Voici la description sommaire des principaux de ces objets :

 

1- Deux épées en bronze

Deux épées en bronze, de même type , mais de longueurs différentes .

La première, d'une conservation parfaite, à tel point que le fil aigu des deux tranchants permet de couper du bois, a 66 centimètres de longueur , dont onze centimètres pour la soie , et quatre centimètres de largeur à son plus grand renflement, qui se trouve à peu près exactement au tiers de la longueur de la lame à partir de la pointe .

La soie est munie de sept trous circulaires, deux dans chacune des deux ailes, et trois dans la poignée proprement dite, pour laisser passer les petites goupilles en bronze qui maintenaient un revêtement en bois ou en corne de cerf.

La seconde est plus petite : elle n'a que 61 centimètres de longueur, dont 11 pour la soie ; elle a aussi 4 centimètres de largeur à son plus grand renflement, mais celui-ci se trouve situé au quart de la lame, et non plus au tiers à partir de la pointe . La soie est percée de trous identiques à ceux de la précédente ; et dans l'un d'eux était encore passée la petite goupille en bronze qui
maintenait le revêtement en bois .

Ces types d'épée se rapprochent beaucoup de ceux qu'on a rencontrés dans les cités lacustres de la Suisse, dans le lit de certaines rivières de la Gaule, et dans quelques tumulus ;  mais nous ne croyons pas qu'on en ait jamais trouvé de si pointus et de si affilés .

En 1878 , on découvrit une autre épée de petite taille comme la seconde , dans une couche d'alluvions située à 50 centimètres au-dessous de la précédente , à la cote 4,50 au-dessous des basses mers.

2- un poignard en bronze


Un poignard en bronze de 14 centimètres de longueur , dont la lame a 17 millimètres de largeur moyenne, et qui présente à sa base un élargissement de 35 millimètres, portant deux goupilles en bronze de 9 millimètres de longueur, pour faire un manche en bois ou en corne de cerf .


Il n'est pas indifférent de remarquer que des poignards de bronze ont été trouvés , à différentes époques , dans les vases ou dans les tourbières des environs ; nous en connaissons au moins deux de plus grandes longueurs : l'un trouvé dans les marais de Donges , qui est conservé dans la collection de M. le baron de Girardot ; l'autre trouvé dans les marais de la Brière , lors de la construction de l'écluse de Trignac , et qui fait partie de la collection de M. l'abbé Godefroy.

3- une forte aiguille en bronze


Une forte aiguille en bronze de 15 centimètres de longueur , munie à sa base d'un disque creusé de 1 centimètre de diamètre , sans doute pour y enchasser une pierre . On en a signalé une semblable dans la Grande Brière .

4-Une aiguille en os

Une aiguille en os de 18 centimètres de longueur et de 1 centimètre de diamètre moyen , effilée comme une aiguille métallique ; sa base est aplatie , mais sans trou .

5-Une hache en pierre polie

Une hache en pierre polie complètement emmanchée dans une douille en corne de cerf que traverse un manche en bois . Ce type de hache a permis de trancher d'une manière catégorique , au moins pour un cas particulier, l'intéressant problème de l'emmanchement des haches en pierre polie , au sujet duquel on s'est livré, pendant quelques années, à tant de dissertations contradictoires . Il mérite donc que je lui consacre une description détaillée .

L'outil (ou l'arme ) proprement dit, trouvé le 25 octobre 1877, est une hache ou celt aplati en diorite polie de 10 centimètres de longueur, à tranchant mince et effilé, de couleur vert foncé , et d'un type très connu parmi l'immense quantité de haches en pierre reccueillies sur le territoire de la presqu'île armoricaine . 

Ce celt est engagé par la pointe , à simple frottement , dans une douille en corne de cerf de 13 centimètres de longueur, coupée dans un tronc de rameau près de la couronne, polie à la surface, et refouillée à l'une de ses extrémités pour recevoir sa hache; 

L'autre extrémité n'est pas refouillée, elle est coupée droit et forme marteau . 

