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Un épisode de l'histoire de Saint-Nazaire du XVe eu XVIIe siècle -René Kerviler (1/10)

Sommaire de l'étude

___________________________________________________________________________________________________________________________________________

Cette publication est comprise dans le tome II de  "Armorique et Bretagne" (1892) de René Kerviler .

(Recueil d'études sur l'archéologie, l'histoire et la biographie bretonnes publiées de 1873 à 1892)

Rappel : je rapporte très peu des notes internes qui sont souvent des bibliographies.

Les inscriptions en bleu sont de moi pour vulgarisation.

Hervé Brétuny, Karrikell.

_______________________________________________________________________________________________________________________________________ 

Introduction cette étude pourrait être renommée "luttes centenaires de Saint-Nazaire contre Guérande"

UN ÉPISODE DE L'HISTOIRE DE SAINT-NAZAIRE DU XV AU XVIII SIÈCLE

Ayant eu l'occasion de faire quelques recherches, en 1875, dans les archives de la fabrique de la paroisse de Saint- Nazaire, j'y rencontrai des liasses de pièces originales concernant les luttes opiniâtres soutenues contre Guérande par Saint-Nazaire et les autres cités de la presqu'île, qu'on prétendait forcer à contribuer, malgré la volonté expresse des ducs ou des rois, aux réparations et à l'entretien des fortifications de l'ancienne Grannona.

Il m'a paru intéressant de consacrer une étude détaillée à ce chapitre inédit d'histoire locale, comme contribution à la monographie génerale des mœurs en province sous l'Ancien Régime. Le premier document remonte au milieu du XVe siècle et ce fut le duc Pierre, mari de la vénérable Françoise d'Amboise, qui apposa sa signature au bas du parchemin conservé par le bureau de nos marguilliers ; mais la lutte prit surtout un caractère aigu dans le courant du XVII siècle, et c'est pour cette époque en particulier que j'aurai à signaler les pièces les plus nombreuses et les plus importantes . Je laisserai le plus souvent parler les documents eux-mêmes , en les faisant précéder d'une courte introduction .


Les documents proviennent des archives de la fabrique de la paroisse de Saint-Nazaire

la Partie I a déjà été publiée sur Karrikell : 

Les Espagnols à Saint-Nazaire en 1378

II. Pierre II et Anne de Bretagne.

Pour se défendre ainsi contre les attaques venues de la mer, les habitants de Saint- Nazaire étaient obligés de faire constamment le guet sur la côte, d'armer des archers, d'entretenir les murailles et les engins de guerre du château, en un mot de supporter des charges extraordinaires qui contribuaient à la défense générale du pays.

Or, Guérande était la plus forte place de toute la presqu'île; et à ce titre les Guérandais avaient depuis longtemps obtenu des ducs le concours de toutes les cités voisines à la construction et à la réparation de leurs murailles, au curage de leurs douves et à toutes les dépenses concernant leurs fortifications.

 

Saint-Nazaire, qui devait se défendre de ses propres deniers, trouva bientôt ce concours très onéreux; et en récompense de tous les sacrifices faits par ses habitants pour protéger l'entrée de la rivière, des privilèges leur furent successivement octroyés, parmi lesquels les principaux furent l'exemption de la contribution aux réparations des murailles de Guérande et celle du droit général sur les vins pour leur entrée dans la province, droit connu sous le nom de devoir de billot.

 

Mais les chartes octroyées par les ducs et par les rois pour consacrer et maintenir ces privilèges, n'étaient pas toujours respectées par les fermiers d'impôts à leur entrée en charge ; et lorsque ces privilèges avaient été suspendus provisoirement dans des circonstances très particulières et pour des cas spéciaux, les fermiers ou receveurs n'avaient garde de se rappeler ensuite les concessions primitives ; de là une foule de procès en abus de pouvoir et des instances perpétuelles pour obtenir de l'autorité ducale ou royale, la confirmation des lettres de décharge.

 

Voici d'abord une charte du duc Pierre II, écrite en caractères gothiques sur parchemin et datée du 24 novembre 1454.

