Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 23:26
Le dialecte Guérandais - YVES MATHELIER

Avant-Propos Karrikell :
Rendons à César ...
Voici le mémoire de maitrise qui a popularisé de nouveau le dialecte guérandais dans le petit cercle des passionnés de la matière bretonnante en Loire-Atlantique. 
Bien sûr les érudits connaissaient déjà les sources auxquelles Yves Mathelier fait référence.
Mais pour les béotiens comme moi, ce fut une découverte car je pensais qu'on ne connaissait du dialecte guérandais que la chansonnette "Mer'hed a Gervaleg".
Ce fut un coup de tonnerre dans le minsucule monde des aficionados de la Loire-Atlantique bretonne.

Cet article est l'introduction au mémoire de maîtrise d'Yves Mathelier :

LE DIALECTE GUERANDAIS
(dialecte breton du pays nantais)


Jusqu'au milieu du XXe siècle un dialecte breton a été parlé dans la presqu'île Guérandaise, où il s'est éteint quelques années après 1959 date où fut enregistré Monsieur Jean Marie CAVALIN. Agé de 88 ans il devait être l'un des derniers à connaître le dialecte breton autochtone du pays nantais.

A la fin du XIXe siècle, Léon BUREAU armateur Nantais, brillant philologue a entrepris de collecter les derniers témoignages de cet idiome. Il collecta dans des cahiers manuscrits une foule de phrases et deux dictionnaires. Il ne publia qu'un seul texte; la traduction de la parabole de l'enfant prodigue (Revue celtique, Paris chez Vieweg, vol.III nO 2 juin 1877, page 230). Il confia les originaux de ses travaux au professeur Emile ERNAULT, éminant celtologue de l'époque.
Malheureusement celui-ci ne publia pas l'intégralité de l'oeuvre de Léon BUREAU, et c'est au travers des divers publications du professeur ERNAULT que nous entrevoyons la qualité de son travail. C'est aussi grâce à ces travaux que le professeur Pierre LE ROUX n'omit pas la presqu'île de Batz lors de l'élaboration de son Atlas Linguistique de la Basse Bretagne.
Avant Léon BUREAU, seul le préhistorien nantais Pître de LISLE DU DRENEUC s'était interessé à ce dialecte en collectant la seule chanson connue en breton guérandais.

L'ambition de cet ouvrage est de reconstituer l'oeuvre de Léon BUREAU en collectant toutes les traces laissées par les différents auteurs et retrouver ainsi les contours de ce dialecte aujourd'hui disparu. Toutefois n'étant ni philologue, ni linguiste, ni même excellent bretonnant je ne peux prétendre effectuer un travail sans reproche. J'essaierais cependant d'effectuer une étude honnête.

Dans un premier temps je vais répertorier toutes les sources connues. Puis l'ensemble du vocabulaire connu va être classé sous forme d'un dictionnaire du dialecte Guérandais.

J'essayerai de dégager les règles de la prononciation et de la grammaire qui font l'originalité de ce dialecte, telles que l'on peut les percevoir dans les différentes sources.

Ensuite je listerais les quelques traces de breton que le gallo "mitaw" du pays Nantais a conservées jusqu'à nos jours, grâce aux travaux de l'association Vantyé et de Yann MIKAEL.

Pour finir je vais essayer de retracer l' histoire de ce dialecte breton dans le pays nantais.

Les sources sont peu nombreuses, et deux auteurs nous apportent l'essentiel du matériel.Emile ERNAULT nous en donne l'essentiel dans son étude sur le dialecte breton de la presqu'île de Batz.
Pierre LE ROUX dans son Atlas Linguistique de la Basse Bretagne confirme et complète celle-ci.
Mais à ce socle principal, j'ai rajouté toutes les autres sources rencontrées qui traitaient du breton de Batz. Parmi celles-ci, nous avons les phrases et mots qu'Emile ERNAULT donne tout au long de ses articles. Je me suis donc mis en recherche de tous ses articles pour débusquer les quelques mots et phrases essentiellement dans la bibliothèque municipale de Rennes, mais aussi à la médiathèque de Nantes, et aux archives départementales de la Loire Atlantique et du Morbihan.

