extrait de Presqu'île Guérandaise, Pierre de la Condamine, 1952

extrait de Presqu'île Guérandaise, Pierre de la Condamine, 1952

 

Voici les inexactitudes ou les lacunes qui nous ont paru valoir la peine d'être relevées dans le travail d'ailleurs si consciencieux et si nourri de M. Ernault :

 

Page 2 au sujet de l'accent

 

M. Ernault , remarquant que le dialecte de Batz et le vannetais rejettent l'accent sur la dernière syllabe , ajoute qu'en cela ils sont fidèles à la syllabe primitivement accentuée , cette syllabe étant devenue la dernière par la chute des terminaisons .

 

Cela reviendrait à dire qu'en gaulois ou pour employer un terme plus exact, en vieux celtique , l'accent était toujours sur la pénultième, ce que personne ne soutiendra .

 

Le rapprochement que fait M. Ernault de la loi de l'accentuation vannetaise avec l'accentuation du français est inexact , l'accent français ayant deux places possibles.

 

Le vannetais a en réalité uniformisé l'accent, comme les autres dialectes , mais à une place différente qui se trouve en effet, dans le plus grand nombre des cas , être la même qu'en vieux celtique .

 

Le gallois a été évidemment dans le même cas : l'orthographe actuelle , sans parler de faits phonétiques très probants en vieux gallois , le prouve :

tyrau ( des tours) à côté du singulier twr

byrddau à côté de bwrd, etc. ,

montrent bien par l'affaiblissement de la pénultième que l'accent a été sur la dernière .

 

 

Page 3 le pluriel

 

A propos du pluriel en ou , M. Ernault nous semble confondre deux suffixes différents , mais que la chute des terminaisons a rendus semblables en moyen breton et en breton moderne :

  • le suffixe -avo, -ara que l'on retrouve dans un certain nombre de substantifs et d'adjectifs

  • et la diphtongue -au , reste de aves, nominatif pluriel des thèmes en -u, diphtongue qui est devenue par la chute des désinences casuelles marque du pluriel et a passé à des substantifs qui tout d'abord n'étaient pas en -u

 

le vieux-breton hencassou « antiquités » correspond exactement au pluriel irlandais senchassa, de même que litau ( Letavia ) correspond à l'irlandais letha .

 

Genou , que cite M. Ernault et qu'il identifie fort justement , comme on l'a fait d'ailleurs bien souvent après Zeuss , avec Geniva , n'est pas plus un pluriel que litau.

 

Le vieux-breton , qui a au pluriel  -ou ( on ne trouve au que deux fois ) , donne souvent -au pour le suffixe -avo , -ava .

M. Ernault a été amené par l'orthographe française à commettre une autre erreur : la terminaison léonarde  -ou n'est nullement identique à l'ou du vieux breton : ou en vieux breton est une diphtongue , ou en léonard est une voyelle simple .

Il n'est pas exact non plus de faire de -on la propriété du léonard.

Une bonne partie de la Cornouaille l'emploie également .

 

La forme -aw ou ao également n'est pas seulement cornouaillaise ; elle est usitée en bas-vannetais .

Enfin la forme -eo, que M. Ernault croit particulière à Batz , est en usage à Groix et fort probablement dans d'autres îles du pays vannetais .

 

Page 4

 

Miteniac'h, henderviac'h existent dans tout le vannetais .

 

 

Page 5

 

La forme üen n'est nullement particulière à Auray et ne peut être identifiée au gallois wyf, armoricain oun, moyen - breton ouf, on .

La forme -on existe dans tout le vannetais concurremment avec uen ;

on est un présent , üen un présent habituel.

Exemple: 

pe üen me e labourat lorsque je suis à travailler . » üen aurait pour équivalent dans les autres dialectes ven .

 

Page 6

 

Gir n'est pas la seule forme en vannetais ; ger est également en usage, notamment en bas-vannetais ;

kreiz est usité dans plus d'endroits en vannetais que kres .

 

Page 7

Le vannetais se sert tout autant de pad « perdant » que de abad.

Abad n'est pas en usage en bas-vannetais.

Ket nameit n'est pas la seule forme non plus pour «seulement » , « ne que >> : on dit en

beaucoup d'endroits ke ' meid, meid.

En bas-vannetais on se sert , au lieu de aveit ou eit « pour » de avit, eüit, üit, üi.

 

Page 8

 

A côté de gule, on a en vannetais guelė, gueli ;

à côté de guener, guenir;

à côté de guneh, gunoc'h-tu , guinic'h.

 

Sioul est-il un mot celtique ? Il n'existe ni en cornique ni en gallois . Quoi qu'il en soit , il ne semble pas possible de le faire remonter à une forme stamillos , qui eût donné aujourd'hui sevel.

 

Le terme vieux-celtique nous paraît préférable à gaulois qu'emploie M. Ernault pour stam- illos :

 

outre que la légitimité de ce terme est contestable , il peut amener parfois une véritable confusion .

Ce qui nous paraît plus grave , c'est cette tendance à remonter d'un bond d'une seule forme moderne , existant dans un seul dialecte , à une forme pré-historique .

 

N'oublions pas l'histoire d'Encina. Ces reconstitutions ne nous semblent légitimes que pour résumer sous une forme concrète une série de faits phonétiques , ramener une série de formes dialectales à un type unique .

 

Si nous étions sûr de la celticité de sioul, nous le rapprocherions volontiers du gothique stiviti  "calme" , "patience" ; le suffixe naturellement serait différent.

 

Page 9

 

Le bas-vannetais se sert non seulement de ui , mais de u ( œuf) ,

 

de guis'cin plutôt que de guskein,

 

de toueëin, touo , toueiet..

 

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