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Vénètes, et Brivates Portus, René Kerviler (1892) (6/6)- Brivates Portus

Cette publication est le cinquième chapitre extrait de "Armorique et Bretagne" (1892) de René Kerviler .

Dans cette dernière publication (6/6), on y décrit la position de René Kerviler de placer Brivates Portus  dans un premier temps sur le port de Méan actuel (Saint-Nazaire) puis ensuite au pied du Dolmen de Saint-Nazaire, ensuite l'auteur expose et contre les thèses de ses critiques.

Hervé Brétuny, Karrikell.

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Sommaire de l'étude

 

Sommaire

 

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III -BRIVATES PORTUS

 

A Méan ?
En 1873 , j'avais placé Brivates portus à l'embouchure de la petite rivière du Brivet à Méans, amené à cette solution par l'analogie frappante du nom, par le texte de Ptolémée qui cite Brivates comme le premier port en allant de la Loire au cap Gobée, et par la remarquable dissertation que publia jadis, sur ce sujet, M. Athénas , dans le Lycée armoricain.
 

Port de Méan (Saint-Nazaire)

Port de Méan (Saint-Nazaire)

Au dolmen ?

Les fouilles que je fis depuis cette époque dans le bassin de Penhouët, à Saint- Nazaire, me confirmèrent dans l'attribution de Brivates à cette région, mais remarquant l'admirable port que la situation des alluvions formait vers l'époque de l'invasion romaine, au pied du dolmen de Saint-Nazaire, j'y ramenai, en 1877, le Brivates Portus ainsi rapproché de trois kilomètres.

J'ajouterai que cet emplacement ne paraissait pas en rivière, pour les populations de cette époque, à cause de l'immense golfe qui se déversait alors dans la Brière.

Il était parfaitement naturel de considérer Brivates, ainsi placé, comme le premier port en mer.

 

Lithographie d'Antoine-Etienne Carro représentant le dolmen de Saint-Nazaire

Antoine-Étienne Carro

Sous licence Creative Commons

 

Crédit photo : Poulpy - Sous licence Creative Commons

 

Les contradicteurs envisagent : Saint-Lyphard, Saint-Gildas, Pontchâteau, Le Croisic et ...Brest 

Je suis maintenant en présence de cinq contradicteurs, tous d'avis différent :

  • Le premier en date est M. Desjardins, qui, remarquant la latitude plus septentrionale assignée par Ptolémée à Brivates, le place en dedans de la Brière, à Saint-Lyphard.
  • Le second est M. Ramé, membre du Comité historique, qui recule encore plus loin l'emplacement contesté, en le fixant aux sources mêmes du Brivet, au petit village qui porte encore ce nom, au fond des marais de Saint- Gildas.
  • Le troisième est M. Le Men, l'ancien archiviste du Finistère , qui a repris, avec beaucoup d'érudition, l'ancienne thèse d'assimilation de Gesocribate avec Brivates portus, ce qui nous conduirait jusqu'à Brest.
  • Le quatrième est M. de la Monneraye, qui s'en réfère scrupuleusement aux latitudes de Ptolémée, et qui, remarquant judicieusement que l'ancien nom de Pontchâteau a été latinisé d'un radical celtique Briv, dont la signification est Pont, fixe Brivates à Pontchâteau, à mi distance entre l'emplacement de M. Ramé et le mien.
  • Enfin le dernier, M. Léon Maître, descend sur l'Océan jusque dans le trait du Croisic, où il remarque deux villages appelés le Haut et le Bas-Brivin.


C'est le cas de répéter le proverbe : Tot capita, tot sensus . Examinons .

Le cabinet d'études de René Kerviler à Saint-Nazaire, c'était avant l'époque informatique  !

Le cabinet d'études de René Kerviler à Saint-Nazaire, c'était avant l'époque informatique !

Thèse de M.Desjardins : Saint-Lyphard

L'opinion de M. Desjardins est basée sur une supposition que je crois erronée, et dont la responsabilité remonte à l'un des anciens ingénieurs du département qui, remarquant la dépression considérable du terrain sur l'isthme de Saint-Lyphard, entre la Brière et le fond de la baie de Mesquer, crut pouvoir avancer, dans ses Etudes sur le régime de la Loire, qu'un ancien bras de la Basse-Loire avait jadis passé par là comme déversoir de la Brière.

M. de Kersabiec a endossé cette supposition, M. Desjardins l'accepte et M. Ramé, enchérissant encore, affirme que c'est dans ce bras antique que fut établie la route dite des Grands Fossés qui barre l'isthme de Saint-Lyphard; M Desjardins pensant qu'à l'époque romaine, ce prétendu bras était encore libre, voit en Saint- Lyphard un emplacement tout indiqué pour un port, et ne peut mieux l'appeler que Brivates.

Malheureusement pour cette thèse, une étude attentive du terrain sur les lieux m'a convaincu que jamais bras de la Loire n'a pu passer par là, à moins d'un relèvement considérable de tout le sol de la région.