A celà s'ajoute les textes de Léon BUREAU, essentiellement la traduction de la parabole de l'enfant prodigue,les versions de la chanson la ronde des filles de Pître DE LISLE DU DRENEUC, et P BEZIER; l'article de François CADIC sur les derniers bretonnants de la presqu'île de Guérande. J'ai vainement recherché les manuscrits originaux de Léon BUREAU qui ont servi de matière première à Emile ERNAULT

Néanmoins le matériel dont nous disposons est loin d'être négligeable, tant par sa quantité que par sa qualité. Heureusement les auteurs ont tous cherchés à retranscrire les spécificités de l'accent, ce qui nous permet d'avoir une idée assez claire de ce dialecte. La confrontation, lorsque cela est possible, entre les différentes transcriptions m'ont permis d'émettre quelques hypothèses quant aux constantes de la prononciation locale.
Malheureusement je n'ai pas toujours pu retranscrire dans cet ouvrage la graphie employée par les auteurs. Il est donc souhaitable de se reporter aux documents.
J'ai donc employé une graphie de l'accentuation et de la prononciation du dialecte Guérandais inspirée de celle employée dans l'ALBB mais simplifiée parce que l'outil informatique utilisé ne me permettait malheureusement pas retranscrire toute la finesse de l'étude de P. le Roux. .
...
Repost 0
Published by karrikell.over-blog.com - dans Dialecte Breton Guérandais (Batz et )
commenter cet article
27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 11:28

 

bureauExposition temporaire (16 septembre 2006 – février 2007)

 

La langue bretonne au pays de Guérande " Ar brezhoneg e Bro Gwenrann"

Exposition au musée des marais salants de Batz-sur-Mer

Par Gildas Buron

 

Source de l'article  : Site internet « Cap Atlantique » : communauté de communes de La Baule

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire Karrikell :

 

J’ai ajouté la signature de Gildas Buron dans le titre et en bas de cette présentation, la modestie de Gildas Buron du-t-elle en souffrir !

En effet, cette exposition a été pensée, composée entièrement par Gildas Buron, conservateur du musée des marais salants de Batz et grand spécialiste et passionné de la langue bretonne en presqu’île de Guérande.

Elle s’est déroulée en 2007 au musée des marais salants de Batz et a également été exposée au Conseil Général de Loire-Atlantique à Nantes.(Merci qui ? Merci Patrick Mareschal...)

 

J’ai quelques petites réserves sur l’appréciation du dialecte de Batz par Gildas Buron.

Le qualifier de « créole » est un mot fort et surtout totalement erroné à mon sens, c’est un dialecte breton tout à fait classique surtout pour un dialecte de frontière.Tous les dialectes de la frontière breton/gallo ont puisé allégrement dans le fond lexical gallo.

Sa dégénérescence finale avec une simplification de sa grammaire n’en fait pas un créole, nous assistons aujourd’hui à la même chose avec les « terminal speakers » des autres dialectes bretons.

Son isolement final a accentué son originalité. Mais jusqu’au 18eme siècle, je pense qu’il y avait transition naturelle entre le dialecte de batz et les parlers vannetais orientaux. Un continuum qui a été coupé au 19eme siècle et qui a accentué les différences.

 

On attend avec impatience l’ouvrage de référence –annoncé dans cet article - de Gildas Buron sur ce sujet !

 

 


 

L’exposition La langue bretonne au pays de Guérande se propose de jalonner par des témoignages méconnus ou inédits l’histoire et l’héritage de la langue bretonne entre Loire et Vilaine.


Dans ce territoire du sud Bretagne, le breton, langue celtique insulaire qui s’est répandue ici au tournant des 5e et 6e siècles, est au Moyen Âge, dans une situation linguistique pour le moins singulière.

 

Il est alors en concurrence avec les langues d’origine romane, le gallo parlé dans les campagnes et un français teinté de régionalismes et de bretonnismes usité dans les pôles urbains et militaires de Guérande, du Croisic, de la Roche-Bernard et dans la partie de la paroisse d’Assérac soumise à l’influence des templiers et hospitaliers de Faugaret.

 

Il reste qu’au 16e siècle, les élites locales, clercs des administrations royale et seigneuriale, marchands-mariniers… qui utilisent le breton pour langue quotidienne et familiale, sont en fait très souvent polyglottes.

Besoins et nécessité de leurs activités obligent.

 

Dans la seconde moitié du 16e siècle, l’aire géographique de la pratique de la langue bretonne tend à se resserrer autour des bastions littoraux qui resteront encore les siens à la charnière des 18e et 19e siècles en partie pour des raisons commerciales : Piriac, La Turballe-Trescalan, Mesquer et Batz.

