de la langue bretonne en 5 grandes périodes :

 

1° Le Britonnique (origine – 7eme siècle ap.Jc)

2° Le Vieux Breton (7eme à la fin du 11eme siecle)

3° Le Moyen Breton (11eme à la fin du 16eme siecle)

4° Le Breton moderne (du début du 17eme à nos jours)

5° Le Breton contemporain (du 19eme à nos jours)

 

1° Le Britonnique , de l’origine  au 7ème siècle ap. J.C

 

Langue de l’île de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle), elle se fusionna en Armorique avec le Gaulois lors de l’émigration des Bretons en Armorique (chassés selon les auteurs, par les Saxons, les Irlandais ou la surpopulation)

Avant le 7eme siècle, le breton est donc la même langue pour  la Grande-Bretagne (restée celte) appelée Bretagne et pour l’Armorique britonnisée.

C'est dans ce breton « dit brittonique » qu’on a retrouvé des textes (Aneurin, Taliesin) dans les royaumes

bretons du sud de l'Écosse actuelle.

Quelques exemples de texte en britonnique :

 

 

Y Gododdin du poète Aneurin  (525 - 600)

(barde du roi Mynyddawg Mawr de l’actuel sud de l’Ecosse)

 

Gwyr a aeth Gatraeth oedd ffraeth eu llu;                Les hommes allèrent à Catraeth : leur armée était prête.
Glasfedd eu hanccwyn, a gwenwyn fu.
                      Leur festin était d'hydromel nouveau , mais c'était du poison
Trichanttrwy beiriant yn catau -.                                              Trois cents, par ordre, en ligne de bataille
A gwedi elwch tawelwch fu.                                                    Après le tumulte, il y eut le silence
Cyd elwynt i lannau i benydu,                                                Bien qu'ils allassent à l'église faire pénitence
Dadl diau angau i eu treiddu.                                                  la mort à qui nul n'échappe vint à leur rencontre


traduction Christian-J. Guyonvarc'h,  Les Royaumes celtiques - M. Dillon/N. Chadwick - Fayard, p. 213

 

 

Kat Goddeu (Le combat des arbrisseaux) de Taliesin  (contemporain d’Aneirin)  , du royaume du Powys (actuel nord du Pays de Galles)

Extrait :

Bum yn lliaws rith                       J’ai été sous de nombreuses formes
Kyn bum kisgyfrith.                   Avant que je ne sois libre
Bum cledyf culurith.                   J’ai été une épée étroite et bariolée
Credaf pan writh.                        Je crois à ce qui est apparent
Bum deigyr yn awyr.                  J’ai été larme dans l’air
Bum serwaw syr.                         J’ai été la plus brillante des étoiles

Bum geir yn llythyr.                    J'ai été mot parmi les lettres.
Bum llyfyr ym prifder.                J'ai été livre à l'origine.
Bum llugyrn lleufer                     J'ai été une langue brillante
Blwydyn a hanher.                     pendant un an et demi.
Bum pont ar triger.                      J'ai été un pont jeté

Ar trugein aber.                           sur soixante estuaires.

 

 

Le britonnique est donc l’ancêtre commun du Gallois, du Cornique et du Breton actuels.

 


 

 

2° Le Vieux-Breton, du 7eme au 11eme siècle

 

C'est à cette époque que le breton est devenu une langue propre à la Bretagne armoricaine. Il a été étudié par Léon Fleuriot dans sa grammaire et son dictionnaire du Vieux Breton.

Jusqu'au 12e siècle il est resté le parler des élites de l'État breton. (Alain IV Fergent dernier duc bretonnant a régné de 1084 à 1112)

Comme la plupart des langues de l'Europe occidentale, la langue bretonne fut d'abord retranscrite avec l'alphabet latin.Cependant, les phonèmes du breton ne pouvaient pas tous être écrits avec les lettres latines.  C'est ainsi que par exemple fut introduit le suffixe -ff afin de signaler une voyelle nasalisée.

Par exemple, le nom Henaff (orthographe moderne Henañ) est prononcé /enañ/.

À l'origine (en vieux-breton et en moyen-breton), les mutations du breton n'étaient pas écrites.(même si elles existaient à l’oral bien sûr)

 

 

fergent

 

 

 

 

Alain Fergent

dernier duc bretonnant

(régna de 1084 à 1112)

 

 

 

 

(Source de l’image : Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, de Dom Morice)

via le site du Centre de Recherches en Histoire de l’Université Rennes 1

http://www.chd.univ-rennes1.fr/)

 

Pour l'écrit, le duché de Bretagne employa le latin puis le français au XVe siècle.