L'isthme de Saint-Lyphard n'est pas formé par des apports d'alluvion, mais par un seuil de terrain naturel, et la redoute des Grands Fossés est creusée à même dans ce sol vif. Le fond du fossé paraît, à première vue, notablement supérieur au niveau des marées moyennes, et atteindre à peu près celui des hautes mers d'équinoxe.

Il en résulte que toutes les déductions, appuyées sur l'hypothèse d'un passage naturel des eaux, s'évanouissent ; que la presqu'île guérandaise n'a jamais été une île, qu'elle ne correspond point, par conséquent, à l’Arica dont M. Desjardins lui attribue le nom parmi les îles venétiques; et qu'enfin le Brivates portus n'a plus aucun titre à être recherché dans ces parages .

Je pourrais ajouter, outre l'absence de nom rappelant Brivates, que les alluvions de la Brière devaient avoir déjà atteint leur niveau actuel, aux environs de Saint-Lyphard, ce qui empêcherait absolument tout port en ce point, mais je vais traiter cette question à propos du mémoire de M. Ramé.

L'honorable rapporteur du Comité des travaux historiques s'est livré, au sujet de la Brière, à un travail de reconstitution très remarquable pour les périodes s'étendant du Ier au Xº siècle.

Il prouve sans réplique que Vindunita insula était Besné, entre Pontchâteau et Donges, et que cette localité demeura île pendant toute cette période; que l'île d'Her, des Normands, qu'on a jadis confondue avec Noirmoutiers, est encore appelée de ce nom entre Montoir et Crossac; que si elle n'est plus en réalité une île qu'en hiver, elle était encore, au VIIIe siècle, accessible aux galères des Normands, etc.

Il en résulte évidemment que la carte de l'embouchure de la Loire ne ressemblait alors en rien à la carte actuelle.

Thèse de M.Ramé : marais de Saint Gildas (Des Bois)

L'honorable rapporteur du Comité des travaux historiques s'est livré, au sujet de la Brière, à un travail de reconstitution très remarquable pour les périodes s'étendant du Ier au Xº siècle.

Il prouve sans réplique que Vindunita insula était Besné, entre Pontchâteau et Donges, et que cette localité demeura île pendant toute cette période; que l'île d'Her, des Normands, qu'on a jadis confondue avec Noirmoutiers, est encore appelée de ce nom entre Montoir et Crossac; que si elle n'est plus en réalité une île qu'en hiver, elle était encore, au VIIIe siècle, accessible aux galères des Normands, etc.

Il en résulte évidemment que la carte de l'embouchure de la Loire ne ressemblait alors en rien à la carte actuelle.

Mais M. Ramé va beaucoup trop loin en faisant passer à l'état d'îles accessibles aux navires tous les îlots naturels aujourd'hui proéminents sur le marais.

Les trouvailles d'objets de bronze, faites à diverses époques dans la tourbe ou dans la vase, démontrent que, déjà au Ier siècle, une partie de la Brière était embourbée.

L'erreur vient ici de ce qu'on a cru que l'alluvion ait pu se déposer uniformément sur un plan horizontal dans toute l'immense étendue de la Brière.

L'enchevêtrement des îles produisait des obstacles aux courants, plus favorables aux dépôts sur certains points que sur d'autres; et le nord de la grande baie, par suite de l'amortissement du courant sur les rives, a dû se combler beaucoup plus vite que la région de ses débouchés en Loire.

L'alluvion horizontale n'existe que sur les points de vitesse à peu près continue dans le mouvement des marées.

Elle suit un plan incliné proportionnel à la diminution de vitesse dans les parties d'amortissement, et je dois ajouter que le sol naturel primitif au fond de la Brière, ou aux abords de certaines îles, se trouvant à beaucoup moindre profondeur qu'au voisinage de la rivière proprement dite, l'alluvion l'a recouvert en ces parties beaucoup plus tôt qu'à l'embouchure.

Le difficile est de savoir quelles étaient, à l'époque de Ptolémée, les parties déjà recouvertes par l'alluvion et les parties encore libres, les îles accessibles et les îles qui se trouvaient être devenues continentales.

Pour cela les documents écrits ou les trouvailles archéologiques sont les seules guides assurés.

Les documents écrits sont formels pour Besné et pour Her. Les trouvailles archéologiques le sont aussi pour tout le nord de la Brière, au-dessus d'une ligne passant par Saint-André-des-Eaux , Rozé et Crossac.

D'un autre côté, le grand estuaire que M. Ramé laisse ouvert sur sa carte, entre Méans et Montoir, était loin d'être aussi dégagé, car plusieurs îles, entre autres celles de Gron et de Trignac se trouvaient sur son passage.

Enfin , il est probable que l'enchevêtrement très compliqué des îles qui s'étendent de Lavau à Montoir en passant par Donges, avait déjà produit sur ce point des atterrissements considérables.

A la fin de l'occupation romaine, on devait pouvoir aller de Savenay à Montoir en terre ferme.

Il reste des débris de ponts antiques à Sem et à Nyon, et des traces de chaussées portant le nom de voie romaine, existent à l'ancien cadastre et se reconnaissent encore sur le marais dans la direction de la Motte-Alleman, de Saint- Nazaire à Montoir, en passant par les îles de Savine et le nord de Méans; il y avait sans doute un bac sur le Brivet.

