De Broca Alexis - Vieux paludier du Bourg-de-Batz - Vers 1925

De Broca Alexis - Vieux paludier du Bourg-de-Batz - Vers 1925

3.3.Retranchement de consonnes
 

Le g, dans les mutations grammaticales , disparaît au lieu de devenir c'h ou h :

  • ne ra che a lao, il ne fait pas de pluie
  • n'es che a ule, il n'y a pas de lit
  • a olo, de chandelle
  • a ruizeo, de ceintures, etc.
  • C'est ce qui arrive en Gallois et quelquefois en Vannetais

  • cf.Léonard daoulin , genoux ,
  • n'allann ket, je ne puis pas
  • et Catholicon neonn, je ne sais .
  • En dehors des mutations, on peut citer encore

  • kiniein , kinio , offrir
  • binio, bénir
  • dias, apporte, Saint-Mayeux (Cornouaille près Mûr de Bretagne)
    • dies, dyes Trévérec (Trégor)
  • diare, prétexte
  • dior, ouvre, Trévérec(Trégor)
  • diorren , Léonard . élever, de gorren , etc.

La lettre i disparait dans :

  • D'er c'hué, en haut
    • Vannetais d'er hlue
  • chumen = seulement
  • Ien, de la toile, pour lien
  • ienen , diner = leinan ;
  • ieiz , souvent = liez
  • iorc'h, jardin
    • Vannetais liorh
  • Cf. biàu, cheveux (Sarzeau et Auray) (Vannetais)
  • anp, anpekh, beaucoup
    • Trévérec (Trégor) = ampl, amplik
  • Vannetais cabluss et cabuss, coupable

R a été retranché dans :

  • kouadur, enfant
  • ur houeir, un crible, pour eur c'hrouer,
    • Trévérec (Trégor) eur c'hreur, etc.
  • Cf. rëpën , contrefaire quelqu'un
  • rëpënein, rabâcher, Trévérec(Trégor) ,  du fr. reprendre ;
  • patans, partage, du fr. partance
  • kesse e ganin, je trouve tout drôle, Lanrodec (Trégor)
  • lukann , lucarne, Trévérec (Trégor)

Le v s'est perdu dans la terminaison eit, eik des nombres ordinaux, également dans :

  • banezeo, noce
    • Léonard banveziou , banquets
  • kouesat, confesser, koezeur, confesseur
    • Vannetais  kovesat, kovezour, etc.
  • Cf. Vannetais hune, heune, hure, rêve
    • Léonard hunvre
  • Léon diana
    • au moins, Catholicon dauianaff
  • Catholicon goanac, espérance
    • Gallois gofynag , confiance ;
  • eur ioc'h , une vache (Goello )
  • daou la, deux ans, Trégor
  • Léonard hevlene,
    • Cornouaillais helene cette année
    • Gallois eleni
  • diogedein , fumer
  • à Mûr(Cornouaille) ; ër vrlèm , instrument à aiguiser
    • Sarzeau, à Quimper -Guézennec (Trégor Goello) ë'lerim
  • , cuve (Goello)
  • fe i-se, Trévérec(Trégor) , ma foi tant pis , pour vit-se ; etc.

Le z doux , correspondant anciennement au dd Gallois , se retranche souvent : dôeik, douze ; trieik , treize ; gouhe, bru, etc.; tandis que z dur, correspondant au th Gallois, devient h ou c'h, comme en Vannetais .

Mais il y a des confusions à la fin des mots : on dit, par exemple,

  • pec'h ma ou pe ma, ce qui, ce que ;
  • groagec'h , femmes ;
  • krich, cru ;
  • guirionec'h , vérité, etc.

Le k semble retranché dans :

  • sourn, glace, sournen , glacer pour skourn, skournan
    • le P. Grégoire de Rostrenen donne les formes sörn et sorno, sôrnein ; mais ici s est probablement une altération de ch : Dom Le Pelletier écrit shorn , shorni.
  • On a de même, à Batz, chudel, écuelle , dichuial, se délasser, pour dis kuiza, et ainsi de suite.

Une consonne finale est toujours exposée à tomber, surtout si le mot suivant commence par une consonne :

  • ken uigenn, cent vingt
  • bou demat, être bien venu
  • hen houarn , chemin de fer
  • kaouei meic'h , avoir honte
  • abre mat, de bien bonne heure (abreit)
  • iaouen, jeune
  • blen , sou
  • ter ou -treo, par en bas, de dre et de ouz traou , Trégor  en Léon traoun
  • em, sans
    • Vannetais hemb
  • houa, bien , pour houat
    • Vannetais erhat, pour erwat
    • Léonard ervat
  • ama, hama, eh bien , n'est-ce pas
    • Vannetais idem
    • de ha ! et de ma! Trégorrois , c'est à dire mat ! bon  ,bien
3.4. Addition de consonnes

Les lettres parasites qui s'introduisent le plus souvent dans le corps des mots sont r, ch pour s, t et n.

lettre R :

  • Ur parlouarc'h , un quarteron
    • Vannetais  paluarh
    • Léonard palevarz
    •  le Trégorrois pal'vaz, au contraire, retranche un r
    • qui serait en Gallois pedrybarth, quatrième partie, cf. pedryran
    • Le premier terme de ces composés est identique à celui du Gaulois Petru-corii ( cf. Tri- corii), du lat. quadru - pes, et probablement du grec [τε] τρυ- φάλεια (cf. [τετρά-πεζα .)

Ici , comme dans barlen , balai , r pourrait à la rigueur être considéré comme le représentant d'un ancien z.