Enfin cette douille est munie transversalement d'un trou elliptique dans lequel s'engage un manche en bois de frêne de pareille section et de 50 centimètres de longueur . Il a été impossible de le conserver intact ; il s'est racorni et déformé en perdant son eau d'imbibition , mais avant sa déformation on a pu en exécuter un bon moulage pour le musée de Saint- Germain .

Le trou ovoïde percé dans la corne de cerf, et qui représente un cylindre de 0,035 de hauteur , dont la section elliptique a 0,030 de petit axe et 0,040 de grand axe, est particulièrement remarquable par sa régularité parfaite et son poli intérieur; on se demande comment il a été possible de pratiquer une pareille excavation dans une matière aussi dure, sans outil métallique .

 

Le chronomètre préhistorique de Saint-Nazaire 3/6- Objets du néolithique trouvés - René Kerviler

L'opération devient possible et même facile, si l'on suppose que l'instrument est contemporain d'outils de bronze ; j'ai dit que la douille en corne de cerf dans laquelle était engagé le celt était polie à sa surface .

Dans la même couche de la cote 4 mètres, on avait trouvé en 1876 une autre douille en corne de cerf de 12 centimètres de longueur et 5 centimètres de diamètre, munie aussi d'un manche en bois , mais privée de la hachette en pierre polie . 

Cette douille était formée d'un morceau d'andouiller de cerf, dont on ne s'était pas donné la peine
de polir la surface . Le trou seul était d'une régularité et d'un poli parfaits; et la face opposée à celle qui devait recevoir le celt était disposée en forme de marteau .

Plus tard , une seconde hache complètement emmanchée fut rencontrée 1 mètre plus bas , à la cote 5 mètres au-dessous des basses mers , et présenta cette particularité que la douille en corne de cerf n'était ni brute ni polie; elle avait été usée sur une pierre , de manière à présenter une série de facettes en prisme polygonal , et les stries de l'usure s'aperçoivent très nettement sur les facettes .

Plus tard encore , à la cote 6 mètres au-dessous des basses mers , on rencontra une gaîne de hache en corne de cerf, mais d'un type plus primitif, car elle n'était pas percée d'un trou pour un manche et devait se tenir simplement à poignée .

6 - Andouillers de bois de cerf (andouiller : ramification des bois des cervidés)

Un grand nombre d'andouillers de bois de cerf, tous détachés de la même façon du tronc principal, et paraissant avoir servi, les uns de bouts de lance comme armes défensives, les autres d'instruments aratoires, socs de petites charrues ou ṣarcloirs; quelques-uns même, conservant à leur enracinement un notable fragment d'andouiller à deux sections normales, paraissent avoir eu pour destination des casse-têtes ou des marteaux .

Tous ces fragments ont été détachés à l'aide d'incisions circulaires formées de deux troncs de cône se touchant par leur petite base : lorsque celle-ci avait un diamètre assez réduit pour que la résistance ne fût plus considérable , on cassait net en appuyant. 

Non seulement nous possédons un grand nombre de fragments ainsi détachés, mais nous avons conservé une base de bois de cerf qui porte toutes les traces successives de ce travail le tronc principal a été coupé par ce système, pour servir sans doute à faire une douille de hache comme à l'article précédent, et à sa base il porte encore un andouiller dont l'entaille est ébauchée et arrivée à tel point qu'il ne restait presque plus rien à faire pour la détacher.

Les traces de l'instrument qui a servi à pratiquer les entailles sont très apparentes; on pourrait compter tous les coups, mais il est difficile de reconnaître s'il était de pierre ou de bronze . La dernière hypothèse paraît cependant plus plausible, tellement sont nettes les empreintes .