Enfin, la profondeur de l'alluvion, au grand débouché de l'estuaire, n'était plus, au IIIe siècle, que de 1 mètre à peine au-dessous des basses mers d'équinoxe, au pied du dolmen de Saint-Nazaire, ainsi que le démontrent les débris romains de cet âge que nous y avons rencontrés.

J'en conclus que M. Ramé se fait une grande illusion en déclarant que les marais actuels de Saint-Gildas étaient encore un golfe à marée à l'époque romaine, et que le petit village de Brivet, situé tout au fond, était alors le port que nous cherchons ;

Je n'affirme cependant pas l'impossibilité absolue de l'hypothèse, et j'accorde qu'elle est doublement séduisante, d'abord par la présence d'un village portant authentiquement le nom de Brivet, ensuite par la concordance à peu près exacte de la latitude avec celle de Ptolémée.

Mais outre l'invraisemblance du golfe de Saint- Gildas ouvert à cette époque, une objection sérieuse se présente.

Dans l'hypothèse de M. Ramé, le port de Brivates se trouverait retiré tout à fait à l'intérieur, et il semble difficile de faire concorder cette situation avec l'indication de Ptolémée, qui dit qu'on le rencontre en allant de la Loire au cap Gobée.

Thèse de M. de la Monneraye : Pontchâteau 

Cette dernière raison me paraît un obstacle aussi pour la proposition de M. de la Monneraye, mais l'obstacle est moindre.

Il est certain qu'on devait accéder alors en navire dans les environs de Pontchâteau qui pouvait s'appeler Brivates avant que les latins eussent traduit briv en Pons : et il est certain aussi que je possède des débris romains provenant de Brignan, sur le même cours d'eau, à quelques cents mètres au dessous de Pontchâteau.

Mais ce n'était pas un port maritime proprement dit.

Thèse de Léon Maître : le trait du Croisic

J'en conclus qu'il faut placer Brivates au plus loin à l'embouchure même de la Loire, et qu'il faut maintenir l'attribution à Saint-Nazaire, à l'embouchure du golfe du Brivet, à moins qu'on ne suive M. Léon Maître dans le trait du Croisic, où il y eut certainement un ou plusieurs ports, du temps des Romains, et où l'on trouve une localité appelée encore le Bas-Brivin.

Thèse de M. Le Men  : Brest

M. Le Men nous transporte au bout du monde, ad finem terræ. Le savant archiviste du Finistère a dépensé d'immenses trésors d'érudition pour démontrer que Gesocribate était l'équivalent, l'homonyme de Gesobrivates.

Or Geso veut dire les eaux, le port, et il est reconnu, dit-il, que le Gesocribate de la carte théodosienne est Brest .

Donc, d'après M. Le Men, Brivates portus est aussi Brest.

La longue discussion philologique de M. Le Men amènerait un résultat décisif si les innombrables noms de lieux au radical crib , qu'il cite, s'étaient tous transformés sur place, par la mutation des consonnes, en noms de lieux au radical de briv, avec la même signification.

Mais les deux radicaux existent fort nombreux avec la signification très distincte de crib, colline , élévation, promontoire , et de briv, passage , gué ou pont.

De la possibilité linguistique d'une mutation de crib en briv, nous ne pouvons donc pas conclure à sa réalité dans le cas qui nous occupe.

M. Ernest Desjardins, pour sa part, la rejette absolument.

Mais nous avons deux autres raisons péremptoires pour refuser l'attribution de Brivates à Brest.

C'est d'abord l'ordre dans lequel Ptolémée indique les ports qu'il rencontre en partant de la Loire pour remonter au cap Gobée.

D'après cet ordre, Brivates est le premier port avant le fleuve Herius qu'on est d'accord à reconnaître dans la Vilaine, et qui a donné son nom à Durerie.

M. Le Men a bien vite fait de dire qu'un copiste de Ptolémée a renversé l'ordre des ports, et qu'on peut reconnaître le fleuve Herius dans l'Aulne, la rivière de Châteaulin, qui s'appelle l'Hierre au haut de son cours .

Il oublie la mention des latitudes et des longitudes, qui s'y oppose absolument.

La seconde raison est encore plus catégorique.

Nous avons montré, avec M. Desjardins, qu'il y a de fortes raisons pour placer le cap Gobée à la pointe du Raz.

On ne peut trouver Brest entre la Loire et cette pointe.

Enfin nous montrerons plus loin (chapitre 7 de Armorique et Bretagne) qu'il y a de fortes raisons pour placer Gesocribate, non pas à Brest, mais à la pointe, rive gauche, de la baie de l'Abervrac'h.

Conclusion 

Nous devons en conclure que le Brivates portus ne peut être attribué à Brest, et qu'il doit rester aux environs de Saint -Nazaire, avec beaucoup plus de probabilité pour cette localité même que pour la baie du Croisic, qui nous paraît mieux indiquée pour Corbilo, puis Veneda.

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