L'INFLUENCE DE LA LANGUE GAULOISE SUR LE BRETON (5) - ADRIAAN VAN DOORN - H initial, W interne et groupe *XS *KS *PS
H initial, W interne et groupe *XS *KS *PS (photo Léon Fleuriot)
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2.1.2 H initial
En se basant sur l’Atlas linguistique de la Basse-Bretagne (Le Roux 1924) Falc’hun constate une distribution du h initial en Breton.
Il utilisa les cartes des mots :
| breton | français |
| had | graine |
| anv | nom |
| heiz | orge |
| hejan | secouer |
| heman | celui-ci |
| hounnezh | celle là |
| hiziv | aujourd'hui |
| houarn | fer |
| holen | sel |
Ces neuf mots montrent un h initial dans une grande partie de la Bretagne, même si ce h n’est pas étymologique dans anv (nom), cf. gallois enw.
En Léon et dans d'autres zones périphériques à l'ouest et au sud de Vannes on retrouve tous ces mots sans h- (Falc’hun)
La façon dont il explique cela est la suivante : on s’attendrait à des archaïsmes normalement à la périphérie et des innovations au centre, alors que les archaïsmes ont plus tendance en fait à être dispersés.
Suite à cela, la situation sans h- devrait être la plus ancienne, et nous avons affaire à une innovation.
Cela semble étrange, car les mots sans le -h conservent un archaïsme , mais cet archaïsme est une innovation en Bretagne.
ajout Karrikell : Peter Schrijver est un linguiste néerlandais., professeur en langues celtiques à l'université d'Utrecht University et chercheur en linguistique en langues aniciennes indo européennes
Peter Schrijver nous dit que le proto-celtique *s- avant une voyelle au début d’un mot est resté -s ou est devenu h- en britonnique :
(signifiant sept)
- cf. en breton seizh
- en gallois moyen. seith
- en cornique moyen Seyth
et (signifiant graine)
- le breton et galllois had
- et cornique moyen Has
Le français n’a pas gardé le -h initial, c’est pourquoi Falc’hun émet l'hypothèse que le gaulois ne le garda pas non plus ; c’est du à l’influence gauloise que le français le perdit.
Donc le gaulois perdit son -h initial, et le britonnique le garda, les Bretons allèrent en Armorique et étendirent leur -h au nord et au centre de la péninsule, mais les régions éloignées n’adoptèrent pas l’innovation.
Falc’hun croit que c’est le fait que le nord de la Bretagne montre plus de mots comme anv qui ont un -h initial non étymologique , que c’est du à une hésitation entre les mots avec et sans le -h, comme le mot breton anal, alan haleine qui est noté hèlãn (Le Roux 1924)
Proto-britonnique. *anatlom < Proto-indo-européen h2enh1-tlom, cf. gallois. anadl, anaddl, moyen cornique. anel
Le seul problème est que nous n’avons pas de raison de croire que le gaulois réduisit son -s initial en -h ou le perdit complètement , nous dit Jackson.
Fleuriot argumente même que les exemples en breton en -s au lieu de h- sont dus à l’influence gauloise, comme en moyen breton sizl breton sil gallois hidl "filtre"
Schrijver remarque aussi que les exemples en breton de s- au lieu de h-, et propose une solution dans laquelle s- devient h- après une voyelle dans le mot précédent, mais st- devient s- dans le même environnement.
La paire mutée *s-/*h- ainsi grammaticalisée et certains mots généralisèrent le s- initial et d’autres le h- selon lui.
Les emprunts Gaulois en Français, comme soc « soc de charrue » du gaulois. *soccos, savart terre non cultivée du gaulois *samara-, ou suie du gaulois. *sudia, ne perdirent pas leur s- donc il semble donc peu probable que le gaulois ait perdu son s- initial, auquel cas l’argument de Falc’hun est invalidé.
Cependant Schrijver liste la preuve pour *s > h/Ø en celtique continental dans son livre Studies in
British Celtic historical phonology (Schrijver 1995)
Tout d’abord, il y a des noms de lieux comme Halle (Allemagne) et Hallstadt (Allemagne), qui contiennent le mot proto-celtique C *sal- ‘sel, cf. le breton holen , le gallois halen le vieux-cornique haloin le vieil Irlandais salann
Kerkhof ajouta plus de noms contenant cette racine, comme Hellevoetsluis (Pays-Bas) et Helmond (Pays-Bas)
Deuxièmement, le gaulois suiorebe « aux soeurs » reflète probablement *suehor- < *suesor-, avec la réduction du s- interne.
Pour finir, le gaulois onda boca, provenant du Plomb du Larzac, signifie probablement «cette bouche» cf. le gallois hwnn 'cette' < *sondos.
