Le Breton de Batz-sur-Mer (4/10) - Survivances et raison du maintien tardif
Le Breton de Batz-sur-Mer
Brehonñeik Baz
Blog Karrikell
Survivances (4/10)
Le français régional comporte un nombre considérable de bretonnismes (une centaine environ).
Exemples tirés du vocabulaire paludier :
- dourer (de dour, eau),
- govérer (de gover, ruisseau)
- camladure (de kamm ladur, outil d'hydraulique du marais salant), etc.
La plupart de ces mots tombent en désuétude.
Citons aussi dans le langage courant :
du linge
- merglé (de mergl, rouille)
- morson, bruit de la mer (de mor son, plus exactement mor séoñ en breton local)
- pourhic, coquillages grains de café (de pourc'hig, petit porc)
- de la soupe de blonic (de bloneg, oing)...
De nos jours subsiste une poignée de témoins directs ou indirects du breton local parfois en mesure d'apporter, encore en 2007, un mot ou une expression inédite. Il va sans dire que le cas devient très exceptionnel.
De 1980 à aujourd'hui, Gildas Buron a recueilli ces derniers témoignages parmi lesquels l'expression originale et non dénuée d'humour :
« Kenavo, ma hi za ket hi skreñvo » (au revoir, si tu ne viens pas tu écriras).
| Gildas Buron, conservateur du musée des marais salants à Batz-sur-Mer |
Autre survivance du breton : les surnoms attachés à certaines branches familiales de Batz-sur-Mer.
Ex : Lagad Du, Tadic, Fanch, Guillouic,Job, etc.
En 2007, quelques-uns sont encore employés et compris.
A Batz-sur-Mer, la pratique tardive du breton est mal connue voire ignorée, souvent confondue avec la présence, dans le port voisin du Croisic, d'une importante communauté de pêcheurs bretonnants originaires de Cornouaille. La confusion avec le gallo est non moins fréquente.
Raisons du maintien tardif du breton à Batz-sur-Mer
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Le Bourg de Batz au 19eme siècle |
Géographie
Vaste zone de marais située à l’est de la presqu’île de Guérande, la Brière a joué un rôle de barrière aux influences romanes venant de l’est durant le Moyen Âge.
De plus, la commune de Batz-sur-Mer est à l’une des pointes occidentales de la presqu’île guérandaise.
Échanges commerciaux avec la Basse-Bretagne
Les paludiers vendaient leur sel dans toute la Basse-Bretagne : la connaissance du breton leur était indispensable, les bretonnants monolingues étant très majoritaires en Bretagne occidentale jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Sans cela, on peut estimer que le breton aurait été définitivement abandonné au moins cent ans plus tôt. Ainsi, les documents d’archives suggèrent que le bilinguisme breton-gallo était de mise dans la communauté locale depuis le XVIIe siècle au moins.
Les paludiers : une communauté à l’identité bien marquée
La communauté paludière se distingue par de nombreux traits particuliers, dont l’usage tardif du breton n’est pas le moindre. Une certaine endogamie alliée à une volonté de se démarquer des voisins gallos peut avoir contribué à maintenir le breton plus longtemps.