Etude sur le dialecte breton de la presqu'île de Batz - 1883 - Emile Ernault - Phonétique 6/13
Le vocalisme du dialecte de Batz est, en général, conforme à celui du Vannetais , c'est - à -dire qu'il fait prédominer l'i et les voyelles qui s'en rapprochent (1 ).
Un trait qui le caractérise spécialement, c'est sa prédilection pour le son en . De même que la fréquence de eo a amené dans ce dialecte le succès de son analogue, la diphthongue nasale eon,
peu commune ailleurs, le changement habituel en Vannetais et à Batz de a en e a produit en ce dernier dialecte un traitement semblable de an , an, qui deviennent en .
Exemples :
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skenf, léger
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enn hen, l'été
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Nendeik, dix -neuf
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Vannetais nantek
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Léonard naontek
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Moyen Breton nauntek
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Nenneit, Nantes,
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Vannetais Nannet
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Léonard Naoned
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Moyen Breton Naffnet
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Gaulois Namnetes
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nen , faim , correspond au
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Vannetais naun
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Léonard naoun
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Catholicon naffn
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Lorenneit, moisi,
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Vannetais luannet, louannet,
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Moyen Breton Treitou louan, pieds sales;
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irlandais con-luan, dogs'dung
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La racine est plus simple dans le Vannetais loaihuein , moisir (l'Arm. ), cf. latin pol- lu -o. Le Breton lous, sale, Cornique lowse, lowz, semble venir de la même racine ; il est bien difficile de l'identifier complètement au Vieux Breton loed .
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en, 1re personne du singulier de l'indicatif présent,
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Vannetais et Trégorrois an
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Moyen Breton aff
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Léonard ann
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en ,terminaison de superlatif
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Vannetais an
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Breton Moyen aff
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Léonard a
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en, terminaison d'infinitif dans les mots comme kenen , chanter
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Trégorrois kanan
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Moyen Breton canaff
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Léonard kana
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Ten, feu ; pour tan
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unen , un ; pour unan
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leden , large, pour ledan comparatif ledenoc'h, pour
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Nenseir, Saint -Nazaire
Un changement analogue s'observe dans d'autres dialectes, non pas spontanément comme à Batz, mais soit par l'influence d'un e qui suit :
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Léonard henvel, nommer, de hanv, nom ,
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à Batz henv, pluriel henveo
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Léonard klenvel, tomber malade, de klanv
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à Bats klenf, malade ; soit par la nasalisation d'un e ancien :
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Léonard roenv , rame, de roev, rame,
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Vannetais rouan , ruan , rouanv
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Catholicon reuff
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Gallois rhwyf
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Cornique ruif, rev
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Vieil Irlandais râm = latin remus
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Vannetais koent, joli (à Batz idem),
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du Vieux Français coint, que le Léonard a altéré en koant, etc.
In final, in et quelquefois i devantune consonne se changent
également en en :
-
- in final, in et quelquefois i devant une consonne se changent également en en :
- gouen, du vin
- gelen , genou , pluriel gelinieo
- Vannetais et Léonard glin
- pluriel Moyen Breton glynou
- miten , matin , mitenoc'h , plus matin (comme en Trégorrois bëreoc'h
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enjal, voler,
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Vannetais neijal
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Léonard nijal
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Cornique nija
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Gallois neidio, s'élancer
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cf. Vannetais queinge, mélange , kejein , mêler
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Léonard kijout, rencontrer =
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Gallois cydio, joindre
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skrenven , écrire,
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Trégorrois . skrivan
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Vannetais skrivein
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Les infinitifs comme
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poben, cuire au four,
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Vannetais pobein
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Léonard pibi
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-
dichtrouen , détourner, et absolument, remuer la
terre,-
Vannetais distroein
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Trégorrois đizrein
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Catholicon distreiff
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Léonard distrei
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losken , brûler,
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Vannetais loskein
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Catholicon lesquiff
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Léonard leski, etc. ,
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correspondent bien aux infinitifs Vannetais en ein , mais ils n'en viennent probablement pas, autrement ils devraient être en enn.
Citons enfin quelques diphthongues inorganiques du dialecte de Batz , qui ne sont pas produites par l'accent :
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er luestr, la cour,
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Léonard lez
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Vannetais lis
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Mi-uenen-kar, moi tout seul ,
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Vannetais me uenan , meunan -kaer
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cf. Vannetais uinek, onze ;
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Léonard unnek
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à Batz uneik
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Pianp, piam , cinq,
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Vannetais puemb
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à Sarzeau piomb
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Léonard pemp
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Gaulois pempe
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Cf. Vannetais , luem, aigu,
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pour le Léon . lemm
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Gallois llym
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