 

Dans cet espace géographique, les habitants des villages du Bourg-de-Batz, à l’identité depuis longtemps affirmée et reconnue, se sont distingués en prolongeant l’usage du breton comme langue communautaire et secrète jusqu’aux années 1910-20.

 

L’intérêt d’en avoir maintenu la pratique tout au long des 18e et 19e siècles est d’ordre stratégique et économique. Son apprentissage et sa transmission orales au sein des villages paludiers rendaient plus faciles les échanges commerciaux.

 

Le droit de troque du sel et des oignons était autorisé aux sauniers et aux paludiers dans les départements bretons, et tout spécialement dans les cantons monolingues bretonnants des Côtes-d’Armor, du Finistère et du Morbihan.

 

Ces zones de chalandises ont été fréquentées depuis des générations par les habitants de Batz pour les besoins de subsistance. Dans la lignée d’une tradition de transfert de technologie salicole tout aussi séculaire vers le pays de Vannes, les paludiers de Batz se réservaient aussi la possibilité d’aller exploiter les salines du Morbihan et de s’intégrer aux communautés d’accueil.

 

Le breton autrefois parlé à Batz se rattache au breton du Vannetais.

Il présente aussi des affinités remarquables avec celui du Goëlo employé entre Paimpol, Lanvollon et Plouha aux limites est du Trégor (Côtes-d’Armor), variété d’un même dialecte oriental qui s’est différencié à l’époque médiévale sous l’influence d’un fort adstrat roman.

 

Il est possible de juger de cette parenté par divers documents imprimés et surtout par des sources manuscrites compilées entre 1870 et 1962 et heureusement préservées.La plupart nous sont parvenues après une longue quête documentaire, feuilleton à rebondissements qui s’est écrit sur plus de vingt années, et qui reste à parachever.

 

Tout au long de l’Époque moderne, en raison d’un isolement géo-linguistique, de la débretonnisation avancée du pays de Guérande, de l’abandon du breton par les élites, d’une non-prise en considération par les autorités ecclésiastiques de l’évêché qui ne l’ont pas cultivé au séminaire de Nantes ni fait imprimer d’ouvrage de dévotion spécifique, le dialecte local a fait des emprunts au gallo et au français.

 

À ces raisons, il convient d’y ajouter celles d’un trilinguisme ancien de la population paludière et une scolarisation poussée depuis le 17e siècle sous l’influence de la Contre-Réforme catholique.

 

Les particularités phonétiques, lexicales et syntaxiques du breton de Batz étaient telles, qu’aux dires de ses locuteurs, en particulier des femmes plus sédentaires que les marchands de sel, l’intercompréhension était devenue quasi impossible au début du 20e siècle avec les voisins de Belle-Île ou de la presqu’île de Rhuys qui ont pourtant fourni un important contingent d’émigrés bretonnants tout au long des 17e et 18e siècles au pays de Guérande.

 

Les derniers locuteurs du Bourg-de-Batz qui ont parlé peu ou prou ce “créole breton” dans leur enfance se sont éteints dans les décennies 1940-60 et à l’extrême fin du 20e siècle pour les personnes qui en avaient une connaissance fragmentaire pour en avoir appris des bribes auprès des anciens.

 

Certains en ont retenu de petites phrases comme :

 

Piv hounes me c’houadur ker ?          Qui est-ce mon enfant chéri ?

Me ga dehenn d’er palut,                    je m’en vais au marais.

Mignoñ ker ou mignoñ kar,                enfant chéri, aimé.

Ked a boen !                                        Que de peine !

Malloh tui !                                          Malédiction de Dieu !

 

Et il n’est pas exclu que l’on puisse encore en recueillir en interrogeant la mémoire collective.

À l’aube du 21e siècle, le souvenir de ce brehoñneik ne s’est pas totalement effacé.

 

Qui plus est, à y regarder de près, la langue populaire de toute la région, de Camoël à Batz, en passant par Piriac, La Madeleine et Saint-Molf, recèle une bonne centaine de bretonnismes.

 

Citons pour exemples :

cromme, dans l’expression trop cromme, appliquée à une pelle dont l’angle du manche est fermé (breton kromm, courbe) ;

gronner, envelopper, empaqueter (breton gronnein) ;

lantec, poisson de roche (breton lonteg, lontreg, blennie (Blennius pholis L.) ;

mergler, linge taché (breton, mergl, rouille) ;

poule, flaque d’eau, mare (breton poull, trou, flaque) ;

tuffé, moisi, échauffé qui se dit en parlant du blé (breton tufañ, gâter par la chaleur) ;

sparle, loquet de bois (breton sparl, barre de bois)

 

Bon nombre de ces mots et expressions sont d’ailleurs en passe de devenir obsolètes dans la mesure où ils relèvent d’un registre d’activités appartenant à un monde rural ou à un mode de vie révolus.