Il reste donc trés peu de traces du vieux-breton :

 

 

1er exemple : manuscrit de Leyde

 

Des gloses en breton dans des ouvrages rédigés en latin, des noms de lieux et de personnes tirés des

cartulaires, à signaler tout de même le manuscrit de Leyde (590 ou  790 ?) traité de médecine et de botanique écrit en breton et en latin et qui est conservé à l'université de Leyde.

A quand le retour de ce fragment précieux de la langue bretonne en Bretagne ?

 

    leyde

 

 

 

 

 

 

Manuscrit de Leyde,

 année 590,

Leyde, Pays-Bas

 

 

 

2eme exemple

 

On connaît également un écrit en vieux-breton qui a été retrouvé à l'intérieur d'un sarcophage dans une chapelle près du village de Lomarec dans la commune de Crac'h, près d'Auray :

« irha ima in ri »

(soit en breton moderne : « amañ emañ ar roue » « ici repose le roi ».

Datée du siècle du roi Waroch.

Certains penchent pour du Gaulois tardif (cet article sera complété pour expliquer les arguments de cette thèse.

 

3eme exemple : Extrait du cartulaire de Redon

 

« a fine Ranmelan don roch do fos Matuuor, cohiton fos do Imhoir, ultra Imhoir per lannam, do fois fin Randofhion, do fin Ranhaelmorin, cohiton hi fosan do rud fos, coihiton rudfos per lannam do fin Ranloudinoc pont Imhoir »

 

C’est un texte de débornement de Ran Riantcar en Ruffiac (folio 87 du Cartulaire, lignes.10-14).

Ce texte mêle selon nous assez étrangement le breton (bleu) au latin (noir)

La traduction est :

« de la limite de Ranmelan à la roche, au fossé Matuuor, le long du fossé jusqu’à l’Imhoir, au-delà de l’Imhoir, à travers la lande, jusqu’au fossé de la limite de Randofhion, jusqu’à la limite de Ranhaelmorin, le long de ce petit fossé jusqu’au fossé rouge, le long du fossé rouge, à travers la lande jusqu’à la limite de Ranloudinoc (au) pont d’Imhoir »

 


 

 

3°) Le Moyen-Breton du 11eme à la fin du 16eme siècle

 

Le moyen-breton est le nom que l'on donne à la langue bretonne parlée et écrite de la fin du 11eme vers la fin du 16eme.

Elle a fourni une littérature, une poésie, mais surtout un théâtre, d'inspiration religieuse.

 

1er exemple :  le Lai d’Ivonet Omnes (vers 1330-1350)

C’est un manuscrit comportant les sept phrases nommées lai d'Ivonet Omnes, fragment d'un poème d'amour, en rimes internes.

Ces rimes internes sont spécifiques à la littérature celtique, le fait qu’au 14ème siècle des poètes appliquaient encore ces rimes internes impliquait sans nul doute une grande érudition en langue bretonne et le maintien d’une tradition, d’une école à travers les siècles .

 

Extrait :

 

An guen heguen amlaouenas,

An hegarat an lacat glas,

Mar ham guorant va karantic,

Da vout in nos o he kostic.

Vam garet, nep pret.

 

 

 

 

2eme exemple : “An dialog etre Arzur Roe d’an Bretounet ha Guynglaff “(1450)

 

1450

An Dialog Etre Arzur Roe d’an                           Dialogue entre Arthur Roi des Bretons et Gwenc’hlan

Bretounet Ha Guynglaff

GUYNGLAFF                                                                                        GWENC ‘HLAN

Me a lavar dit adeffry,                                          Je vous le dis sérieusement

Quement a crenn a goulenny,                                Autant que vous me le demandiez

Diouziff a gouvezy,                                                                      Vous ne saurez de moi

nemet da maru ha ma hany.                                   Que votre mort et mon nom

Cals a fizio en beth muy evyt en Ilis,                   Beaucoup font confiance  à notre monde, beaucoup plus dans l’église

An-tra-se a coezo dre vicz,                                   Les premiers tomberont dans le vice

Huy guelo etre tut a Ilis                                        Vous verrez parmi les gens d’église

Baeleien hep nep justiçç,                                       Des prêtres sans aucune justice

Pep foll a goulenno offiçç.                                     Tout fou demandera la fonction

 

3eme exemple : Le Catholicon  (1464)

Le Catholicon est le premier dictionnaire trilingue au monde (breton-latin-français),1er dictionnaire breton et premier dictionnaire français également.Son auteur est le prêtre trégorrois Jehan Lagadeuc en 1464

catholicon

On peut y lire

« Anauon an iffern »

et aussi

« an bloez man »

cette année.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

4°) le breton moderne

 

Le breton moderne est caractérisé à son début (1659) par un changement de l’ortographe stable du moyen breton, un véritable tatonnement, allant d’une simplification et d’un alignement sur la graphie française, ce qui générera une dialectisation orthographique du breton (même si l’on peut penser que les dialectes oraux existent depuis le début).

