Critique de l'étude sur le dialecte de Batz d'Emile Ernault par le linguiste Joseph Loth (1883) (3/4) de la page 2 à la page 9
Voici les inexactitudes ou les lacunes qui nous ont paru valoir la peine d'être relevées dans le travail d'ailleurs si consciencieux et si nourri de M. Ernault :
Page 2 au sujet de l'accent
M. Ernault , remarquant que le dialecte de Batz et le vannetais rejettent l'accent sur la dernière syllabe , ajoute qu'en cela ils sont fidèles à la syllabe primitivement accentuée , cette syllabe étant devenue la dernière par la chute des terminaisons .
Cela reviendrait à dire qu'en gaulois ou pour employer un terme plus exact, en vieux celtique , l'accent était toujours sur la pénultième, ce que personne ne soutiendra .
Le rapprochement que fait M. Ernault de la loi de l'accentuation vannetaise avec l'accentuation du français est inexact , l'accent français ayant deux places possibles.
Le vannetais a en réalité uniformisé l'accent, comme les autres dialectes , mais à une place différente qui se trouve en effet, dans le plus grand nombre des cas , être la même qu'en vieux celtique .
Le gallois a été évidemment dans le même cas : l'orthographe actuelle , sans parler de faits phonétiques très probants en vieux gallois , le prouve :
tyrau ( des tours) à côté du singulier twr
byrddau à côté de bwrd, etc. ,
montrent bien par l'affaiblissement de la pénultième que l'accent a été sur la dernière .
Page 3 le pluriel
A propos du pluriel en ou , M. Ernault nous semble confondre deux suffixes différents , mais que la chute des terminaisons a rendus semblables en moyen breton et en breton moderne :
-
le suffixe -avo, -ara que l'on retrouve dans un certain nombre de substantifs et d'adjectifs
-
et la diphtongue -au , reste de aves, nominatif pluriel des thèmes en -u, diphtongue qui est devenue par la chute des désinences casuelles marque du pluriel et a passé à des substantifs qui tout d'abord n'étaient pas en -u
le vieux-breton hencassou « antiquités » correspond exactement au pluriel irlandais senchassa, de même que litau ( Letavia ) correspond à l'irlandais letha .
Genou , que cite M. Ernault et qu'il identifie fort justement , comme on l'a fait d'ailleurs bien souvent après Zeuss , avec Geniva , n'est pas plus un pluriel que litau.
Le vieux-breton , qui a au pluriel -ou ( on ne trouve au que deux fois ) , donne souvent -au pour le suffixe -avo , -ava .
M. Ernault a été amené par l'orthographe française à commettre une autre erreur : la terminaison léonarde -ou n'est nullement identique à l'ou du vieux breton : ou en vieux breton est une diphtongue , ou en léonard est une voyelle simple .
Il n'est pas exact non plus de faire de -on la propriété du léonard.
Une bonne partie de la Cornouaille l'emploie également .
La forme -aw ou ao également n'est pas seulement cornouaillaise ; elle est usitée en bas-vannetais .
Enfin la forme -eo, que M. Ernault croit particulière à Batz , est en usage à Groix et fort probablement dans d'autres îles du pays vannetais .
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Miteniac'h, henderviac'h existent dans tout le vannetais .
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La forme üen n'est nullement particulière à Auray et ne peut être identifiée au gallois wyf, armoricain oun, moyen - breton ouf, on .
La forme -on existe dans tout le vannetais concurremment avec uen ;
on est un présent , üen un présent habituel.
Exemple:
pe üen me e labourat lorsque je suis à travailler . » üen aurait pour équivalent dans les autres dialectes ven .
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Gir n'est pas la seule forme en vannetais ; ger est également en usage, notamment en bas-vannetais ;
kreiz est usité dans plus d'endroits en vannetais que kres .
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Le vannetais se sert tout autant de pad « perdant » que de abad.
Abad n'est pas en usage en bas-vannetais.
Ket nameit n'est pas la seule forme non plus pour «seulement » , « ne que >> : on dit en
beaucoup d'endroits ke ' meid, meid.
En bas-vannetais on se sert , au lieu de aveit ou eit « pour » de avit, eüit, üit, üi.
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A côté de gule, on a en vannetais guelė, gueli ;
à côté de guener, guenir;
à côté de guneh, gunoc'h-tu , guinic'h.
Sioul est-il un mot celtique ? Il n'existe ni en cornique ni en gallois . Quoi qu'il en soit , il ne semble pas possible de le faire remonter à une forme stamillos , qui eût donné aujourd'hui sevel.
Le terme vieux-celtique nous paraît préférable à gaulois qu'emploie M. Ernault pour stam- illos :
outre que la légitimité de ce terme est contestable , il peut amener parfois une véritable confusion .
Ce qui nous paraît plus grave , c'est cette tendance à remonter d'un bond d'une seule forme moderne , existant dans un seul dialecte , à une forme pré-historique .
N'oublions pas l'histoire d'Encina. Ces reconstitutions ne nous semblent légitimes que pour résumer sous une forme concrète une série de faits phonétiques , ramener une série de formes dialectales à un type unique .
Si nous étions sûr de la celticité de sioul, nous le rapprocherions volontiers du gothique stiviti "calme" , "patience" ; le suffixe naturellement serait différent.
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Le bas-vannetais se sert non seulement de ui , mais de u ( œuf) ,
de guis'cin plutôt que de guskein,
de toueëin, touo , toueiet..
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