 

À cet héritage en cours d’inventaire, il faut ajouter une liste infiniment plus longue, nécessitant un sérieux examen critique, de lieux-dits, habités ou cultivés, au premier rang desquels figurent ceux des salines guérandaises.

 

La langue bretonne au pays de Guérande, synthèse d’acquis récents et inédits, accorde une place importante aux témoins privilégiés du dialecte de Batz.

Il faut retenir entre autres les noms de

Léon Bureau,

Émile Ernault,

Théodore Hersart de La Villemarqué,

Pitre Lisle du Dréneuc,

Pierre Bézier,

Paulin Benoist,

Gaston Esnault,

Pierre Le Roux,

dom Gaston Godu

Pierre Manac’h

Léon Fleuriot

Donatien Laurent

 

Entre 1870 et 1962, au hasard de séjours plus ou moins prolongés, ces collecteurs passionnés par une tradition orale en déshérence ou méprisée ont recueilli phrases, pans de lexique, textes suivis, bribes de chansons et de conversations courantes.

 

Ces collectes s’inscrivent aujourd’hui dans un corpus unique de témoignages sur le patrimoine linguistique régional et d’autant plus précieux et irremplaçable que le dialecte guérandais est éteint.

 

Biographies et visages de ces collecteurs avisés seront présentés en regard des portraits des passeurs du breton des marais salants, femmes et hommes qui n’avaient d’autre ambition que de satisfaire à la curiosité de leurs interlocuteurs et de partager leurs connaissances.

 

Les matériaux originaux de cette exposition donneront matière à une publication de référence.

Pour la première fois, y seront éditées les notes de linguistes sur le dialecte de Batz compilées sous la forme d’un dictionnaire totalisant près de 2000 entrées illustrées d’exemples.

 

Gildas Buron

Repost 0
Published by karrikell.over-blog.com - dans Dialecte Breton Guérandais (Batz et )
commenter cet article
27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 11:27

Léon Bureau

Armateur nantais aux sources du breton du pays de Guérande

Hubert Chémereau

 

Gildas Buron, conservateur du musée des marais salants au Bourg-de-Batz, travaille depuis près de 30 ans sur le breton du pays de Guérande. A travers l’exposition consacrée à ce rameau de notre brezhoneg (1), il nous fait découvrir un personnage d’exception en la personne de Léon Bureau.

 

Né en 1836 au sein d’une dynastie d’armateurs, ce nantais a consacré son énergie et ses prédispositions pour les langues à collecter dans les villages de Batz, un matériel considérable sur le cinquième dialecte breton, aujourd’hui disparu, le guérandais.

 

Ce contemporain du grand écrivain breton Jules Verne a eu une vie digne des héros de son compatriote nantais. Il fut tout à la fois, grand voyageur, armateur, capitaine d’industrie, naturaliste, linguiste, lexicographe et, pour couronner le tout, polyglotte.

 

Le breton au pays de Guérande

Le breton a dominé dans les campagnes de la presqu’île guérandaise jusqu’à la fin du Moyen-Age pour se resserrer à partir du 16ème siècle, essentiellement autour de ses bastions littoraux qui seront encore les siens à la charnière des 18e et 19e siècles, à savoir : Piriac, La Turballe, Mesquer et Batz.

Fait remarquable, les élites locales qui utilisent alors le breton pour langue quotidienne, sont très souvent trilingues : breton/français/gallo. La non-prise en considération par les autorités ecclésiastiques nantaises de cette spécificité linguistique locale va contribuer à la marginalisation progressive du breton.

Dans cet espace géographique, les habitants des villages de Batz, vont néanmoins se distinguer en prolongeant l’usage du breton comme langue communautaire jusqu’aux années 1920, essentiellement pour des raisons d’ordre commercial.

 

En effet leur zone de chalandise pour la vente du sel se concentre dans les cantons monolingues brittophones de Basse-Bretagne. C’est cette situation linguistique que va bientôt découvrir le jeune Léon Bureau.