 

Cet éclatement provoqué par la réforme Maunoir (1659), on mettra 300 ans à la rectifier !

 

On peut dire qu’aujourd’hui avec une orthographe qui date de 1941 mais qui était en genèse depuis le début des années 30, on a atteint une stabilité même si celle ci est encore largement mis en question par l’orthographe universitaire et par un certain mécontentement lancinant.

 

Quoiqu’il en soit l’orthographe Peurunvan ou KLTG (ZH), est désormais (à tort ou à raison) l’orthographe de tout ce qui se crée de nouveau en breton.

 

 

On fait débuter le breton moderne par le changement orthographique de Julien Maunoir (Jesuite)

 

Voici évoquée brièvement les différentes orthographes du breton moderne.

 

La réforme de Julien Maunoir (1659) et début de la dialectisation littéraire

 

Au 17eme, les jésuites lancèrent des campagnes d'évangélisation pour « redresser » les catholiques bretons. Et pour cela, en Basse-Bretagne, une seule solution : apprendre le breton.

La figure la plus connue de ces « redresseurs » est Julien Maunoir, qui changea la forme traditionnelle millénaire  de l’ortographe bretonne.On peut donner ici l’évolution la plus emblématique : l’écriture des mutations .

(ex : avant da tat (prononcé da ‘dat est désormais écrit da dad)

(le remplacement aussi du FF par N, exemple Henaff devient Henan , le plus agé)

 

 C'est à cette époque que l'on voit la graphie diverger : l'ancienne graphie réformée par les jésuites devient le standard de fait pour les trois évêchés de Cornouaille, Trégor et Léon, une autre graphie apparaît à la fin du 18eme siècle pour retranscrire le dialecte vannetais du breton

 

 

kerampoul

Dictionnaire françois-breton ou françois-celtique du dialecte de Vannes ...

 Par Clément-Vincent Cillart de Kerampoul

1744

 

Citation:

AR BLEI AG AN OAN


[p.46]

Eur blei a efai en eur fantan a voelas eun oan, a efai en traou ar ruzelen.
To staet a reas dean en coler, ag a tamalas dean, a tevoallai e dour. An oan evit excus a laras dean a efai izelloh evit an, a na ellai ket an dour adpignal de handon. Ar blei eun hlazan a haras dan oan, evoa ouz penn hoeh miz an evoa drouk comzet an ean ; na voan ket ganet hoas, emme an oan. Ret e ta emme ar blei eve ta dad pe ta vam ; agg epp raison al arbed en eun dolas voarnean, ag en daibras evit e bunissan, erve a lare euz a volante fall, a cazoni e gherent.

 

Eléments succints de la langue des celtes-gomérites ou bretons ; introduction à cette langue, Et par elle, à celles de tous les Peuples connus. / Filii Japhet Gomer , Magog , Javan et Madai. Gen. c. X. /
Seconde édition , Retouchée et rectifiée par l'Auteur LE BRIGANT, de Pontrieux.
/ ar hentan langach ar brezonnec // celticanegata negatur orbis /
à Brest Chez Gauchlet , Imprimeur - Librairie , Place Médisance , N° 25. An Sept.

 

5) le breton contemporain

La réforme de Le Gonidec (1800-1840)

 

Quand Le Gonidec élabore dans les années 1800 à 1840 sa Grammaire celto-bretonne et son Dictionnaire français-breton, il rénove également l'orthographe. Son objectif est de noter phonétiquement la langue

(le changement le plus emblématique est le remplacement de « c » et « qu » par « K »)

 Au cours du 19eme, l'orthographe de Le Gonidec, puis sa version revue par le dictionnaire Troude, va être utilisée parallèlement à l'orthographe classique. D'abord timidement, puis majoritairement, une fois acceptée par l'Église.