  • Meirf, ivre, merven , enivrer
  • neirf, pétrin
    • Léonard nev , auge ;
  • Er Vrerh, la Bretagne
  • kranpoerh, de la galette
    • Gallois crammwyth
    • Anglais crumpet
  • aruerh , demain
  • Le mot andraf, connaître, participe passé andraveit
    • Léonard anav (out),anavet, présente une double insertion : n a attiré un d qui lui même s'est fait suivre d'un r .
  • Cf. drillaou , feuilles, Mûr (Cornouaille)
  • mortefretet, maléficié (pour *mortifait, mortifié )
  • perdra, de quoi (pe a dra ), Trévérec (Trégor)
  • Trégorrois munudraillo, menus morceaux  , pluriel de Vannetais munudaill , du latin minutalia ; italien minutaglia, populace.

lettre Ch, s :

  • Chtri, trois
  • chtrao, affaires, hardes
  • chtredeo , pieds
  • chtehen , fondre
    • Léonard steuzia et teuzi
    • Vannetais teein
  • pou -skec'h , pauvre cher .
  • Cf. à Trévérec (Trégor) boustouiller, sommelier, = boutillier ;
  • strinkan , trinquer
  • stripenn , une trique
  • stripo, tripes , etc.

lettre t inorganique

C'est à la fin des mots que s'introduit le t inorganique; soit après un n, comme dans krichent, chrétien, personne, comparez le d de andraf et le t des mots

  • ahent, beufs, Mûr (Cornouaille)
  • onnt, frêne, Trévérec (Trégor)

soit après une voyelle, comme dans :

  • gouerh azeit, tant pis
  • mouit, mouid, plus, er vouiten, le plus
  • sout, un sou
  • saraot, un sarrau

et au conditionnel des verbes :

  • chomeet, il faudrait,
  • gouell feet ke boudreet, il vaudrait mieux qu'il y eût.
  • Cf. Léonard  paneved , Trégorrois paneverd, de pa ne ve, n'était
  • haute Bretagne. une soutée, la valeur d'un sou ; voilà-t-il pas, etc.

L'insertion d'un n inorganique n'est pas rare :

  • Iarn , poule
  • gournenn , gournen, demander, participe passé gourneit: me gourn , etc. , peut-être pour *iaren, " goulenen .

Dans ce dernier mot, I'r semble plus primitif que l’l, car goulenn doit ètre pour * gourvenn , formé des deux éléments extrêmes de

  • gourc'hemenn, recommandation
    • cf. cornique gormenadow , commandements
    • Vieux breton dogurbonneu , rogaverit
  • même racine que mennat, Catholicon demander
    • et Léonard menek, mention
    • cf. Cornique  govenec, requête .
  • Cf. couyornn , couviorn , cuivre

Cette combinaison "r n" est recherchée à Auray, où l'on dit :

  • er nianhuë, le ciel
  • er n - avel la pomme
  • ir n -oc'h , un porc, etc.

Dans a-n-eon , là-bas , pour ahont ( cf. Trévérec (Trégor)  ar re n -onn , ceux là) ;

vol pe ma n -han gaf, tout ce qu'il trouve, l'n a l'air d'être euphonique.

C'est ainsi que s'est formé, probablement, le pronom ne, ils : ne ga ou n -hen ga, ils vont, de in /d a ) ia.

De même non , notre, pour hon ? Il s'emploie aussi comme synonyme de ni, nous, mais en ce cas il peut venir du haut breton non, nous : han non klef, il nous entend ; non ge, nous allions .

  • Cf. Trégorrois Nif, Yves
  • nienn , Saint-Mayeux, crochet pour repêcher un seau
    • Léonard, higen, hameçon
  • daou noann , deux agneaux
  • ho noad, votre âge, Trévérec (Trégor)
  • L’n de konaben , Saint-Mayeux(Cornouaille près Mûr),  nuage
    • kaniblen , kanublen, Vannetais, nuage , n'est pas purement euphonique, puisque le Catholicon donne couffablen , et le Père Grégoire counabrenn, dont coabrenn est une contraction analogue à celle de goanac, La forme counouabr, (Dom Le Pelletier) montre que ce mot est composé de oabl ciel (oabl ar c'hounabr, le ciel des nues) Vannetais ouébr, ouévr, ébr, évr
      • à Sarzeau (Vannetais)iévr
      • Gallois wybr, wybren , gwybren
      • Cornique huibrenn , ebron , ebren, etc.
      • (d'où avec un n épenthétique, le moyen breton noabrenn )
      • En linguistique, l’épenthèse est l'insertion dans la parole d'un son supplémentaire qui permet de clarifier, de faciliter ou de rendre plus « naturelle » l'élocution. Un exemple en français est le « -t- » euphonique de « va-t-on » ou « y a-t-il
    • et de la préposition gauloise com , con , avec, dont la voyelle s'assimile souvent à la suivante
  • Léonard kav -azez, le séant (Trégorrois koante )
  • kiv - ioul brusque, volontaire
  • kun-tuill, cueillir
  • koun -douniou , abimes, profondeurs.

Le mot dan , ils, est peut-être pour (in)d a, avec nasalisation sous l'influence du pronom singulier han , il .

  • krac'h , de la chaux,
    • Léonard raz
    • Van ra
  • et vol, tout, = Léon , holl. Cf. g-renouille,
  • le Trégorrois v-oar, sur, etc. , et la prononciation vicieuse v-oui.

L'f du mot eneif, âme, pluriel eneiveo, Léonard ene, n'est pas une addition inorganique : c'est le même que celui du moyen breton eneſſ, cf. Vannetais inëu.

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