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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 11:27

Léon Bureau

Armateur nantais aux sources du breton du pays de Guérande

Hubert Chémereau

 

Gildas Buron, conservateur du musée des marais salants au Bourg-de-Batz, travaille depuis près de 30 ans sur le breton du pays de Guérande. A travers l’exposition consacrée à ce rameau de notre brezhoneg (1), il nous fait découvrir un personnage d’exception en la personne de Léon Bureau.

 

Né en 1836 au sein d’une dynastie d’armateurs, ce nantais a consacré son énergie et ses prédispositions pour les langues à collecter dans les villages de Batz, un matériel considérable sur le cinquième dialecte breton, aujourd’hui disparu, le guérandais.

 

Ce contemporain du grand écrivain breton Jules Verne a eu une vie digne des héros de son compatriote nantais. Il fut tout à la fois, grand voyageur, armateur, capitaine d’industrie, naturaliste, linguiste, lexicographe et, pour couronner le tout, polyglotte.

 

Le breton au pays de Guérande

Le breton a dominé dans les campagnes de la presqu’île guérandaise jusqu’à la fin du Moyen-Age pour se resserrer à partir du 16ème siècle, essentiellement autour de ses bastions littoraux qui seront encore les siens à la charnière des 18e et 19e siècles, à savoir : Piriac, La Turballe, Mesquer et Batz.

Fait remarquable, les élites locales qui utilisent alors le breton pour langue quotidienne, sont très souvent trilingues : breton/français/gallo. La non-prise en considération par les autorités ecclésiastiques nantaises de cette spécificité linguistique locale va contribuer à la marginalisation progressive du breton.

Dans cet espace géographique, les habitants des villages de Batz, vont néanmoins se distinguer en prolongeant l’usage du breton comme langue communautaire jusqu’aux années 1920, essentiellement pour des raisons d’ordre commercial.

 

En effet leur zone de chalandise pour la vente du sel se concentre dans les cantons monolingues brittophones de Basse-Bretagne. C’est cette situation linguistique que va bientôt découvrir le jeune Léon Bureau.

 

De Calcuta au Pouliguen

 

Après ses études, Léon Bureau s’embarque en 1852 pour six années d’aventures. Ces navigations océanes vont le mener vers les Indes où il va s’initier au tamil, à l’hindoustani, au

birman et au cinghalais.

 

Comme le souligne Gildas Buron, c’est lors de la traversée de l’océan indien sur Le Rama que Léon Bureau aurait eu le premier contact avec les brittophones de Batz.

Sur ce trois-mâts nantais, il côtoie un muletier, Yves Monfort, né à Kermoisan, qui a pu lui faire découvrir les rudiments de sa langue maternelle. Mais , c’est après son retour définitif à Nantes, en 1859-60, que Léon Bureau va prospecter le Bourg-de-Batz au plan ethnographique et linguistique, parallèlement à une intense activité professionnelle dans l’armement familial et dans la construction navale.

Il va mettre à profit ses séjours de villégiatures balnéaires à Penchâteau sur la commune du Pouliguen, pour entreprendre l’étude systématique du breton parlé dans les villages proches et du gallo des environs.

 

Les derniers « mohicans » de Batz révèlent un pionnier de la dialectologie en Europe

Dans les années 1860, le guérandais est en voie d’extinction sauf dans villages paludiers de Batz. Léon Bureau, conscient de ce trésor en perdition, va mettre tout son énergie pour le sauver de l’oubli. Grâce à un réseau d’informateurs locaux, il collecte un important matériel linguistique qui va lui permettre d’établir une grammaire et dresser deux dictionnaires trilingues illustrés d’exemples et de commentaires ethnographiques. En décrivant un dialecte dans un espace géographique bien délimité, parlé ou compris par quelque 1 300 locuteurs il fait là un travail scientifique totalement original.

 

Comme le fait remarquer Gildas Buron, Léon Bureau, qui est doté d’une excellente oreille, prend soin de consigner les notations bretonnes dans le premier alphabet phonétique de l’époque, mis au point par l’égyptologue et sanskriste allemand, Karl Richard Lepsius.

 

Avec la révélation de son travail au monde savant en 1875, Léon Bureau devient une figure de premier plan des études bretonnes et ethnographiques. Ses compétences en anthropologie bretonne le recommandent pour la préparation de l’Exposition universelle de 1878 et lui valent d’être consulté par ses paires, de Joseph Loth à Théodore de La Villemarqué en passant par François-Marie Luzel !

 

Un des artisans du renouveau breton du 19ème siècle tombé dans l’oubli

A l’image du guérandais qui va lentement s’éteindre au 20ème siècle, son découvreur l’accompagne dans l’oubli, d’autant que ses dictionnaires et sa grammaire qui n’ont pas été édités, ont disparu. On ne connaît le travail de Léon Bureau qu’à travers des témoignages, des articles et des traces dans des archives publiques et privées.

 

Ce chercheur d’avant-garde possédait un bagage linguiste impressionnant. A coté des langues du continent indien, de l’anglais, de l’allemand, du russe ou du breton, il se frotta au suédois, au latin, au grec ainsi qu’au basque de Biscaye.

 

Cette personnalité attachante met aussi en lumière l’importance de l’identité bretonne pour la bourgeoisie nantaise de l’époque. Ces grandes familles qui plongent leurs racines dans la genèse du grand port breton d’alors se sentent dépositaires de l’héritage breton de la « vieille province rebelle». Leur attachement à la Bretagne est intiment liée à cette ouverture océane qui a fait la prospérité de Nantes.

 

On attend avec gourmandise la publication du travail de Gildas Buron sur le breton du pays de Guérande pour en connaître plus sur cet homme d’exception qu’était Léon Bureau.

 

Hubert Chémereau

(1) Exposition «Ar Brezhoneg e bro-Wenrann » jusqu’au 11 mars

Le Peuple Breton Janvier 2007

 

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Published by karrikell.over-blog.com - dans Dialecte Breton Guérandais (Batz et )
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