Des mélanges anarchiques vont aussi être utilisés pendant tout le 19eme siècle.

gonidec

 

  Extrait du dictionnaire Breton/Français de Le Gonidec

 

Entente des écrivains bretons –écriture KLT (1908)

 

En 1908, le grammairien François Vallée et le linguiste Émile Ernault créent l'Entente des écrivains bretons qui proposa une orthographe commune à partir de l'écriture de Léon telle qu'améliorée par Le Gonidec. La majorité des écrivains s'accordent sur une norme (qui sera plus tard appelée KLT en référence aux trois évêchés qu'elle concerne : Kerne, Leon, Trégor). L'accord n'ayant pu être conclu avec les écrivains vannetais, la grande majorité de ces derniers continua à transcrire leurs textes avec l'ancienne graphie vannetaise.

C’est l’ancêtre de l’écriture actuelle KLTG ou Peurunvan.

è    La modification emblématique de cette réforme est le remplacement de gu par gw (guen devient gwen)

 

Vannetais , 1913

Histoer er vretoned

Konomor, mestr ag an hanter a Vreizh, a Bondi betek Brest, en doa dimezet da verc’h ar c’hont Werok, mestr e kornad Gwened. Engortoz-mat e oa a stagiñ Bro-Gwened doc’h e dachenn, mes ‘vel ma ne gave ket an tu d’er gober, eñ en em gemeras doc’h e vaouez, santez Trifin, hag a añseas he lazhiñ. Kentizh ma klevont komz ag an torfed, setu ar Vretoned é sevel a-enep d’an torfetour ; taolet eo er-maez ag an Iliz ha kondaonet da goll rac’h e vadoù.

 

Echec de la proposition  de Xavier de Langlais (1936)

Ces principes seront résumés dans une proposition de Xavier de Langlais en 1936. Ils consistent en :

    * la graphie -v pour le son /w/  (eg: piou est désormais écrit piv, brao devient brav, ...).

    * le digraphe zh proposée en 1911.Ces propositions furent initialement rejetés par la plupart des écrivains,

notamment Roparz Hemon.

On peut remarquer que cette proposition contient une bonne partie de l’ ortographe actuelle (peurunvan)

 

Création du peurunvan, ou orthographe unifiée (1941)

Ortographe actuellement la plus utilisée en breton. (à 90%)

Le 8 juillet 1941, une commission d'écrivains (Roparz Hemon, Loeiz Herrieu, Frañsez Kervella, l'abbé Perrot, Bourdelles, Uguen, Abeozenn, le chanoine Le Goff, Gwilherm Berthou, Loeiz Ar Floc'h, ...) se réunit et adopta une orthographe unie devant la nécessité de permettre l'enseignement du breton. À la suite de quoi, à la fin de l'année, l'enseignement facultatif du breton fut autorisé à hauteur d'une heure par semaine, en dehors des heures normales de cours. Cette orthographe fut progressivement adoptée de 1941 à 1942.

Cette orthographe est parfois appelée KLTG (pour montrer que l'on a enfin une orthographe unie entre la graphie KLT et le vannetais - G vient de Bro Gwenedeg, le pays vannetais). Elle est également appelée peurunvan (enfin unifiée, totalement unifiée) ou écriture « zh », le digramme "zh" ayant été pris comme symbole de la réunification nationale du vannetaise et des autres dialectes.

 

Orthographe universitaire (1953)

Le mouvement progressiste Emgleo Breiz qui tentait de sauver la langue bretonne (pétitions de plusieurs centaines de milliers de signatures, etc.) proposa en 1953 une nouvelle orthographe qui devait aider ceux qui voulaient apprendre le breton à en maîtriser la prononciation, en adoptant une orthographe suivant la phonétique française

Cette orthographe est appelée « écriture universitaire » (en breton skolveurieg) parce qu'elle fut adoptée par l'administration dans les universités. Elle fut également appelée « écriture de Brest » car ette écriture faisait la part belle au Léonard, qui était depuis longtemps le standard véhiculaire dans le domaine KLT. Aussi une deuxième orthographe universitaire fut-elle créée pour le vannetais. Certains principes font d'ailleurs que les deux se rejoignent.  

Certains nommèrent cette orthographe « ar falc'huneg », du nom de son créateur, le chanoine François Falc'hun.

Elle perdure à l'université de Brest et chez l'éditeur Brud nevez (Fañch Broudig)

 

C'est le peurunvan dit BZH qui est utilisé dans toutes les écoles bilingues, chez tous les éditeurs (à l'exception de Brud nevez), sur la signalétique bilingue etc...

Malgré cela il reste des opposants principalement chez les dialectophones car le problème principal est que le peurunvan ne véhicule pas seulement une orthographe mais un lexique figé, avec beaucoup de néologismes, et ne s'adapte pas du tout aux dialectes (signalétique routières, écoles bilingues) tout ceci par souci de normalisation.

 

 

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