C'est la première que nous ayons retrouvée, mais non pas la première octroyée par les

ducs, soit par Pierre lui-même, soit par ses prédcesseurs, ainsi que le constate l'un des considérants de la maintenue du privilège.

Nous avons complété, pour sa plus facile intelligence, les abréviations nombreuses que présentent presque tous les mots, et qui en rendent la lecture assez pénible pour ceux qui ne sont pas initiés aux mystères des chancelleries du XVe siècle; mais l'orthographe des mots entiers a été scrupuleusement respectée.

le Duc Pierre II - Par Lobineau, Guy-Alexis (1666-1727)(Auteur), Chaperon, Jean F.(Dessinateur), Pitau, N.(Graveur)

 

Charte du Duc de Bretagne Pierre II

Texte original sans les abbréviations Texte en Français moderne (Karrikell avec ChatGpt)

 

Pierre, par la grâce de Dieu, duc de Bretaigne, comte de Montfort et de Richemont, à noz sénéchaulx, alloez, prévost de SAINT-NAZAIRE et procureur de Nantes, noz cappitaine, sénéchal, alloé et procureur de Guérande, receveur et miseur de deniers, ordonnez à la réparation dudit lieu et à chacun de vous, salut.

 

 

Pierre, par la grâce de Dieu, duc de Bretagne, comte de Montfort et de Richemont, à nos sénéchaux, alloués, prévôt de Saint-Nazaire et procureur de Nantes, à notre capitaine, sénéchal, alloué et procureur de Guérande, receveur et miseur des deniers affectés à la réparation dudit lieu, et à chacun de vous, salut.

Receu avons la supplication et humble requeste à nous faite de la part de nos pauvres hommes et subgez les habitans de la paroesse de Sainct-Nezere, exposans que neantmoins ilz ne soient aucunement subgez à la garde et réparation de notre dite ville de Guérande, et que ès temps de guerre ne autrement ilz n'ayent jamais eu recueil ne eu refuge à icelle,

 

Nous avons reçu la supplique et humble requête qui nous a été faite par nos pauvres hommes et sujets, les habitants de la paroisse de Saint-Nazaire.
Ils exposent que, bien qu’ils ne soient en aucune manière soumis à la garde ni à la réparation de notre ville de Guérande, et qu’en temps de guerre comme autrement ils n’y aient jamais eu refuge ni asile,

combien que par aucun temps, pour les eminens périlz de guerre qui estoient pour lors pour la urgente nécessité de réparation qui estoit à faire, par notre ordonnance et commandement,

ils avaient contribuez à la dite réparation et avoient obtenu de nos prédécesseurs lettre de non prejudice et de non attribuez à conséquence ne continuation sur eulx,

 

— et mesmes que par nos ordonnances lesdits supplians font souventes fois le guey à costé de la mer pour garder la descente des Angloys nos anciens ennemis,

il est pourtant arrivé qu’à certaines périodes, en raison des dangers imminents de guerre et de l’urgente nécessité de réparer ladite ville, ils aient contribué à cette réparation sur notre ordre et commandement.

Ils rappellent qu’ils avaient obtenu de nos prédécesseurs des lettres de non-préjudice, stipulant que cette contribution ne pourrait leur être imputée à conséquence ni créer une obligation continue à leur charge.

Ils exposent encore que, par nos ordonnances, lesdits suppliants montent fréquemment la garde du côté de la mer afin de surveiller et empêcher les descentes des Anglais, nos anciens ennemis.

 

et aussi que pour résister à leurs invasions, par nosdites ordonnances nosdits supplians ont la charge de mettre en appareil d'armes six archers en ladite paroesse, et d'abondant sont contrains à eux mettre en appareil d'armes pour résister à nosdits anciens ennemis ;

 

Ils ajoutent aussi que, pour résister à ces invasions, par nosdites ordonnances, ils ont la charge de mettre en état d’armes six archers dans ladite paroisse, et qu’en outre ils sont contraints de s’armer eux-mêmes pour résister à nosdits anciens ennemis.