 

De Calcuta au Pouliguen

 

Après ses études, Léon Bureau s’embarque en 1852 pour six années d’aventures. Ces navigations océanes vont le mener vers les Indes où il va s’initier au tamil, à l’hindoustani, au

birman et au cinghalais.

 

Comme le souligne Gildas Buron, c’est lors de la traversée de l’océan indien sur Le Rama que Léon Bureau aurait eu le premier contact avec les brittophones de Batz.

Sur ce trois-mâts nantais, il côtoie un muletier, Yves Monfort, né à Kermoisan, qui a pu lui faire découvrir les rudiments de sa langue maternelle. Mais , c’est après son retour définitif à Nantes, en 1859-60, que Léon Bureau va prospecter le Bourg-de-Batz au plan ethnographique et linguistique, parallèlement à une intense activité professionnelle dans l’armement familial et dans la construction navale.

Il va mettre à profit ses séjours de villégiatures balnéaires à Penchâteau sur la commune du Pouliguen, pour entreprendre l’étude systématique du breton parlé dans les villages proches et du gallo des environs.

 

Les derniers « mohicans » de Batz révèlent un pionnier de la dialectologie en Europe

Dans les années 1860, le guérandais est en voie d’extinction sauf dans villages paludiers de Batz. Léon Bureau, conscient de ce trésor en perdition, va mettre tout son énergie pour le sauver de l’oubli. Grâce à un réseau d’informateurs locaux, il collecte un important matériel linguistique qui va lui permettre d’établir une grammaire et dresser deux dictionnaires trilingues illustrés d’exemples et de commentaires ethnographiques. En décrivant un dialecte dans un espace géographique bien délimité, parlé ou compris par quelque 1 300 locuteurs il fait là un travail scientifique totalement original.

 

Comme le fait remarquer Gildas Buron, Léon Bureau, qui est doté d’une excellente oreille, prend soin de consigner les notations bretonnes dans le premier alphabet phonétique de l’époque, mis au point par l’égyptologue et sanskriste allemand, Karl Richard Lepsius.

 

Avec la révélation de son travail au monde savant en 1875, Léon Bureau devient une figure de premier plan des études bretonnes et ethnographiques. Ses compétences en anthropologie bretonne le recommandent pour la préparation de l’Exposition universelle de 1878 et lui valent d’être consulté par ses paires, de Joseph Loth à Théodore de La Villemarqué en passant par François-Marie Luzel !

 

Un des artisans du renouveau breton du 19ème siècle tombé dans l’oubli

A l’image du guérandais qui va lentement s’éteindre au 20ème siècle, son découvreur l’accompagne dans l’oubli, d’autant que ses dictionnaires et sa grammaire qui n’ont pas été édités, ont disparu. On ne connaît le travail de Léon Bureau qu’à travers des témoignages, des articles et des traces dans des archives publiques et privées.

 

Ce chercheur d’avant-garde possédait un bagage linguiste impressionnant. A coté des langues du continent indien, de l’anglais, de l’allemand, du russe ou du breton, il se frotta au suédois, au latin, au grec ainsi qu’au basque de Biscaye.

 

Cette personnalité attachante met aussi en lumière l’importance de l’identité bretonne pour la bourgeoisie nantaise de l’époque. Ces grandes familles qui plongent leurs racines dans la genèse du grand port breton d’alors se sentent dépositaires de l’héritage breton de la « vieille province rebelle». Leur attachement à la Bretagne est intiment liée à cette ouverture océane qui a fait la prospérité de Nantes.

 

On attend avec gourmandise la publication du travail de Gildas Buron sur le breton du pays de Guérande pour en connaître plus sur cet homme d’exception qu’était Léon Bureau.

 

Hubert Chémereau

(1) Exposition «Ar Brezhoneg e bro-Wenrann » jusqu’au 11 mars

Le Peuple Breton Janvier 2007

 

Repost 0
Published by karrikell.over-blog.com - dans Dialecte Breton Guérandais (Batz et )
commenter cet article
18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 14:25

Avant Propos Karrikell :

 

Quelques versions de cette chanson ont été rapportées sur internet mais toutes dans des versions orthographiques soit erronées, soit modernisées, soit "trafiquées" à la sauce breton standard, parfois même avec des oublis de strophe .(pour une chanson aussi courte il faut le vouloir !)

 

Voici les deux versions collectées à Batz (Pitre de Lisle du Dreneuc en 1872, Bézier en 1891)

 

J'y ai rajouté la troisième version de De la Villemarqué, qu'il dit avoir collecté en 1887.