Après avoir été détachés, un certain nombre de ces andouillers n'ont pas subi d'autres préparations, et comme ils sont très usés et presque polis par la pointe, tout me porte à penser qu'ils ont servi d'instruments aratoires;  les autres, au contraire, ont été soumis à une transformation plus complète : au-dessus de la coupure, on a pratiqué une large entaille triangulaire s'avançant vers la pointe, et à la base de cette entaille, de petites rainures transversales ont été ménagées ; la pointe de ces bouts de corne est très effilée, les traces d'usure sont à peine sensibles ; et l'on ne peut se rendre compte de toutes ces constatations qu'en supposant un emmanchement avec ligatures sur une tige en bois, de manière à former des bouts de lance ou des sortes de poignards .

Un bois de cerf presque entier présente cette particularité curieuse que toute sa surface est complètement usée d'un seul côté, tandis que de l'autre toutes les rugosités de la corne sont intactes : toutes les pointes sont émoussées et polies. Il semble qu'il ait servi de ratelier posé horizontalement pour la fabrication des cordages .

7-Poteries

Poteries. La plupart des fragments de poteries retrouvées, en grand nombre, sont d'une pâte tellement grossière et d'une cuisson si imparfaite, qu'on serait tenté de croire qu'elles ont été pétries sans apprêt et simplement séchées au soleil. 

Toutes sont fabriquées à la main, et sur plusieurs d'entre elles on reconnaît, d'une façon indubitable, les traces du pouce du potier.

L'ornementation est très rudimentaire et se compose ordinairement de rangs de cupules obtenues par pression avec le bout du doigt ou le genou d'une phalange.

Très peu de vases ont pu être restitués complètement : il y en a de toute taille, depuis 10 jusqu'à 40 centimètres de diamètre à la panse : ils rappellent de très près ceux qu'on a trouvés dans les dolmens : 

quelques - uns, d'une pâte plus fine et plus noirâtre, présentent des traces de vernissage et une ornementation obtenue à coups d'ongle un peu au-dessous du rebord . 

Je signalerai, en particulier, un vase à fond curviligne tout percé de petits trous et qui me paraît avoir été destiné à égouter le lait caillé ou le fromage.

Enfin je dois citer, à côté des poteries, un fragment de côte de bœuf poli à une extrémité qui a certainement servi d'ébauchoir .

8- Pierres de mouillage.

Ces curieux engins que je crois avoir signalés le premier dans une station dite préhistorique, sont l'indice certain de la présence d'un port maritime . 

A défaut d'ancres en métal , ces anciennes peuplades se servaient de grosses pierres de deux types très distincts . Les unes, sortes de pendeloques elliptiques ou grossièrement triangulaires, de 0,50 à 0,80 de plus grand diamètre, et de 0,20 d'épaisseur,étaient percées, à leur sommet, d'un trou à double cône d'une régularité parfaite, par lequel on passait l'amarre qu'on filait ensuite du bateau . 

Quelques-unes d'entre elles pèsent plus de 80 kilogrammes, ce qui suppose des navires plus forts que de vulgaires pirogues .

Les autres , de plus faible échantillon, affectent la forme de cylindres de longueur variable et de 0,20 de diamètre.

Au milieu de la longueur est pratiquée une gorge qui fait le tour du cylindre et sur lequel on attachait l'amarre . 

Une échancrure est creusée d'un côté, pour passer une cale de bois qui serrait vigoureusement l'amarre une fois attachée . 

Ces ancres du second type servaient sans doute pour les canots, tandis que les premières étaient destinées aux chaloupes de pêche.

Je dois faire observer que les ancres cylindriques retrouvées sont toutes constituées en granit du pays, tandis que la plupart de celles du premier type, en forme de pendeloque, sont composées en pierre étrangère, micaschiste, diorite, concrétions siliceuses , etc. 

On pourrait en conclure que les petits bateaux étaient seuls indigènes et que les grands étaient ceux des populations voisines, en relations de commerce, par l'Océan, avec les populations riveraines du Brivet .

Tous ces objets, scrupuleusement conservés , ont été déposés, partie au musée archéologique de la Loire-Inférieure, place de l'Oratoire, à Nantes, partie à la mairie de Saint-Nazaire, où l'on réunit les éléments d'un musée, partie chez moi à Saint-Nazaire. Les principales pièces ont été moulées pour le musée de Saint-Germain

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