 

 

— de présent, vous, nosdits cappitaine, receveur et miseur des deniers ordonnez à la réparation de notre dite ville, voulez et efforcez les contraindre et compeller à paier soubz umbre et couleur de la réparation d'icelle, le nombre de quarante livres monnayées par chacun an,

 

Or, à présent, vous, nos capitaines, receveurs et miseurs des deniers affectés à la réparation de notre dite ville, voulez et vous efforcez de les contraindre et de les obliger à payer, sous le prétexte et l’apparence de ladite réparation, la somme de quarante livres monnayées chaque année.

 

quelles choses leur sont de grant charge, préjudice et dommage, — et que obstant les charges et chacunes des susdites, mieux leur vaudroit laisser la dite paroese et s'en aller ailleurs vivre, que demourer subgez et contributifs à ladite réparation, — nous supplians sur ce leur pourveoir de convenable remède, très humblement le requérant.

 

Ils déclarent que cette charge leur cause un très grand poids, préjudice et dommage, et que, malgré toutes les charges susdites, il leur vaudrait mieux abandonner la paroisse et aller vivre ailleurs que de demeurer soumis et contraints de contribuer à ladite réparation.

 

Pour ce est-il que nous, lesdites choses considérées, ne voulant contrainte nosdits subjets à la contribution perpétuelle de la réparation de notre dite ville ; considérant mesme que en temps de guerre, ils n'y ont nul refuge à eux ne à leurs biens, ne la contribution que ce temps passé ilz y ont faite leur est retirée à conséquence, ains les enfranchir et descharger ;

C’est pourquoi ils nous supplient très humblement de leur accorder un remède convenable.

Pour ces causes, nous, ayant considéré toutes ces choses, et ne voulant pas contraindre nos sujets à une contribution perpétuelle à la réparation de notre dite ville, considérant aussi qu’en temps de guerre ils n’y ont aucun refuge, ni pour eux ni pour leurs biens, et que la contribution qu’ils ont faite par le passé ne doit pas être tirée à conséquence, avons décidé de les affranchir et de les décharger.

et mesme à la requestre de notre très chère et très amée sœur et compaigne la duchesse qui de ce nous a supplié et requis, notre conseil, de l'avis et délibération de, en déclerant sur ce notre intention, la descharge de notre conscience et pour autres causes à ce nous mouvans ;

avons ordonné et ordonnons par ces présentes que nosdits supplians ne paient ne ne contribuent doresnavant à ladite réparation,

Et ce, notamment à la requête de notre très chère et très aimée sœur et compagne la duchesse, qui nous en a supplié et requis, après délibération de notre conseil, pour la déclaration de notre intention, le soulagement de notre conscience et pour autres causes à ce nous mouvant.

Nous avons ordonné et ordonnons par ces présentes que nosdits suppliants ne paient ni ne contribuent désormais, en aucune manière, à ladite réparation.

en aucune manière ; et les enfranchissons et quittons par cesdites présentes, en defandant et defendons à nosdits cappitaine, receveur, procureur, controleur et miseur, présent et avenir des deniers ordonnez à la réparation de notre dite ville dudict lieu de Guérande et à chacun en son temps de non les y contraindre ne compeller et de non aucune chose leur en demander ne faire paier au temps avenir,

quelque chose qu'ils en ayent payé ès temps passé et ou que à telle cause ils aient été estaillez ou imposez.

Nous les en affranchissons et quittons par ces présentes, et défendons expressément à nos capitaines, receveurs, procureurs, contrôleurs et miseurs, présents et à venir, des deniers affectés à la réparation de notre dite ville de Guérande, et à chacun en son temps, de ne plus les contraindre ni les obliger, et de ne leur demander ni faire payer aucune somme à l’avenir.

Et ce, quelle que soit la somme qu’ils aient payée par le passé, ou même s’ils avaient été taxés ou imposés à ce sujet.

Si aucune chose en doivent, le leur avons remis et quitté, remettons et quittons par ces présentes en pitié et en aumosne,

en vous mandant et mandons, et à chacun de vous, de ceste notre présente grâce, et du contenu et effect de ces présentes que vous faciez souffrir, laisser jouir et user nosdits supplians pleinement et paisiblement, cessant tous empeschements à ce contraires.

Si toutefois ils devaient encore quelque chose, nous leur en avons fait remise et quittance, et par ces présentes nous leur remettons et quittons le tout, par pitié et par aumône.