Dans cet article je me range à l'avis d'Yves Mathelier, je pense que De la Villemarqué n'a fait que retranscrire la version de Pitre de Lisle.


 

 

1-Voici la 1ere version collectée par Pitre de Lisle du dreneuc en 1872

 

 

Cette chanson fut collectée par Pitre de Lisle du Dreneuc quinze ans avant cette session de l'Assemblée bretonne du Croisic de 1887 soit en 1872.

Pendant ce colloque de 1887, le vicomte de la Villemarqué la collecta également à Batz.

Ce qui parait trés étrange est la pauvreté de la tradition populaire bretonnante en 1872 à Batz alors qu'il y avait encore une population pour "supporter" un héritage plus conséquent.

On peut imaginer que la population des paludiers n'a bien voulu transmettre que ce qu'elle souhaitait donner aux étrangers.

D'ailleurs le collectage fut effectuée auprès d'une fillette.

 

 

merhet_karrikell.JPG
 merchet 1
 merchet2
 merchet3
 merhet4

 

Voici une version en mode texte avec une traduction :

 

 

Ronde des filles de la presqu’île de Batz

Collectée auprès d’une fillette par Pitre de Lisle du Dreneuc

en 1872 à Keralan, Batz

orthographe d'origine respectée

 

 

Er merc’het a Kervalek                               Les Filles de Kervalet

Zo ho vel er spinack                                     Sont toutes comme des épines

Er spinack lir a lir                                         Des épines lir  e lir

Er spinack, lir a la                                        Des épines lir a la

 

Er merc’het a Germouzen                            Les filles de Kermoisan

Zo koet ha pe me bihen                                Sont jolies quand elles sont petites

Pe me bihen, lir a lir                                     Quand elles sont petites lir e lir

Pe me bihen, lir a la                                      Quand elles sont petites lir a la

 

Er merc’het a Rofia                                      Les filles de Roffat

E zo koet ha koet ha mad                             Sont les plus belles et bonnes

 

Er merc’het a Tregate                                             Les filles de Tregaté

E zo koet ha koet o ve                                  Sont belles et seront belles

 

Er merc’het a Bennastel                              Les filles de Penchateau

D’ez dent es vil ar rastel                              Ont les dents comme des rateaux

 

 

 

2- Version de Pierre Bézier  (Revue des Traditions Populaires, 1891)

 

C'est une version trés intéressante car il y a un couplet en plus (les filles du Bourg). 

Il y a un ajout pour les filles de Roffiat (jolies quand elles sont grandes)

 

On remarque que la retranscription a été mieux faite que la 1ere version car la mutation "a Gervaleg" est présente. (a Kervaleg dans la version de Pitre de Lisle), pi est bien retranscrit (pe dans la 1ere version)

Mais il y a eu semble-t-il une correction vers plus de normalisation dans le verbe "pi m'int bras".

"pi me bihen" dans la version de Pitre de Lisle.

rachtel également respecte mieux la prononciation du breton de Batz.


 

merchet_bezier1-copie-1.JPG

 


3 - version de De la Villemarqué - Bulletin de l'Association Bretonne 1887 Le Croisic

 

Selon Yves  Mathelier, De la Villemarqué n'a sans doute pas collecté cette chanson et n'a fait que corriger la version de Pitre de Lisle dans un sens normalisateur.

 

Voici les indices qui me font aller dans son sens :

  • il tait le nom de la chanteuse
  • il qualifie le dialecte de Batz de Cornouaillais ! (De Villemarqué ne donne pas un seul exemple)
  • description paraissant complètement saugrenue et romantique de la naissance de la chanson... : en gardant les vaches, ce qui ne semble pas tout de même l'occupation principale des paludiers.

On remarque donc que la version de De la Villemarqué est strictement identique à celle de Pitre de Lisle, les seules différences sont la correction "a Gervalek" et quelques ajustements mineurs allant vers plus de compréhension pour un lecteur de breton plus standard.

 

  merhet_kervarker1-copie-1.JPG

Repost 0
Published by karrikell.over-blog.com - dans Dialecte Breton Guérandais (Batz et )
commenter cet article

Présentation

  • : Karrikell, le fourre tout Breton de Saint-Nazaire
  • Karrikell, le fourre tout Breton de Saint-Nazaire
  • : Culture bretonne de Saint-Nazaire (Brière/Presqu'île Guérandaise/Pays de Retz)
  • Contact

Recherche

Liens