Le gaulois indas mnas 'ces femmes' provenant de *sindas bnas montre la même évolution.
En conclusion, on peut dire que le Gaulois a parfois réduit le s- initial en h- ou l’a complètement perdu.
Il n’est pas clair comment la distribution s’est faite entre les formes avec un -s réduit et les formes ayant gardé le -s.
Il parait improbable de déclarer que les Bretons réintroduirent le -h initial en Armorique, car les Armoricains pouvaient toujours l’avoir .
D’un autre côté, il est aussi incertain de dire que les mots Bretons ayant gardé le -s initial aient été influencé par le Gaulois.
2.1.3 -W interne
Léon Fleuriot voit le développement du W interne- comme un développement commun entre gaulois et breton .
En gaulois, le -w a tendance à tomber ; on trouve par exemple :
- Iouincus le jeune
- Ioincorix le jeune roi
- Deuognata fille d'un dieu
- Diorix roi divin
- briuatis habitant près du pont
- brio pont
Le dialecte de Cornouaille a particulièrement la tendance à faire tomber le -w
vent :
- cornouaillais ael
- léonard avel
- gallois moyen awel
foie :
- cornouaillais eü
- léonard avu,
- gallois afu;
valet :
- cornouaillais. meol
- léonard mevel
De façon intéressante il y a des mots qui dans quasiment tous les dialectes ont fait tomber le-w-:
faim :
- vieux breton nawon
- breton naon
- gallois newyn
mousse :
- breton eon
- vannetais ivon
- gallois ewyn
langue :
- breton teod
- vannetais tawet, tawat
- gallois tafod;
soleil :
- breton heol de *howel,
- gallois haul.
Seul le vannetais a des équivalents avec un w- interne,et le gallois n’a pas le -w dans le dernier exemple.
Cela pourrait montrer un substrat gaulois, comme le pense Fleuriot, car le breton et le gaulois ont partagé un développement comparable qui la plupart du temps n’est pas arrivé en gallois.
2.1.4 Le groupe *XS < *KS, *PS
Le groupe Proto-Celtique *xs donne normalement ch, c’h [x] en breton et s en gaelique, e.g. *trekso- > breton trec’h ‘victorieux’, et *treksio- > vieil irlandai treisse ‘le plus fort’ .
Fleuriot argumente que le gaulois tardif a connu le même développement que le gaelique , à savoir *ks > s.
Il donne l’exemple de *uksello ‘haut’, < en proto indo-européen *upselo-, qui donne en gaulois tardif Uxelle, Ussel, Usseau ou Uzelle, mais le vieux breton uchel ‘haut’, qui a donné naissance aux variantes uc’hel, uhel, ihuel et huel, exactement comme le gallois uchel ‘haut’, uwch ‘plus haut’ et uchaf ‘le plus haut’.
Schrijver reconstruit ce mot comme pre-proto-celtique * oupselo-, et Delamarre donne *ouxselo- comme la forme proto-celtique.
Fleuriot soutient en outre que *ks donne parfois s en breton, comme en gaulois tardif.
Le mot *uksisama ‘le plus haut’, le nom de l'île d'Ouessant, donne le vieux breton Ossam et en breton moderne Eussa. Dans le nord-ouest de la Bretagne il existe d'autres toponymes comme Uzel ‘haut’ Kerusel ‘la ville haute’ Keruzel ‘id’ ou Lannuzel ‘le haut Monastère, ermitage’, cas dans lequel on voit le développement de *ks en s ou z.
La préposition bretonne a-uc’h ‘au dessus de’ existe aussi comme a-us, qui s'explique parfois par la préposition a-is ‘dessous’, mais Fleuriot pense que la forme a-us est à rapprocher des développements gaulois de *ks en -s.
Mais, quand on regarde le gaulois, on voit normalement un développement de *ps et *ks en xs, par ex. le gaulois sextan ‘sept’ < proto indo-européen *septm.
Lambert donne également la forme gauloise du mot latin paropsides, à savoir paraxsidi.
Le développement français de pt, ps, kt et ks en *xt et *xs et plus tard en it et is,
par ex. Latin capsa > *caxsa > fr. caisse, est dû au substrat gaulois, selon Lambert, et Pope est d'accord et déclare que cela est généralement accepté.
Il n'est pas clair si Lambert veut dire que toute l'innovation est gauloise, ou seulement la première partie, c'est-à-dire en *xt, *xs, comme le dit Pope.
Si ce dernier a vrai, nous pourrions soutenir que les noms de lieux comme Ussel ne montrent pas le traitement gaulois, mais sont dus au développement français en s.
Soit il faut assumer que le gaulois tardif a fait évoluer ce groupe en s, sur la base du français, ou les formes bretonnes avec un s inattendu doivent être expliquées autrement qu'à travers le Gaulois.
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