Nous vous mandons et ordonnons, à chacun de vous, de faire en sorte que nosdits suppliants jouissent pleinement et paisiblement de cette grâce, sans aucun empêchement contraire.

 

Car ainsi le voulons et nous plaist, nonobstant quelque lettres impétrées données ou à donner, quelles si aucunes sont, cassons et annullons et voulons estre de nul effect à ce contraires ou dérogatoires.

Donné en notre ville de Vannes, le vingt-septième jour de novembre, l'an mil quatre cent cinquante-quatre. — Et voulons que plaine foy soit adjoustée aux vidimus d'icelles soubz scel autantique comme au présent original donné comme dessus. —

Pierre

Par le duc, de son commandement, — E. de Boitiés.

Car telle est notre volonté et notre bon plaisir, nonobstant toutes lettres obtenues ou à obtenir, lesquelles, si elles existent, nous cassons et annulons, et voulons qu’elles soient de nul effet en tout ce qui serait contraire ou dérogatoire aux présentes.

Donné en notre ville de Vannes, le vingt-septième jour de novembre, l’an mil quatre cent cinquante-quatre.

Et nous voulons que pleine foi soit accordée aux copies authentiques de ces lettres, scellées, comme à l’original présent.

Pierre.
Par le duc, sur son commandement,
E. de Boitiés.

 

 

Ce de Boitiés est très probablement l'un des ancêtres de M. du Bouëtiez de Kerorguen, l'avocat lorientais, auteur des Recherches sur les États de Bretagne (Paris, Dumoulin , 1875, 2 vol . in-80) , dont les archives de famille remontent jusqu'à un secrétaire du duc François II ,

Ces lettres sont caractéristiques . Elles nous montrent Saint-Nazaire en lutte ouverte avec Guérande, et obérée à ce point par sa propre défense que s'il fallait encore être « contributif » à quarante livres monnayées pour la réparation des fortifications de l'ancienne cité épiscopale, mieux vaudrait aux paroissiens de Saint-Nazairequitter leur sol natal et s'en aller vivre ailleurs.

 

Grâce à la bienveillante intervention de la bonne et sainte duchesse Françoise d'Amboise, de vénérable mémoire, ils obtinrent enfin gain de cause.

Mais hélas ! ce ne fut pas pour longue durée.

Quarante ans ne s'étaient pas encore écoulés que les Guérandais leur enjoignirent de venir « bêcher ès douves » de leurs remparts. Il fallut des lettres formelles de la jeune duchesse Anne, bientôt fiancée à Maximilien d'Autriche, pour les délivrer de cette obsession .

Par Jean Bourdichon — http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52500984v/f14.item, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=23536213

 

 

Lettre de la Duchesse Anne

Texte original sans les abbréviations

Texte en Français moderne

(Karrikell avec ChatGpt)

Anne, par la grâce de Dieu, duchesse de Bretaigne, comtesse de Montfort, de Richemont, d'Estampes et de Vertus, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut.

De la part de noz subgectz les parroessiens manans et habitans de la paroisse de Saint-Nazaire, nous a esté humblement remonstré que dès le xxiiij jour de novembre l'an que dit fut mil iiij cinquante et quatre, feu notre très cher et très amé frère et oncle le duc Pierre, que Dieu absoulle, par ses lettres et mandemens patens et pour les causes y contenues, franchist et exempta nosdits subgectz de toute contribution et ordonnance qui par noz capitaine et officiers de Guerrande eust peu pour le temps lors avenir avoir esté faicte sur nosdits subgectz pour la reparacion et emparement de notre dite ville,

 

Nous avions lu par erreur : empavement, lorsque nous publiâmes cette charte dans la Revue de Bretagne . Ce mot n'existe pas dans le vocabulaire de l'époque . Il faut lire emparement, ce qui constitue un sens tout différent, car il s'agit non pas de pavés, mais d'additions aux remparts .
 

Anne, par la grâce de Dieu, duchesse de Bretagne, comtesse de Montfort, de Richemont, d’Étampes et de Vertus, à tous ceux qui verront ces présentes lettres, salut.

