Etude sur le dialecte breton de la presqu'île de Batz - 1883 - Emile Ernault - Consonnes 8/13
Le g, dans les mutations grammaticales , disparaît au lieu de devenir c'h ou h :
- ne ra che a lao, il ne fait pas de pluie
- n'es che a ule, il n'y a pas de lit
- a olo, de chandelle
- a ruizeo, de ceintures, etc.
-
C'est ce qui arrive en Gallois et quelquefois en Vannetais
- cf.Léonard daoulin , genoux ,
- n'allann ket, je ne puis pas
- et Catholicon neonn, je ne sais .
-
En dehors des mutations, on peut citer encore
- kiniein , kinio , offrir
- binio, bénir
- dias, apporte, Saint-Mayeux (Cornouaille près Mûr de Bretagne)
- dies, dyes Trévérec (Trégor)
- diare, prétexte
- dior, ouvre, Trévérec(Trégor)
- diorren , Léonard . élever, de gorren , etc.
La lettre i disparait dans :
- D'er c'hué, en haut
- Vannetais d'er hlue
- chumen = seulement
- Ien, de la toile, pour lien
- ienen , diner = leinan ;
- ieiz , souvent = liez
- iorc'h, jardin
- Vannetais liorh
- Cf. biàu, cheveux (Sarzeau et Auray) (Vannetais)
- anp, anpekh, beaucoup
- Trévérec (Trégor) = ampl, amplik
- Vannetais cabluss et cabuss, coupable
R a été retranché dans :
- kouadur, enfant
- ur houeir, un crible, pour eur c'hrouer,
- Trévérec (Trégor) eur c'hreur, etc.
- Cf. rëpën , contrefaire quelqu'un
- rëpënein, rabâcher, Trévérec(Trégor) , du fr. reprendre ;
- patans, partage, du fr. partance
- kesse e ganin, je trouve tout drôle, Lanrodec (Trégor)
- lukann , lucarne, Trévérec (Trégor)
Le v s'est perdu dans la terminaison eit, eik des nombres ordinaux, également dans :
- banezeo, noce
- Léonard banveziou , banquets
- kouesat, confesser, koezeur, confesseur
- Vannetais kovesat, kovezour, etc.
- Cf. Vannetais hune, heune, hure, rêve
- Léonard hunvre
- Léon diana
- au moins, Catholicon dauianaff
- Catholicon goanac, espérance
- Gallois gofynag , confiance ;
- eur ioc'h , une vache (Goello )
- daou la, deux ans, Trégor
- Léonard hevlene,
- Cornouaillais helene cette année
- Gallois eleni
- diogedein , fumer
- à Mûr(Cornouaille) ; ër vrlèm , instrument à aiguiser
- Sarzeau, à Quimper -Guézennec (Trégor Goello) ë'lerim
- ků , cuve (Goello)
- fe i-se, Trévérec(Trégor) , ma foi tant pis , pour vit-se ; etc.
Le z doux , correspondant anciennement au dd Gallois , se retranche souvent : dôeik, douze ; trieik , treize ; gouhe, bru, etc.; tandis que z dur, correspondant au th Gallois, devient h ou c'h, comme en Vannetais .
Mais il y a des confusions à la fin des mots : on dit, par exemple,
- pec'h ma ou pe ma, ce qui, ce que ;
- groagec'h , femmes ;
- krich, cru ;
- guirionec'h , vérité, etc.
Le k semble retranché dans :
- sourn, glace, sournen , glacer pour skourn, skournan
- le P. Grégoire de Rostrenen donne les formes sörn et sorno, sôrnein ; mais ici s est probablement une altération de ch : Dom Le Pelletier écrit shorn , shorni.
- On a de même, à Batz, chudel, écuelle , dichuial, se délasser, pour dis kuiza, et ainsi de suite.
Une consonne finale est toujours exposée à tomber, surtout si le mot suivant commence par une consonne :
- ken uigenn, cent vingt
- bou demat, être bien venu
- hen houarn , chemin de fer
- kaouei meic'h , avoir honte
- abre mat, de bien bonne heure (abreit)
- iaouen, jeune
- blen , sou
- ter ou -treo, par en bas, de dre et de ouz traou , Trégor en Léon traoun
- em, sans
- Vannetais hemb
- houa, bien , pour houat
- Vannetais erhat, pour erwat
- Léonard ervat
- ama, hama, eh bien , n'est-ce pas
- Vannetais idem
- de ha ! et de ma! Trégorrois , c'est à dire mat ! bon ,bien
Les lettres parasites qui s'introduisent le plus souvent dans le corps des mots sont r, ch pour s, t et n.
lettre R :
- Ur parlouarc'h , un quarteron
- Vannetais paluarh
- Léonard palevarz
- le Trégorrois pal'vaz, au contraire, retranche un r
- qui serait en Gallois pedrybarth, quatrième partie, cf. pedryran
- Le premier terme de ces composés est identique à celui du Gaulois Petru-corii ( cf. Tri- corii), du lat. quadru - pes, et probablement du grec [τε] τρυ- φάλεια (cf. [τετρά-πεζα .)
Ici , comme dans barlen , balai , r pourrait à la rigueur être considéré comme le représentant d'un ancien z.
- Meirf, ivre, merven , enivrer
- neirf, pétrin
- Léonard nev , auge ;
- Er Vrerh, la Bretagne
- kranpoerh, de la galette
- Gallois crammwyth
- Anglais crumpet
- aruerh , demain
- Le mot andraf, connaître, participe passé andraveit
- Léonard anav (out),anavet, présente une double insertion : n a attiré un d qui lui même s'est fait suivre d'un r .
