Pluriels en -ier , 2ePS et PP, breton rusk et druz (Photo Xavier Delamarre)

 

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2.2 caractéristiques morphologiques partagées putatives

 

2.2.1 pluriels en - ier

 

La forme du pluriel en -ier en breton est un emprunt du latin -arium.

 

En KLT (Dialectes du Nord Ouest, Kerne, Leon, Treger) , le pluriel de kazh , 'chat' est kizhier, kijer, kejer etc.

 

En vannetais, cette forme en -er est trouvée moins souvent qu’en KLT,

en vannetais kaheu et gallois cathau, cathed, tous pour 'chats'.

 

C’est donc un archaïsme de la part du Vannetais.

 

Le KLT a innové, tout comme il l'a fait en ce qui concerne la nouvelle accentuation (voir 2.1.1)

 

Cet archaïsme partagé est un argument en faveur des relations étroites entre vannetais et gaulois, selon Falc'hun.

 

Les archaïsmes partagés ne le prouvent cependant pas, à mon avis, car les formes en vannetais et en gaulois auraient tout aussi bien pu être conservées indépendamment.

 

2.2.2 deuxième personne du singulier et du pluriel

 

En vannetais les terminaisons verbales de la 2 PL(2eme forme du pluriel) en -t sont nombreuses, et la forme 2 SG (2eme forme du singlier) est souvent en -s, exemple ous  'tu es' .

 

En KLT la terminaison 2 SG est -t, par ex. out  'tu es', cf. gallois. wyt id.

(ajout Karrikell prononciation wout), et la 2 PL se termine généralement par -c’h, -h.

 

Dans la zone entre KLT et vannetais, Falc’hun estime que la confusion est apparue en raison de l'ambiguïté de la terminaison -t, qui est principalement du singulier en KLT, et pluriel en vannetais.

 

Du fait de cette distribution en Bretagne, Falc’hun suppose que le gaulois utilisait le pluriel en -t et les singuliers en -s, alors que Breton utilisait -c’h ou -h au pluriel et -t au singulier

 

Dottin et Lambert notent qu'il n'y a pas d'exemples de la deuxième personne du singulier en gaulois, autres que les impératifs en -i et les subjonctifs présents en -es.

 

En vieux breton, -e et -ith, -eth sont les terminaisons des 2 SG présents.

 

La terminaison -ith est l'origine de la terminaison bretonne moderne de second singulier(tu) -ez, mais en vannetais on aurait attendu -eh < -eth au lieu des terminaisons en -s que nous trouvons en fait.

 

Les formes de la deuxième personne du pluriel en gaulois restent inconnues. --it est la 2PL en vieux breton, mais il n'est attesté qu'une seule fois en guotroit  'vous trayez' .

 

En moyen gallois, la terminaison est -yt, par ex. crinyt 'vous tremblez', mais celle-ci est remplacée par la terminaison -wch.

 

Falc’hun mentionne seulement la forme galloise ultérieure, qui a la même terminaison que le breton moderne (-c’h, -h) et que le cornique (-ough, -eugh), mais omet de mentionner la fin galloise antérieure, qui semble être la même fin que l'on retrouve en vannetais et en vieux breton.

 

L'explication de Falc’hun rendrait compte de la forme singulière en -s en Vannetais, mais la seule preuve d'une telle terminaison en gaulois, est le subjonctif présent.

 

Les terminaisons plurielles en moyen Gallois et en vieux breton montrent que -t était autrefois la forme régulière, et ils ont tous deux innové en remplaçant cette forme par une terminaison en -ch, -c’h.

 

Le pluriel vannetais en -t serait alors archaïque, mais pas forcément gaulois.

 

 

Ajout Karrikell : Xavier Delamarre est un diplomate et linguiste autodidacte français. Il a publié un Dictionnaire de la langue gauloise (source photo Academia)

Ajout Karrikell : Xavier Delamarre est un diplomate et linguiste autodidacte français. Il a publié un Dictionnaire de la langue gauloise (source photo Academia)

2.3 Lexique partagé putatif

 

2.3.1 breton rusk et druz

 

Après avoir conclu qu’on ne voit pas de convergence entre gaulois et Breton dans l’évolution de u, (en gaulois  ũ > ü ou o, en breton ũ > i)

 

Fleuriot dit qu'il est possible que la forme du mot breton rusk 'écorce’ pourrait être due à l'influence gauloise.

 

Le gallois a rhisgl, l'irlandais rúsc. La forme française semble s'accorder avec la forme bretonne : ruche du  gaulois rusca.

 

Fleuriot mentionne que le cornique a la même forme que le breton, et Delamarre cite ce vieux mot cornique, c'est-à-dire rusc 'cortex'.

 

Matasović dit qu'il est possible que certaines des formes britonniques avec u ont été empruntées au goïdélique ou au roman.

 

Il est en effet possible que le mot breton rusk soit emprunté au français, avant que le français ne change le groupe -sc- en -ch-.

 

L'autre exemple auquel Fleuriot se réfère est *drūto-'fort' > du gaulois drutos, en français dru 'épais' , le breton druz 'gras, fertile' et le gallois drud 'brave , courageux' , en vieil irlandais druth lascif .

 

La forme galloise est inattendue selon Matasović ; il a  u  plutôt que i < proto-celtique , et cela peut être dû à l'influence gallo-romaine, ou à ses réflexes romans, comme le pense Pokorny.

 

L'orthographe peut être trompeuse ici, car le français et le breton <u> se prononcent  [y], Le <u> gallois peut se prononcer  [ɨː], [ɪ̵] (i.e. IPA [ɨ̞]) ou [ɪ]

, et le <u> irlandais est [u].

 

La valeur phonétique du vieux cornique <u> peut aussi être [u], ou peut-être [y], comme cela peut être le cas en vieux breton.

 

Dès lors, on peut dire qu'il ne s'agit pas d'un développement commun breton-gallois, car *ū > ü en breton, et c’est *ū > ɨ/ɪ̵ / ɪ en gallois.

 

Je pense qu'il est possible que le Breton rusk et druz sont influencés ou empruntés au gaulois, mais rien de sûr.

 

 

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