Il nous a été humblement exposé, de la part de nos sujets, les paroissiens demeurant et habitant la paroisse de Saint-Nazaire, que dès le vingt-quatrième jour de novembre de l’an mil quatre cent cinquante-quatre, feu notre très cher et très aimé frère et oncle, le duc Pierre, que Dieu absout, par ses lettres patentes et mandements, et pour les causes qui y sont contenues, a affranchi et exempté nosdits sujets de toute contribution et obligation qui aurait pu, à l’avenir, être imposée par nos capitaines et officiers de Guérande sur nosdits sujets, pour la réparation et le renforcement de notre dite ville.

ainsi que apert par ung vidimus dudit mandement fait par notre court de Guerrande le vingt et deuxième jour d'avril de l'an cinquante huict, passé devant, et scellé du seau des actes de notre dite court, duquel vidimus nosdictz subjectz ont aparu a suffire,

et que, de la dicte franchise nosdits subjetz depuis ledit temps ont toujours jouy jusques apuis naguères que noz capitaine et officiers dudit lieu de Guerrande les ont voulu contraindre à venir réparer les fousses et les douves de notre dite ville, et contribuer aux mises de la reparacion d'icelle,

Cela apparaît clairement par une copie authentique dudit mandement, faite par notre cour de Guérande le vingt-deuxième jour d’avril de l’an mil quatre cent cinquante-huit, passée devant officiers compétents et scellée du sceau des actes de notre dite cour, copie dont nosdits sujets ont fait preuve suffisante.

Ils exposent également que, depuis ce temps, ils ont toujours joui de ladite exemption, jusqu’à récemment, lorsque nos capitaines et officiers du lieu de Guérande ont voulu les contraindre à venir réparer les fossés et les douves de notre dite ville, et à contribuer aux frais de ladite réparation.

quelle chose leur seroit à grand préjudice et domaige, obstant mesmes les grandes pilleries et oppressions qu'ilz ont eu et soustenu durant ceste dernière guerre, par les Aulonnayes qui vindrent par mer à l'entrée de la rivière de Loire, et aussy les grandes charges qu'ilz ont présentement à porter, tant à la soulde de leurs francs archers que au tres subcides,

nous suplians qu'il nous plaise sur ce leur pourveoir de remède convenable, humblement nous le requérant.

Sans doute les habitants d'Olonne, près les Sables d'Olonne (Vendée).

 

Cela leur causerait un grand préjudice et dommage, surtout compte tenu des importantes pilleries et oppressions qu’ils ont subies pendant la dernière guerre, de la part des habitants d’Olonne, qui sont venus par mer à l’entrée de la rivière de Loire, ainsi que des lourdes charges qu’ils supportent actuellement, tant pour la solde de leurs francs-archers que pour les très lourds subsides.

C’est pourquoi ils nous supplient humblement qu’il nous plaise de leur accorder un remède approprié.

POUR QUOY, Nous, les dictes choses considérées, voullant ensuivre le bon voulloir et intention de notre dit oncle, et pour autres causes à ce nous mouvans, avons aujourd'huy par délibération de notre conseil, confirmé, loué et aprouvé, confirmons, louons et aprouvons ladite franchise,

voullans et voullons qu'ilz en jouissent plainement et paisiblement au désir d'icelle, et de ce voullons que nosdictz subgectz puissent jouir et leurs successeurs après eux, chacun en son temps.

Pour ces raisons, nous, ayant considéré toutes ces choses, voulant suivre la bonne volonté et l’intention de notre dit oncle, et pour d’autres causes à ce nous incitant, avons aujourd’hui, par délibération de notre conseil, confirmé, approuvé et ratifié ladite exemption, et la confirmons, approuvons et ratifions par ces présentes.

Nous voulons qu’ils en jouissent pleinement et paisiblement conformément à son contenu, et nous voulons que nosdits sujets et leurs successeurs après eux puissent en jouir, chacun en son temps.