- Cf. drillaou , feuilles, Mûr (Cornouaille)
- mortefretet, maléficié (pour *mortifait, mortifié )
- perdra, de quoi (pe a dra ), Trévérec (Trégor)
- Trégorrois munudraillo, menus morceaux , pluriel de Vannetais munudaill , du latin minutalia ; italien minutaglia, populace.
lettre Ch, s :
- Chtri, trois
- chtrao, affaires, hardes
- chtredeo , pieds
- chtehen , fondre
- Léonard steuzia et teuzi
- Vannetais teein
- pou -skec'h , pauvre cher .
- Cf. à Trévérec (Trégor) boustouiller, sommelier, = boutillier ;
- strinkan , trinquer
- stripenn , une trique
- stripo, tripes , etc.
lettre t inorganique
C'est à la fin des mots que s'introduit le t inorganique; soit après un n, comme dans krichent, chrétien, personne, comparez le d de andraf et le t des mots
- ahent, beufs, Mûr (Cornouaille)
- onnt, frêne, Trévérec (Trégor)
soit après une voyelle, comme dans :
- gouerh azeit, tant pis
- mouit, mouid, plus, er vouiten, le plus
- sout, un sou
- saraot, un sarrau
et au conditionnel des verbes :
- chomeet, il faudrait,
- gouell feet ke boudreet, il vaudrait mieux qu'il y eût.
- Cf. Léonard paneved , Trégorrois paneverd, de pa ne ve, n'était
- haute Bretagne. une soutée, la valeur d'un sou ; voilà-t-il pas, etc.
L'insertion d'un n inorganique n'est pas rare :
- Iarn , poule
- gournenn , gournen, demander, participe passé gourneit: me gourn , etc. , peut-être pour *iaren, " goulenen .
Dans ce dernier mot, I'r semble plus primitif que l’l, car goulenn doit ètre pour * gourvenn , formé des deux éléments extrêmes de
- gourc'hemenn, recommandation
- cf. cornique gormenadow , commandements
- Vieux breton dogurbonneu , rogaverit
- même racine que mennat, Catholicon demander
- et Léonard menek, mention
- cf. Cornique govenec, requête .
- Cf. couyornn , couviorn , cuivre
Cette combinaison "r n" est recherchée à Auray, où l'on dit :
- er nianhuë, le ciel
- er n - avel la pomme
- ir n -oc'h , un porc, etc.
Dans a-n-eon , là-bas , pour ahont ( cf. Trévérec (Trégor) ar re n -onn , ceux là) ;
vol pe ma n -han gaf, tout ce qu'il trouve, l'n a l'air d'être euphonique.
C'est ainsi que s'est formé, probablement, le pronom ne, ils : ne ga ou n -hen ga, ils vont, de in /d a ) ia.
De même non , notre, pour hon ? Il s'emploie aussi comme synonyme de ni, nous, mais en ce cas il peut venir du haut breton non, nous : han non klef, il nous entend ; non ge, nous allions .
- Cf. Trégorrois Nif, Yves
- nienn , Saint-Mayeux, crochet pour repêcher un seau
- Léonard, higen, hameçon
- daou noann , deux agneaux
- ho noad, votre âge, Trévérec (Trégor)
- L’n de konaben , Saint-Mayeux(Cornouaille près Mûr), nuage
- kaniblen , kanublen, Vannetais, nuage , n'est pas purement euphonique, puisque le Catholicon donne couffablen , et le Père Grégoire counabrenn, dont coabrenn est une contraction analogue à celle de goanac, La forme counouabr, (Dom Le Pelletier) montre que ce mot est composé de oabl ciel (oabl ar c'hounabr, le ciel des nues) Vannetais ouébr, ouévr, ébr, évr
- à Sarzeau (Vannetais)iévr
- Gallois wybr, wybren , gwybren
- Cornique huibrenn , ebron , ebren, etc.
- (d'où avec un n épenthétique, le moyen breton noabrenn )
- En linguistique, l’épenthèse est l'insertion dans la parole d'un son supplémentaire qui permet de clarifier, de faciliter ou de rendre plus « naturelle » l'élocution. Un exemple en français est le « -t- » euphonique de « va-t-on » ou « y a-t-il
- et de la préposition gauloise com , con , avec, dont la voyelle s'assimile souvent à la suivante
- kaniblen , kanublen, Vannetais, nuage , n'est pas purement euphonique, puisque le Catholicon donne couffablen , et le Père Grégoire counabrenn, dont coabrenn est une contraction analogue à celle de goanac, La forme counouabr, (Dom Le Pelletier) montre que ce mot est composé de oabl ciel (oabl ar c'hounabr, le ciel des nues) Vannetais ouébr, ouévr, ébr, évr
- Léonard kav -azez, le séant (Trégorrois koante )
- kiv - ioul brusque, volontaire
- kun-tuill, cueillir
- koun -douniou , abimes, profondeurs.
Le mot dan , ils, est peut-être pour (in)d a, avec nasalisation sous l'influence du pronom singulier han , il .
- krac'h , de la chaux,
- Léonard raz
- Van ra
- et vol, tout, = Léon , holl. Cf. g-renouille,
- le Trégorrois v-oar, sur, etc. , et la prononciation vicieuse v-oui.
L'f du mot eneif, âme, pluriel eneiveo, Léonard ene, n'est pas une addition inorganique : c'est le même que celui du moyen breton eneſſ, cf. Vannetais inëu.
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