Emile Ernault (1852, 1938)

Emile Ernault (1852, 1938)

PHONÉTIQUE

1° L’accent et les diphtongues

 

L'accent tonique tombe sur la dernière syllabe, comme en vannetais.

On est tenté de croire que cette accentuation est due à l’influence française ; mais ce n'est pas nécessaire.

De même que le français a gardé régulièrement l'accent sur la même voyelle qui le recevait en latin, le vannetais et le dialecte de Batz l'ont conservé, en général, sur celle qui l'avait en gaulois.

Ils sont restés fidèles à la voyelle primitivement accentuée, lorsqu'elle fut devenue la dernière, par la chute des terminaisons; tandis que les autres dialectes bretons et le gallois ont ordinairement reporté l'accent sur la pénultiùme.

L'effet de l'accent sur la production des diphthongues est bien connu; il suffit de rappeler en français les mots chair cuite, d’où charcutier, d’où charcuterie.

Cette influence de l’accent est considérable dans le dialecte de Batz, où elle a fait maintenir d'anciennes diphthongues contractées en léonard, et en a créé de nouvelles.

 

1.1 Les principales diphthongues conservées gràce à laccent sont eo, ia, oue.

En voici des exemples :

Eo pour aw :
  • Arheo, coffres

    • Vannetais arheu,

    • Léonard arc’hiou ;

  • Gospereo, vêpres,

    • Vannetais Gospereu,

    • Léonard Gousperou ; etc.

  • On dit beto, chaussures,

    • Vannetais boteu,

    • Léonard boutou,

parce que ce mot s'emploie ordinairement dans des locutions comme beto-leir, souliers, beto-koet, sabots.

 

Cette terminaison de pluriel est :

  • en Vannetais  eu (prononcez èü) ë (pron. e comme dans le),  ei, e

  • en Cornouaille aw, ao , ô

  • en Léon ou ;

  • en Tréguier o, ow, ew.

  • Le moyen breton avait ou

  • le vieux breton ou, uo, au

  • le Gaulois av dans Genava, Genève,

  • Cornique  genaou, bouche, embouchure (synonyme du latin Ostia).

     

De même derieo, jeudi, pour diziaou, di(es) Jov(is).

Cette diphthongue, si fréquente à la fin des mots, s'est introduite par fausse analogie à la place de voyelles simples.

On dit zeo et zo (il) est ; treo et tro pour tra, chose (Cornique tro ), et teo pour ta donc, Vannetais enta (Cornique ytho).

Deo, deux, a une autre forme contractée, do, employée surtout en composition.

Il y a eu assimilation de la seconde syllabe à la première dans :

  • lôrô
    • bas, Vannetais lorreu

    • Trégorrois  lero (berr-lero, chaussettes)

    • Gallois  llodrau, chausses

    • pl. de loer, Vannetais bas,

    • moyen breton  louzr, chausse ;

et dans

  • golô, lumière
    • Vannetais goleu, composé de la même racine que le vieux latin lou{c}men.

  • Peor, pauvre
    • Léonard Paour, se contracte en pou dans pou-skec'h, pauvre cher
    • Vannetais  peur-keh

Le mot dour, eau (dialecte de Batz et Léon) n'a pas la diphthongue comme le

  • Vannetais deur

  • Cornouaillais daour

Au contraire, sehol, chaume, répond mieux au

  • Vannetais seul

  • Cornouaillais  zaoul (à Mûr saül)

  • qu'au Léon. Soul.

Dans ces trois mots, la diphthongue s'est produite sous l'influence d'une labiale primitive : cf. l'espagnol bautismo, baptême.

Les racines sont respectivement le latin pauper, le Gaulois. dubron, le lat. stipula (Angl. stubble, Gallois. sofl )

Cette diphthongue existe en Léon dans des mots comme gaour, chèvre, pl. geor,

  • Vieux Breton gabr,

  • du Gaulois. gabros, leor, livre,

  • du latin liber, koueor, cuivre,

  • du latin cuprum ;

la consonne reparait méme dans les variantes

  • gevr, levr (Trégorrois)

kouevr (Léonard) ;

le Trégorrois. pevion est pour *pevrion,

Léonard peorien, pauvres.

Cf. encore liv, liour, lur, une livre, un franc, et le mot de Sarzeau moérieüziet, pour moériebziet, tantes .

 

La diphthongue est primitive aussi dans le mot deon, profond,

  • Vannetais deun,

  • Cornouaillais  deon (fond)

  • Cornique down

  • du Gaulois dubnos, dumnos

  • Léonard doun);

cf. heon, peur

  • Vannetais eun,

  • Léonard aoun,

  • du Gaulois *omnos, *obnos.

On ne pourrait rien conclure des formes deon, heon, seules, à cause d'une règle phonétique propre au dialecte de Batz et que nous allons voir plus loin.


Ia  venant de ea ou ae :

 

Miteniac'h, matinée

  • Léonard mintinvez, et henderviac'h, soirée,

  • petit Trégorrois inderves.

En effet, une ancienne contraction en e aurait ici donné ei en dialecte de Batz.

 

Elle a eu lieu dans nozeueic'h nuit (nuitée)

  • Vannetais nozeoh,

  • Trégorrois nozes et nozves,

  • Gallois noswaith

et dans deueic'h, journée

  • Vannetais deueh,

  • Moyen Breton dezuez,

  • Gallois dyddwaith, d'où dyddweithiwr, un journalier, Léonard devezour, cf. le Gaulois Vecturius, opifex ferrarius ; Cornique gueidvur, opifex, faber,

Tous les mots cités sont des composés du cornique gueid, œuvre

  • Moyen Gallois gueith, œuvre, combat

  • Vieil Irlandais fecht, combat

  • Vieux Breton guet, victoire

  • Le Moyen Breton  goazhet bell, faits de guerre ne peut guère en être le pluriel ; on attendrait goaziou. Peut-étre doit-on lire goazret Gallois gweithred, oeuvre.

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