CY DONNONS EN MANDEMENT à noz capitaine, séneschal, alloué, lieutenant, procureur, controlleur, receveur et miseur de notre dite ville de Guerrande de présent, à ceulx qui pour le temps avenir le seront et à chacun en droit soi, si comme à lui apartiendra, de cette présente franchise faire souffrir, jouir et user nosdits subgectz ainsi qu'ilz ont par cy devant fait au moien de la dite franchise de notre dit oncle, sans les contraindre et compeller d'aller ne envoier à la dite reparacion ne y contribuer en mise ne aucune manière.

Cy gardez que en ce n'ait faulte, car c'est notre plaisir,

À CET EFFET, nous donnons ordre à nos capitaines, sénéchaux, alloués, lieutenants, procureurs, contrôleurs, receveurs et miseurs de notre dite ville de Guérande, présents et futurs, et à chacun en ce qui le concerne, de laisser nosdits sujets jouir, user et bénéficier de cette présente exemption, comme ils l’ont fait auparavant en vertu de la franchise accordée par notre dit oncle, sans les contraindre ni les obliger à aller ou à envoyer des hommes à ladite réparation, ni à y contribuer financièrement ou d’aucune autre manière.

Veillez à ce qu’il n’y ait aucun manquement à cela, car telle est notre volonté.

et voullons que au vidimus de ces présentes retenu soubz scel des actes de notre conseil ou de nos cours, plaine foi soit ajoustée comme à ce présent.

Donné en notre ville de Rennes, le xxviije jour de Janvier l'an mil iiije iiijxx neuff 1489.

ANNE

Par la duchesse, de son comandement,

G. Richart.

 

Et nous voulons que pleine foi soit accordée aux copies authentiques de ces présentes lettres, conservées sous le sceau des actes de notre conseil ou de nos cours, comme si c’était l’original.

Donné en notre ville de Rennes, le vingt-septième jour de janvier de l’an mil quatre cent quatre-vingt-neuf.

Anne.

Par la duchesse, sur son commandement,

G. Richart.

 

Il est à remarquer que ce document, daté du 28 janvier 1489, doit être effectivement, d'après la supputation chronologique actuelle, reporté à l'année 1490.

En effet, on ne commençait alors l'année qu'à la solemnité de Pâques, qui n'arriva que deux mois plus tard.

Ces lettres d'Anne de Bretagne étaient très explicites ; néanmoins elles ne calmèrent pas l'insatiable avidité des Guérandais, qui taxèrent de nouveau les gens de Saint-Nazaire l'année suivante . On eut de nouveau recours à la duchesse ; mais il paraît que le curage des douves guérandaises était devenu une affaire de sécurité publique pour toute la presqu'île, car cette fois les prétentions de l'antique cité furent admises, mais pour ce cas particulier seulement et « sans tirer à conséquence . »
 

Les nouvelles lettres de la duchesse Anne sont curieuses en ce sens qu'elles nous ont amené à la recherche de la solution d'un problème de chancellerie assez inattendu,
que nous exposerons après les avoir reproduites :

 

Texte original sans les abbréviations

Texte en Français moderne

(Karrikell avec ChatGpt)

Maximilian et Anne, par la grâce de Dieu roy et royne des Romains, ducs de Bretaigne, etc. A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. 

Maximilien et Anne, par la grâce de Dieu roi et reine des Romains, ducs de Bretagne, etc. À tous ceux qui verront ces présentes lettres, salut.

 

 

De la part de nos subgectz les paroessiens contributifs à fouaige de la paroesse de Sainct- Nazaire, nous a esté remonstré que autreffois , par nos prédécesseurs, ils ont esté franchiz et exemptez d'aller bécher ès douves de notre ville de Guerrande, et que dempuis avons confirmé la dite franchisse ; et néantmoins notre capitaine de Guerrande veult et s'efforce les contraindre à bécher esdites douves, qui leur tourneroit à très grant préjudice et domaige .

Nous suppliant qu'il nous plaise sur ce leur pourvoir de remède convenable, très humblement nous le requérant .

De la part de nos sujets, les paroissiens contributeurs au fouage de la paroisse de Saint-Nazaire, il nous a été exposé que jadis, par nos prédécesseurs, ils ont été affranchis et exemptés d’aller bêcher aux douves de notre ville de Guérande, et que depuis nous avons confirmé ladite franchise ; et néanmoins notre capitaine de Guérande veut et s’efforce de les contraindre à bêcher auxdites douves, ce qui leur causerait très grand préjudice et dommage.

 

 

Nous suppliant qu’il nous plaise, à ce sujet, leur pourvoir d’un remède convenable, très humblement nous le requérant.

 

Pour quoy, nous, les dites choses considérées, voullant nosdits subgectz maintenir et entretenir en leurs libertez et franchises, et pour autres causes à ce nous - mouvans, voullons et ordonnons par ces p(rése)ntes que, quelque contrainte qui soit ou puisse estre faicte à nos dits subgects d'aller à la d(it)e béche, soit pour ce présent affaire seullement, sans ce que en l'avenir il leur puisse porter aucun préjudice, ne que notredi) capitaine ne autres le puissent attirer à aucune conséquence . Et pour valloir à nosdits subjectz leurs avons baillé ce par nos présentes lettres .

 

Car c'est notre plaisir. Donné en notre ville de Rennes soubz les seign et scel de nous . - Anne - le xixe jour de avril l'an mil iiij C iiijxx .

 

 

 

Par la royne, en son conseil G. Richart

 

C’est pourquoi, nous, lesdites choses considérées, voulant maintenir et entretenir nosdits sujets en leurs libertés et franchises, et pour autres causes à ce nous mouvant, voulons et ordonnons par ces présentes que, quelque contrainte qui soit ou puisse être faite à nosdits sujets d’aller à ladite bêche, ce soit pour ce présent affaire seulement, sans que pour l’avenir cela puisse leur porter aucun préjudice, ni que notre dit capitaine ni autres puissent en tirer aucune conséquence. Et pour valoir à nosdits sujets, nous leur avons donné ces présentes lettres.

 

 

Car tel est notre plaisir. Donné en notre ville de Rennes, sous le seing et scel de nous. — Anne — le dix-neuvième jour d’avril l’an mil quatre cent quatre-vingts (1480).

 

 

Par la reine, en son conseil, G. Richart.

 

Le problème consiste dans la recherche de la date exacte de cette pièce, qui est parfaitement authentique et ne permet pas de lire autre chose que mil iiij cent iiij vingt.

Elle doit cependant dater, d'après notre supputation chronologique actuelle, de 1491. En effet, on
sait, d'après des documents irrécusables, qu'Anne de Bretagne, née à Nantes le 25 janvier 1477 (style actuel), ne devint duchesse qu'à la mort de son père, le duc François II, le 9 septembre 1488.

Elle fut ensuite fiancée à Maximilien d'Autriche qu'elle épousa par procureur à Rennes le 19 décembre 1490, et son mariage définitif avec le roi de France, Charles VIII, fut célébré le 6 décembre 1491. Par conséquent, le document qui précède ne peut absolument trouver place qu'entre ces deux dernières dates ; et puisqu'il est du 19 avril, Pâques se trouvant en 1491 le 5 avril, il ne peut être daté, d'après la manière dont nous supputons le temps aujourd'hui, que du 5 avril 1491 .


Voici comment on doit expliquer l'erreur du secrétaire de la chancellerie ducale . La charte avait été rédigée très peu de temps avant Pâques , probablement dans les derniers jours du mois de mars , car on remarque deux encres très différentes , l'une très noire et l'autre presque blanche dans son expédition . Or, l'encre noire qui forme le corps de la pièce avait laissé en blanc la date du mois et n'avait écrit pour l'année que mil iiij c iiijxx, parce que, Pâques étant proche, on ne savait pas encore s'il faudrait ajouter dix ou unze.

Au moment de sceller la pièce, le secrétaire de la chancellerie, G. Richart, la signa, remplit le blanc de la date du mois, ajouta le visa des mots interlignés, en un mot paracheva la pièce, mais il ne remarqua pas que le millésime de l'année était incomplet et le laissa tel quel. Cet oubli est d'autant plus curieux à noter qu'un grand nombre de documents officiels qui se réfèrent à notre charte et que nous aurons à citer plus tard lui donnent tous la date de 1480. On s'est borné à la copier servilement, sans s'apercevoir qu'Anne de Bretagne n'était pas duchesse à cette époque .
 

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